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  • La République et La Castellane

    Matin, midi et soir, ils n’ont que ces mots à la bouche : République et citoyenneté. Le problème est qu’en agitant ces mots sans leur donner le moindre contenu, à part un catéchisme obligatoire et débilitant, ils créent des problèmes les plus graves encore, car après le crash, il faudra tout réinventer.

    Si on attend des choses concrètes de la République et la citoyenneté, c’est bien à La Castellane, dans les quartiers Nord de Marseille : une population jeune et nombreuse, un quartier à l’écart de la ville, pas d’emploi sur place, l’économie de la drogue, des lieux que les services publics, à commencer par la police, ont déserté. Dans ce quartier de 7.000 habitants, une petite ville, les flics estiment que le trafic de drogue, c’est environ 50.000 euros par jour.

    Le 9 février, El Blancos et Bambi, les rescapés du 49.3, étaient venus à Marseille pour faire la pub de la politique gouvernementale contre la criminalité… mais au même moment, les flics essuyaient des tirs de kalachnikov à La Castellane. Grosse agitation médiatique, et après ?

    Hier, un collectif, « Le Collectif des écoles de la Cité la Castellane », regroupant des citoyens travaillant et vivant à La Castellane, a tenu une conférence de presse sur situation les trois établissements scolaires du quartier : les écoles Saint-André Castellane et Saint-André Barnier qui accueillent 788 enfants, et le collège Henri Barnier, avec 600 élèves.

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    Une zone de non-droit

    Une enseignante : « Incendies de classes, personnels et véhicules caillassés, tirs de kalachnikov à proximité des écoles en plein jour, représailles, intimidations écrites et verbales, cambriolages, vandalisme… La situation géographique au sein de la cité où règne une zone de non-droit, génère de plus en plus un climat d'insécurité psychologique et physique important. On a l’impression d’être abandonnés de tous, on se retrouve seuls, que ce soit dans les écoles ou dans la cité ».

    Une mère de famille : « Moi j’étais élève il y a plus de 30 ans dans l’école où j’emmène aujourd’hui ma fille. J’étais abasourdie en découvrant l’état de l’école, avec le même château pourri, le même sol pourri que quand j’y étais. Mais moi, ma peur principale, c’est la sécurité, une balle perdue… Il n’y a pas de stores aux fenêtres, les portes ne ferment pas ».

    Une autre mère de famille : « De 22H00 à 05H00, la cité est dans le noir, ils mettent des lumières pour guider les acheteurs, il y a même un drive-in. La pression est très forte. Les jeunes marchent cagoulés et personne n'ose parler par peur de représailles.

    Un fonctionnaire, à propos des opérations « d’approche globale », mises en place il y deux ans et qui mêlent répressif et social : « Quand il y a eu l’approche globale, tous les parents ont dit ‘on respire’, mais ils ont coupé une patte de la pieuvre, pas sa tête. Mois après mois, on a dit que les réseaux de trafiquants se renforçaient, qu’ils se professionnalisaient. Il n’y a même plus ce côté affectif ‘je te connais, on a grandi ensemble’. Pour moi, c’est la mafia. La réalité, c’est des mecs masqués qui mettent des barrières pour organiser les acheteurs, qui contrôlent les allées et venues ».

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    Le collectif réclame des actes

    A l’Etat :

    - un désenclavement du quartier,

    - une protection quotidienne des services de Police aux abords des quatre écoles tant que perdurera l'enclavement du quartier,

    - le rétablissement des personnels du RASED (Réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) et le renforcement du dispositif « plus de maîtres que de classes »,

    - le renforcement des mesures du pacte de cohésion sociale sur Marseille et leurs pérennisations,

    - des effectifs bloqués à 20 élèves par classe,

    - plus de médecins scolaires, d'infirmières,

    - un renforcement des moyens pour instaurer une relation entre les familles et les partenaires médicaux afin d'aborder les questions d'hygiène, de santé et d'alimentation.

    A la Ville de Marseille :

    - l'entretien normal, régulier et réactif des locaux par un personnel formé et en nombre suffisant,

    - une augmentation des effectifs des ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles) et des agents d'entretien,

    - une ATSEM par classe de maternelle, comme cela se fait dans toutes les autres communes,

    - la mise aux normes rapide des systèmes de sécurisation de nos écoles : portes, fenêtres, alarmes, portails,

    - une température confortable dans les classes dès l'accueil du matin.

    A l’Académie :

    - le remplacement systématique des enseignants en cas d'absence,

    - un soutien constant et fiable de la hiérarchie,

    - une prise de responsabilités juridiques de la hiérarchie.

    Tout ceci est juste et raisonnable. Pas de doute que les prêcheurs radicaux de la République et de la citoyenneté vont aussitôt faire face, pour être à la hauteur des attentes de la population, qui a le droit de faire un rêve d’intégration minimale, et des enseignants, qui sont les vrais défenseurs de la République.

    Par contre, s’ils ne font rien, peut-être qu’on ne votera plus pour ce genre de produits cosmétiques, va savoir…  

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  • Municipales PS à Marseille: Vers le rejet des comptes de campagne

    Le financement des campagnes électorales est très strictement encadré, l’idée étant de plafonner les dépenses, et de prévoir un remboursement par l’Etat des candidats ayant respecté les règles. Toutes les opérations de la campagne, en recette et en dépense, sont regroupées dans un compte établie selon des règles très précises, et transmis à la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP), qui procède à un examen de régularité et de sincérité. Si tout est oki, le remboursement s’opère, et à défaut ce sont les sanctions ; rejet du compte, refus du remboursement, et saisine du juge de l’élection, qui en fonction de la nature du motif du rejet, peut prononcer des sanctions d’inégibilité. Aucune modification ne peut être apportée au compte par le candidat après la date limite de dépôt du compte à la CNCCFP. Tous ceux qui ont tenté leurs chances à une élection depuis vingt ans connaissent parfaitement ces règles.

    Que s’est-il passé à Marseille ?

    48758.jpgDans un courrier adressé aux huit têtes de liste (PS / EELV), le rapporteur de la CNCCFP prévient qu’il proposera à la commission de rejeter leurs comptes.

    L’établissement du compte de campagne est une responsabilité du candidat en tête de liste, soit pour Marseille sept PS et une EELV. Ils disposaient d’un délai jusqu’au dixième vendredi suivant le premier tour de scrutin, soit le 30 mai pour déposer, chacun, le compte. Et cela a été fait. Tout le problème, et que le 10 juin, ont été adressés à la Commission de nouveaux comptes, expliquant que ceux donnés le 30 mai n’étaient pas fiables. Or, aucune modification ne peut-être apportée au compte du candidat après l'expiration du délai de dépôt du compte de campagne et le candidat doit assumer la responsabilité des données qu'il contient.

    Ce travail d’établissement des comptes est une tâche d’un expert-comptable, et aussitôt David Ciot, premier secrétaire de la fédération PS des Bouches-du-Rhône, a choisi de s’essuyer les pieds sur l’expert-comptable : «D’après ce que j’ai compris, il y aurait eu une erreur du comptable dans le dépôt des comptes». Pas très convaincant.

    Eugène Caselli, tête de liste dans le 2esecteur, explique : « L'expert-comptable a dit qu'il fallait signer ce second compte de campagne. La difficulté porte sur la répartition dans les huit comptes de dépenses destinées à la campagne générale, éléments sur lesquels nous n'avions aucune possibilité de contrôle. » Guère plus courageux, mais on progresse.

    On s’approche du réel  avec Karim Zéribi, chef de file EELV dans le 5e secteur : « Le mandataire m'a dit qu'il allait intégrer des éléments qu'il n'avait pas au départ ».

    Dans les dépenses de campagne pour une ville comme Marseille, on distingue celles qui sont engagées par chaque candidat dans son secteur, et celles qui relèvent de la campagne générale (documentation de tracts généraux, meeting communs, local de la campagne…), soit en l’occurrence 450 000 €, qui doivent être réparties dans chaque secteur. Un travail qui peut conduire à des arbitrages délicats. Des propos rapportés par Karim Zéribin, on comprend que, vu l’ambiance en cette fin de campagne, l’expert n’a pu obtenir les bonnes infos dans les bons délais. Il a donc déposé un compte un peu pifométrique pour respecter la date du 30 mai, avant de voir que les éléments reçus après cette date rendaient le compte du 30 mai non sincère.

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    Dans un cas comme dans l’autre – compte non sincère ou compte sincère mais tardif – la première sanction est le refus du remboursement. Mais la Commission doit aussi saisir le juge de l’élection, qui est pour les municipales le tribunal administratif.

    Le tribunal administratif doit se prononcer sur l’analyse faite par la Commission, mais s’il reconnaît que celle-ci a statué à bon droit, il prononce le  rejet du compte. Adieu le remboursement par l’Etat, soit une somme de l’ordre de 500 000 € pour les joyeux camarades socialistes marseillais. Ambiance… Ensuite, la loi confie au juge d’apprécier « la volonté de fraude ou de manquement d'une particulière gravité aux règles relatives au financement des campagnes électorales ». S’il considère que le candidat n’a pas fraudé ou que son manquement n’est pas particulièrement grave et il ne prononce pas son inéligibilité. Dans le cas contraire, le candidat est déclaré inéligible et le cas échéant, démissionnaire d’office. Pour les scrutins de listes la sanction d’inéligibilité ne touche que la tête de liste.

    Entre deux maux, l’expert-comptable a choisi le moindre, en pensant qu’on s’en tirerait toujours mieux avec un compte sincère. Il est bien difficile de soutenir qu’il a pu prendre une telle décision sans des discussions serrées avec les élus. Aussi, le juge pourrait considérer que seul doit être considéré le compte adressé le 30 mai, qui n'était pas sincère, soit un terrain plus favorable pour des sanctions...

    Un joli cadeau pour Jean-Noël Guérini qui, hier, présentait une liste très offensive pour les sénatoriales.

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