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17.08.2008

Affaire Mecili: Kouchner à l'heure du choix

Affaire Mecili : Kouchner à l’heure du choix. Paris, le 7 avril 1987 : Ali Mecili, un avocat âgé de 47 ans, était abattu dans le hall de son immeuble. Une exécution sommaire, qui avait tous les aspects d’un assassinat commandité. Ali Mecili n’était pas un inconnu. Militant de l’opposition algérienne, exilé en France depuis 1965, il était un porte parole du Front des Forces socialistes (FFS). Le contexte politique était celui de contacts en cours entre le FFS, dirigé par Hocine Aït-Ahmed, et Ahmed Ben Bella, figure historique de l'indépendance et premier président algérien. A la suite d’une rencontre en décembre 1985 à Londres, ils avaient créé un  « Front uni des forces opposées », se voulant les opposants déterminés du régime algérien et de son président de l’époque, Chadli Benjedid. 

 

Hocine Aït-Ahmed avait aussitôt accusé « les services spéciaux algériens » d'avoir commandité cet assassinat. Ce n’était pas l’avis du ministre de l’intérieur de l’époque, Charles Pasqua, qui dès le lendemain avait fait savoir que « l’Algérie n’avait rien à voir dans cette affaire ».

 

Deux mois plus tard, avait été arrêté un certain Abdelmalek Amelou, présenté comme un truand algérien, et fortement suspecté d’avoir été le tueur. La justice n’avait pas eu le temps de se prononcer, car au terme de sa garde à vue, au lieu d’être présenté à un juge d’instruction et mis en examen pour assassinat, Abdelmalek Amelou avait l’objet d’un arrêté d’expulsion en procédure « d’urgence absolue ». Retour immédiat en Algérie.

 

Un non-lieu avait été prononcé en 1993, réformé par la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris. L’enquête judiciaire sommeillait lorsque le 2 juillet 2003, le juge d’instruction Baudouin Thouvenot put entendre, à l’initiative de l’avocat de famille, Maître Antoine Comte, un ancien officier algérien, se présentant comme dissident et réfugié en Allemagne, Mohammed Samraoui.

 

L’ancien officier avait déclaré avoir assisté fin juin-début juillet 1987 à une réunion au cours de laquelle un responsable des service algériens, qu’il désignait en la personne de Mohamed Ziane Hassani, avait remis à Abdelmalek Amellou une forte somme d’argent en liquide, en paiement du contrat de tueur.

 

Le parquet n’avait pas retenu davantage ce témoignage tardif. Mohamed Ziane Hassani avait dénoncé un montage, évoquant l’hypothèse d’une homonymie faite pour lui nuire. Rien ne bougeait, et après avoir recherché en vain la coopération de la justice algérienne, le juge d’instruction Baudouin Thouvenot avait émis le 7 décembre 2007, contre les réquisitions du parquet, des mandats d’arrêt internationaux contre Abdelmalek Amellou et Mohamed Ziane Hassani, visant des faits d’assassinat et de complicité d’assassinat.

 

Dénouement inattendu, ce jeudi 14 août, à l’aéroport de Marseille-Marignane, à l’arrivée d’un vol régulier en provenance d’Alger. Mohamed Ziane Hassani, actuellement responsable du protocole au ministère algérien des Affaires étrangères, faisait partie des passagers, et a été arrêté à sa descente d’avion.

 

Ce haut responsable algérien a été écroué quelques temps, avant son transfert sur Paris, où il a été mis en examen vendredi pour complicité d’assassinat. Le juge des libertés et de la détention l’a relâché, mais avec un contrôle judiciaire strict, lui imposant de rester dans la région parisienne, et une audition est prévue devant le juge d’instruction pour la fin août.

 

Le parquet est resté fidèle sa ligne, à savoir que le dossier est inconsistant. Comme il s’était déjà opposé à la délivrance du mandat d’arrêt, le parquet requiert le non-lieu.

 

L'avocat de la famille Mecili, Maître Antoine Comte, a exprimé auprès de l'AFP sa satisfaction. « C'est une bonne nouvelle mais il ne faut pas qu'il se produise ce qu'il s'est déjà produit dans ce dossier, à savoir l'expulsion vers l'Algérie de suspects avant qu'ils puissent être jugés en France. La justice doit passer en France dans cette affaire. »

 

En Algérie, les autorités n’ont pas réagi publiquement, mais un article du quotidien La Liberté donne le ton, évoquant de manière particulièrement vive une machination. La nature de faits, les fonctions exercées par Mohamed Ziane Hassani, l’historique du dossier, tout est réuni pour que cette affaire connaisse le plus grand retentissement. Et ce d’autant plus que l’accusation pénale n’a rien d’évident. Des éléments à charge épars, des témoins proches des services secrets, et vingt ans écoulés depuis les faits… Invoquer la raison d’Etat est une chose. Mettre en cause un Etat en est une autre, et il y a encore long à faire avant de se prononcer sur les implications individuelles. Qui a toutes les cartes ? Qui  connait le dessous des cartes ? Qui cet assassinat servait-il réellement ?

 

Dans l’immédiat, l’une des questions qui se pose est de savoir comment Mohamed Ziane Hassani, ce haut responsable algérien, qui se savait l’objet d’un mandat d’arrêt, a pu ainsi se laisser piéger. La presse indique qu’il était porteur d’un passeport diplomatique, mais qu’il ne figurait pas sur la liste des personnes protégées. C’est dire que cette affaire concerne autant la justice que la diplomatie.

 

Et on retrouve là quelqu’un qui connait bien le dossier, pour avoir à plus d’un reprise apporté son soutien à la famille Mecili, le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner. Le 20 avril 2007, celui qui était encore l’opposant de gauche, avait participé à une manifestation organisée à la maire de Paris par « les amis d’Ali Mecili ». L’invitation précisait : « Le 7 avril 1987, l'avocat Ali Mecili, né André, compagnon de Hocine Aït-Ahmed, était assassiné à Paris. Vingt ans après, alors que la vérité est connue sur les commanditaires de son assassinat – les services secrets algériens –, justice ne lui a pas encore été rendue. » Bernard Kouchner faisait partie des cinq orateurs invités, à coté notamment de Hocine Aït-Ahmed, le président du FFS, et de Patrick Baudouin, le président d'honneur de la FIDH.

Aujourd’hui on retrouve les mêmes, mais plus dans les mêmes rôles. Alors, oui, il va falloir choisir.  

 

 
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