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  • Liberté pour Marina Petrella

     

    Liberté pour Marina Petrella. Retour vers les années de plomb, celle des Brigades Rouges en Italie…et du M19 en Colombie.

     

    On oublie vite : les Brigades Rouges, ce fut entre 1969 et 1988, 15 000 attentats et 415 morts. Dont l’assassinat le 6 mars 1978 d’Aldo Moro, le président du Conseil, de la Démocratie Chrétienne. Au total près de 4 000 personnes ont été incarcérées en tant que membres des Brigades Rouges.

     

    Parmi elles, Marina Petrella. Incarcérée puis libérée. Condamnée par contumace en 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre d’un commissaire de police à Rome en 1981, la séquestration d’un magistrat et d’autres méfaits  au sein du groupe d’extrême gauche. Avec la précision que la loi italienne lui interdit de faire opposition, et de demander à être rejugée, en sa présence.

     

    Marina Petrella était réfugiée en France depuis 1993. Elle vivait non cachée, sous sa vraie identité, protégée par l’engagement du président de la République François Mitterrand : pas d’extradition pour ceux qui ont renoncé aux armes. Devenue mère de famille, elle travaillait comme assistante sociale.

     

    Marina Petrella a été arrêtée en août 2007. Pas pour un méfait. Comme ça, au vu de la condamnation italienne, en contradiction avec l’engagement pris sous Mitterrand. Marina Pettrela est écrouée au service psychiatrique de la prison de Fleury-Mérogis. En juin, François Fillon a signé le décret d'extradition. Un recours a été formé devant le Conseil d’Etat. Pour respecter la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, le recours est considéré comme suspensif, même si la loi ne le dit pas.

     

    Or, en marge du sommet du G8 de Toyako au Japon, Nicolas Sarkozy a confirmé son intention d’extrader Marina Pettrela : « Conformément aux accords européens que nous avons signés et aux décisions de justice qui ont été rendues, sous réserve que le Conseil d'Etat confirme, la France extradera Mme Petrella ». Dans la foulée, il a demandé « au président du Conseil italien de solliciter du président italien sa grâce, compte tenu de l'ancienneté de la condamnation et compte tenu de la situation psychologique et de santé de Mme Petrella ».

     

    Soyons précis. La doctrine Mitterrand n’est pas une source de droit. D’ailleurs, elle ne se résumait pas en une formulation simple. C’était une mise en œuvre de l’idée, très répandue, que les Etats doivent savoir tourner des pages pour aller de l’avant. Le gouvernement analysait cas par cas. Des extraditions avaient eu lieu, mais pour les autres, l’engagement était qu’ils pouvaient recommencer une vie en France. Loin des armes. Reprendre les extraditions n’est pas illégal, mais humainement choquant.

     

    Une grâce motivée par l’ancienneté des faits – 25 ans – et la gravité de l’état psychologique – incontesté – est une mesure justifiée. Mais il faut beaucoup d’hypocrisie pour extrader en laisser à d’autre l’option l’indulgence… Surtout que la Convention franco-italienne de 1957 permet de refuser les extraditions pour des motifs graves, liés notamment à la santé. Le gouvernement français pourrait renoncer à l’extradition pour les même motifs.

     

    Ensuite, quelle incohérence avec l’engagement d’accueillir en France les guérilléros des Farc qui auraient déposé les armes !  Engagement réitéré par Nicolas Sarkozy à l’Elysée il y a quatre jours, en réponse à une demande d’Ingrid Betancourt. Et après une première annonce du 19 décembre 2007, François Fillon avait repris cet engagement à TF1 le 30 mars 2008.

     

    Par sa demande, Ingrid Betancourt était cohérente avec elle-même. Comme l’a rappelé Jean-Jacques Kourliandsky dans son livre Ingrid Betancourt, Par-delà les apparences, (Paris, Editions Toutes Latitudes, 2008), on retrouvait dans le parti qu’elle avait créé en 1998 Oxygène Vert, d’anciens guérilleros repentis du redoutable groupe M19, qui avait renoncé à la guerilla en 1990, après des hauts faits d’armes.

     

    Et oui, regarder les réalités humaines en face n’est pas un signe de faiblesse, bien moins que de s’accrocher à un juridisme froid.

     

     

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