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morale

  • « Panama papers » : J’attends de voir

    $_35.JPGCette histoire, c’est distrayant dès l’origine, avec l’International Consortium of Investigative Journalism (ICIJ) qui a reçu du ciel divin 2,6 téraoctets de données informatiques, représentant 11 millions de documents. Qui est ce guerrier ICIJ ? Il est installé dans un haut lieu de la résistance… Washington, aux Etats-Unis (Amérique du Nord, Territoire indien occupé). Et pour ce qui est de la France, les géniaux membres sont Le Monde (Occidental) et Elise Lucet. Wahou… La fine fleur de l’indépendance rédactionnelle… Là, je suis déjà mort de rire…

    Le Panama, on connait. Ce territoire, gros comme une région française, est une succursale des Etats-Unis, avec des bien riches, et une société très inégalitaire : 70% de la population indigène vit en dessous du seuil de pauvreté. Un pays qui dégouline l’argent : allez voir sa puante zone franche de Colon, une petite sœur de Hong-Kong... Charnière entre les deux Amériques, le Panama a toujours su jouer sa carte, un peu avec le canal, et beaucoup les banques, fondées sur deux principes : secret bancaire et fiscalité zéro pour les revenus issus de l’étranger. Autant dire que ma sympathie, d’emblée, est assez limitée pour le Panama.

    D’où vient l’info ? On ne parle pas de l’activité économique de Panama, comme si l’info venait d’un organisme d’Etat… mais de celle d’un cabinet d’avocats, parmi d’autres. Aussi important que soit l’échantillon, c’est donc la clientèle d’un cabinet, et ce n’est pas représentatif de l’activité à Panama. Mossack Fonseca, créé il y a 40 ans, est manifestement une maison bien tenue, et il faut se demander comment une telle masse d’informations a pu sortir, sans de grands pros de la manip’. L’affaire ne fait que commencer et nous verrons. 2738411908r.jpg

    Pour autant, je n’ai pas vu la démonstration d’une infraction, et c'est tout le problème. L’International Consortium balance des noms et des allégations, nous joue de la morale cheap à la tonne sur le thème « ils ont du fric et ne veulent pas payer d’impôt », mais il n'a pas apporté la démonstration d’une infraction pénale : des faits, précis et prouvés, correspondant à la définition d’une infraction, texte à l’appui.

    Blanchiment via des sociétés écrans ? Ce n’est pas impossible, mais il faut prouver que la banque savait que l’argent, quand elle l'a reçu, avait une origine frauduleuse, comme le banditisme, la drogue, ou d’autres revenus dissimulés, et qu’en connaissance de cause, elle a procédé à des montages financiers pour recycler cet argent. Il est possible que cela ait eu lieu, mais le fantastique International Consortium n’en apporte pas la preuve. 

    La France avait retiré Panama de la liste des « Etats et territoires non coopératifs (ETNC) », ce qui signifie que la France respectait le droit de Panama - secret et fiscalité zéro – et estimait que les procédés existaient pour débusquer l’argent frauduleux. Hier, la France a réinscrit Panama sur la liste. Ah bon ? À partir de quelles preuves ? Elise Lucet a balancé des infos crades à Michel Sapin ?  Que cela plaise ou non, tous les pays, d’une manière ou d’une autre, pratiquent l’optimisation fiscale – assurer le meilleur rapport de l’argent – qui est légal, à l’inverse de l’évasion fiscale, qui frauduleuse. L'optimisation coûte des milliards, mais c'est la loi. Un compte au Panama, c'est une infraction? Laquelle ? On balance du soupçon, on verse une larme moraliste, mais on ne prouve rien.

    Alors quelle est l'info ? Ceux qui ont de l’argent en veulent toujours plus. Ça, ce n’est pas un scoop.

    Mossack Fonseca ou Barbarin,… je n’ai d’amitié ni pour l’un, ni pour l’autre, mais j’aime encore moins la chasse moraliste de ce journalisme simplifié.

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  • Lâche-moi, Charlie…

    Lâche-moi, mais lâche-moi Charlie, et toi lâche-moi avec ton Charlie… Ça devient insupportable cette injonction d’être Charlie ou pas Charlie… Un choix débile, sans idée, sans programme, sans débat… Un nid incestuel pour toutes les mélasses et les confusions… Nous avons un esprit, qui ne demande qu’à raisonner, à apprendre, à discuter, à évoluer… Mais, dans le pays moderne, ce jeu prend fin. Forger sa propre pensée, c’est un luxe has been. Dans la France, il y a deux camps. Tu es aujourd’hui devant l’essentiel, et le grand tribunal céleste de la République te regarde. Tu dois répondre vite et bien, et de suite et ce sera pour la vie : choisis ton camp, et choisis le bon, sinon tu seras un paria… Tu vivras comme un misérable, happé par la haine de ton pays. La responsabilité politique des dirigeants n’existe plus. Combattre le chômage ou dessiner une place pour la France dans le monde, c’est secondaire. Le problème, c’est vous et moi… Toute la question est de savoir si nous sommes Charlie ou non.  

    Foutez-nous la paix.

    Abusez du pouvoir, abusez de vos petits pouvoirs, allez-y, et focalisez sur vos lubies de losers. Le monde s’écrira sans vous, malgré vous.

    Cambronne. 

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  • DSK fait le lit de Le Pen

    Le président du tribunal correctionnel de Lille l’avait bien annoncé : le procès traite du droit, pas de la morale… Et comme dans toutes les affaires de proxénétisme, c’est la ritournelle connue depuis des siècles : la femme est libre et agit parce qu’elle aime bien l’argent, le client est sympa et ne sait rien, et il n’existe pas de proxo.

    De fait, DSK et les autres lascars se défendent comme de bons abonnés de la correctionnelle : « La prostituée était souriante sur une photo, ça prouve qu’elle aimait ça, et d’ailleurs elle n’a pas porté plainte ». Arguments mille fois entendus… Les prévenus seront-ils condamnés ? Personne ne peut le dire. Trois magistrats chevronnés prennent le temps de la réflexion, alors on attend. Et puis quel enjeu après tout ? Ce n’est qu’une affaire de julots parmi tant d’autres.

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    Là où tout change, c’est que DSK était le présidentiable du PS et le directeur du FMI. Un mec qui ne doute de rien, et surtout pas de lui. Quand le président lui demande s’il était l’un des hommes les puissants de la plantée, il répond tranquillement : « Disons que j'ai sauvé la planète d'une crise qui aurait pu être plus grave que celle de 1929 ». Tout seul et en toute modestie... Enfoiré...

    De l’autre côté ? Les difficultés existentielles de femmes qui se battent pour ne pas sombrer. L’une des prostituées explique qu’elle s’est résolue à y passer, parce que le frigo était vide, et qu’elle avait peur qu’on lui retire ses enfants. Un autre, bouleversante d’émotion, expose comment elle a été violentée par la sodomie imposée par DSK, subissant en pleurant,… mais acceptant car elle avait besoin de 500 €.

    DSK n’y a vu que du fun – il devait bien décompresser après avoir sauvé la planète – et de l’inconstance féminine : ces pauvres femmes perdent la tête... car elles n’ont pas grand-chose à l’intérieur. Tout au plus, cette formule payée cher à une agence de com’ : « J'ai une sexualité qui est plus rude que la moyenne ». Merci pour elles. Nafissatou Diallo peut témoigner.

    Le problème est que le procès est public, et que les échos des audiences tombent à l’état brut dans la société française, assommée et horrifiée. C’est tellement sordide que personne n’ose en parler... mais ces infos font des ravages, tant elles témoignent de la violence sociale, du mépris pour les faibles.

    Le PS de Bambi nous avait gavés avec son programme de suppression de la prostitution, et de pénalisation du client. Aujourd’hui, ils n’ont rien à dire devant cette catastrophe morale. Car nous, qui ne sommes pas le tribunal, devons raisonner moral et social : des femmes, pour échapper à l’exclusion sociale, subissent les assauts du présidentiable PS, et le PS n’a rien à dire... C'est une fin. Aujourd’hui encore, il ne faut pas gêner celui qui reste son maître à penser, alors le PS se tait. Tant pis pour ces misérables femmes…

    Ils passent leur temps à duper le monde.

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    La peur d’une vie, en ces années de non-gouvernance, c’est la statue de Giacometti, « L’homme qui chavire ». Ceux qui chavirent, ou craignent de chavirer, ou redoutent de voir leurs enfants chavirer constatent amèrement que le PS est d’un autre monde.

    Il ne reste plus rien. Cet abandon ponctue des années de trahison. Désormais, il n’y a plus de rempart, et la victoire de Le Pen est possible. 

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  • Mon ami François a cassé son dignitomètre

    Dans les moments difficiles, on va rechercher les vrais amis, et imaginez si j’ai été ému quand j’ai vu s’afficher sur mon galaxy S4 de 5° génération le nom de François. Ça faisait si longtemps… Depuis la campagne du guerrier Delors en 1994, ça ne nous rajeunit pas.21541622_2557822.jpg

    - Ben alors, François, comment va ? Tous mes vœux de bonheur, de réussite… et bien sûr beaucoup d’amour.

    - Merci, toi aussi. Mais franchement, ça va pas trop.

    - Que passa ?

    - J’ai cassé mon dignitomètre, et je n’en avais qu’un. Me voici perdu…

    - Ton quoi ?

    - Mon dignitomètre. Ça m’emmerde, parce que c’était un super dignitomètre de la maison Dignitomachin, de Tulle. Ils fabriquent des dignitomètres depuis le fameux discours de Mac-Mahon le 28 avril 1873 : « Avec l'aide de Dieu, le dévouement de notre armée, qui sera toujours l'esclave de la loi, avec l'appui de tous les honnêtes gens, nous continuerons l'œuvre de la libération de notre territoire, et le rétablissement de l'ordre moral de notre pays».

    - Ah bon, mais c’est un peu dépassé tout ça… La République est passée par là…

    - Eh mais t’est ouf, t’as pas lu l’arrêt du Conseil d’Etat du 9 janvier 2014 n° 374508 ?

    - Oui, je connais l’annonce du Conseil d’Etat, le gardien de nos libertés…

    - Mon ami, t’en a trop lu dans l’annonce. Le Conseil d’Etat a jugé hier que la cohésion sociale était liée au respect de la dignité…

    - Wahou ! Attends, mais ça c’est un truc de moralistes... ou de théocrates... ou de curés… ou de mollahs… ou d’imams… ou de rabbins… ou de prêtres… ou de pasteurs… ou de griots… Mais quels sont les textes de la Constitution, du Code civil et du Code pénal qui définissent la dignité ?

    - C’est vite vu : il n’y en a pas !

    - Ah bon ? Mais comment on fait pour défendre la cohésion sociale par la dignité, si on ne sait pas ce qu’est la dignité ?

    - Avec un dignitomètre. C’est l’appareil magique qui mesure la dignité, et c’est imparable. Les nouveaux sont à lecture instantanée, et il y a même une application android, alors tu peux enregistrer des tracés. Comme çà, a tout moment, tu sais si tu es digne et si tu sauvegardes la cohésion nationale. On peut placer le dignitomètre sur le front ou sous l’aisselle, et même se le caler dans le train. C’est là que c’est le plus précis, mais en cas d’urgence, il faut passer dans une pièce isolée, et c’est pas toujours pratique.9782849901892.jpg

    - Et alors…

    - J’ai cassé mon dignitomètre. Je l’ai fait tomber, et bing…

    - Oulala, tu es sûr que ce n’est pas un acte manqué freudien ? 

    - De toi à moi, je le crois.

    - Et t’en as pas un autre ? Tu peux pas demander celui de Valls ?

    - Jamais de la vie : son dignitomètre est complètement déréglé… On dirait une boussole sur le pôle.

    - Oui, en effet, ça s’est vu… Comment on va faire ?

    - Ecoute, voilà le cas qui me turlupine. Si je demande à un officier de sécurité d’apporter au petit matin des croissants dans ma garçonnière, pour ma petite chérie et moi, tu crois que c’est digne pour la cohésion nationale ?

    - C’est pas légal, car ça n’entre pas dans la mission de l’officier de sécurité, et c’est un détournement de fonds publics. Donc, t’es cuit…

    - Non, mais ça c’est la loi, on s’en fiche. Ce qui compte c’est la morale obligatoire, la dignité d’ordre public !

    - Acheter des croissants et les apporter à des amoureux pour égayer leur petit matin, c’est pas indigne… Et puis, les roudoudous d’amour ne menacent pas la cohésion nationale.

    - Ouf, tu me sauves la vie ! Alors on peut s’assoir sur la loi, et respecter la dignité… C’est cool la jurisprudence du Conseil d’Etat.

    - Attention, laisse-moi finir. Les roudoudous d’amour étaient-ils destinés à la légitime ?

    - Légitime de quoi ?

    - Ben, légitime du mariage pour tous !

    - Ah, je ne sais pas, je ne suis pas marié. Parce que, tu comprends, si je suis marié et que j’ai plusieurs femmes, c’est illégal et je risque la taule. Là, non marié, je peux avoir plusieurs femmes, c’est légal.

    - C’est légal mais ce n’est pas moral…marie-paule-zierski-carnet-de-morale-o-2844944612-0.jpg

    - T’es sûr ? Pourtant si je respecte la loi, je ne menace pas la cohésion sociale, et que je suis le chéri de ma chérie, et inversement, je fais ce que je veux. Ça ne regarde que nous.

    - Oui, si c’est la loi qui commande, mais maintenant, c’est la morale. T’es cuit mon pauvre ami.  Laisser les gens libres de faire ce qu’ils veulent dans le respect de la loi, c’est un truc à te fiche la société en l’air. Il faut que vite que j’agisse…

    - Mais que fais-tu ?

    - Je téléphone à mon ami Stirn pour avoir une audience dans deux heures, et un arrêt du Conseil d’Etat dans trois heures.  

    - Non, non, s’il te plait… Je t’assure que je ne recommencerais plus !

    - Oui,…mais non ! Le risque est trop grand. Le plus sage pour sauver la cohésion sociale est que Stirn t’empêche de faire une chose que tu t’es engagé à ne plus faire. Allô ? Dans une heure ? Allez hop, on file au Conseil d’Etat !

    - Mais je n’ai pas le temps d’appeler mon avocat !

    - Ton avocat ? Mais le Conseil d’Etat de l’Etat moral va te condamner pour ton bien, alors tu n’as pas besoin d’avocat ! Les avocats ne connaissent que le droit, et le respect du droit sans la morale obligatoire, ça peut tuer la cohésion sociale.

    - Oui, tu as raison… On fonce !

    - Et cette fois-ci, attache ton casque. C’est pas moral, mais légal

    - Mais si c’est pas moral, ça sert à quoi ? 

  • Prostitution : La loi de Bambi est nulle

    Bambi, gloire médiatique de la loi sur la prostitution... J’ai cru qu’il s’agissait de son projet de loi, mais en fait, c’est une proposition de loi, d’origine parlementaire. Bon, et peu importe, car cette loi, fondée sur l’ordre moral et ignorante du droit, est nulle. Il y aura peut-être une majorité pour voter ce texte, mais tout le monde s’en fiche, car elle ne sera jamais appliquée.

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    Victime d’une infraction qui n’existe pas…  

    La bêtise commence avec la nouvelle rédaction (espérée) de l’article L. 121-9 du code de l’action sociale et des familles: « Toute personne victime de la prostitution doit bénéficier d’un système de protection… »

    « Victime de » signifie « victime d’une infraction ». La prostitution, soit le fait pour une personne de se livrer à la prostitution, est-elle une infraction ? Non. Donc la prostituée n'est pas victime de la prostitution. C’est nul. Une victime du proxénétisme, ou une victime de violences, on sait ce que sait. Mais victime d’un fait qui n’est pas une infraction, il fallait Bambi pour l’inventer. La science juridique lui en est reconnaissante.

    Un gros leurre pour les immigrées

    La philosophie faux-cul de la loi se poursuit avec l’adjonction (espérée) d’un article L. 316-1-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. C’est un truc bien gluant à la mode SOS Racisme « laissez venir à moi les gentils arabes, et je finirai de les blanchir » :

    « Art. L. 316-1-1. – Sauf si sa présence constitue une menace pour l’ordre public, une autorisation provisoire de séjour d’une durée de six mois peut être délivrée à l’étranger, victime des mêmes infractions qui, ayant cessé l’activité de prostitution, est pris en charge par une association agréée par arrêté du préfet du département et, à Paris du préfet de police, pour l’accompagnement des personnes soumises à la prostitution. La condition prévue à l’article L. 311-7 n’est pas exigée. Cette autorisation de séjour ouvre droit à l’exercice d’une activité professionnelle. »

    Vous avez bien compris. Comme Bambi a décrété in peto que la prostitution était illégale, elle demande à la République de faire la brave fille pour aider les filles à sortir du bousin. Si avec ça elle ne fait pas une de Elle…

    Alors lisons ensemble ce gag de loi.

    L’autorisation provisoire de séjour « peut » être délivrée… mais elle peut aussi ne pas l’être, et comme la loi ne donne aucun critère, c’est du pur bidon de chez bidon. Si la préfecture refuse, la personne n’a aucun recours car le mesure est de pure opportunité.

    Si le préfet accepte, l’autorisation est valable pour six mois. Donc, c’est six mois pour suivre une formation, trouver un CDD, un logement, maîtriser le français, faire un dossier pour un long séjour, et obtenir l’autorisation du long séjour… Le tout en six mois ! Quelle blague… A ce stade, c’est du vice…

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    La pénalisation du client

    C’est le grand (gland ?) truc branchouille… Un nouvel article 225-12-1 du Code pénal :

    « Art. 225-12-1. – Le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution, y compris de façon occasionnelle, en échange d’une rémunération, d’une promesse de rémunération, de l’utilisation d’un bien immobilier, de l’acquisition ou de l’utilisation d’un bien mobilier, ou de la promesse d’un tel avantage, est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe.

    « La récidive de la contravention prévue au présent article est réprimée conformément à l’article 132-11 ». Donc, la correctionnelle. 

    Une infraction hémiplégique

    D’abord, la base est géniale d’aberration. Le fait de se prostituer n’est pas une infraction, mais le fait d’y recourir est une infraction. Ce que la loi accepte donc, c’est la personne qui se prostitue mais n’a jamais de client. Il fallait le faire... Bambi l'a fait ! 

    Une infraction sans limite

    Ensuite, le texte souffre de la bêtise de ceux qui l'ont rédigé… et qui ont renoncé à définir ce qu’est la prostitution. Créer une infraction sans définir le fait principal, c'est accélérer sur une plaque de verglas. Lisons, chères sœurs, chers frères. 

    Le fait de solliciter des relations de nature sexuelle d’une personne qui se livre à la prostitution de façon occasionnelle en échange de l’acquisition d’un bien mobilier est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe.

    Donc, je cherche à séduire, ou à draguer, en offrant un bijou (ou les œuvres complètes de Bambi, publiées à la Pléiade) : est-on oui ou non dans la prostitution occasionnelle ? Et puis comment qualifier juridiquement le « solliciter » ? Pour le bourrin qui demande « Bonjour Madame, voulez-vous couchez avec moi si je vous offre ce bijou (ou les œuvres complètes de Bambi, publiées à la Pléiade) », c’est bon. Mais quid pour le rusé, qui agit par malice, sous-entendus et stratagèmes? On tape les buses et on laisse les malins tranquilles ?

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    Une infraction qui viole les droits fondamentaux

    Et puis il reste le principal, le principal de l’ignorance du droit, droit remplacé par un ordre moral de mes deux : le fait d’avoir des relations avec une prostituée est qualifié légalement d’infraction. La pauvre Bambi, qui s’était lamentablement vautrée en agitant le principe d’égalité pour le mariage pour tous, ressort de son tiroir à malices le principe de dignité. Mauvaise pioche : l’ordre moral, c’est bon pour la Corée du Nord, mais pas chez nous.

    L’article 8 de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme protège le droit à l’autonomie personnelle, principe important qui sous-tend le régime de l'intimité de la vie privée (Pretty, 29 avril 2002). Ce droit implique le droit d’établir et entretenir des rapports avec d’autres êtres humains et le monde extérieur (Burghartz, 22 févreir 1994 ; Friedl, 31 janvier 1995), et ce y compris dans le domaine des relations sexuelles, qui est l’un des plus intimes de la sphère privée et est à ce titre protégé par cette disposition (Smith et Grady, 27 septembre 1999).

    Le droit d’entretenir des relations sexuelles découle du droit de disposer de son corps, partie intégrante de la notion d’autonomie personnelle. A cet égard, « la faculté pour chacun de mener sa vie comme il l’entend peut également inclure la possibilité de s’adonner à des activités perçues comme étant d’une nature physiquement ou moralement dommageables ou dangereuses pour sa personne. En d’autres termes, la notion d’autonomie personnelle peut s’entendre au sens du droit d’opérer des choix concernant son propre corps » (Pretty). Cette analyse a été développée dans l’arrêt qui fait référence (K.A. ET A.D. c. Belgique, n° 42758/98 et 45558/99, 17 février 2005).

    Pour ceux qui savent actionner leur cerveau, cela signifie que la loi ne peut qualifier pénalement un comportement librement consenti.

    Ah, j’entends déjà qu’on va m’invoquer la contrainte sociale et économique. Sauf que (1) la loi de Bambi ne qualifiant pas la prostitution, et reconnaissant la prostitution occasionnelle, toute relation avec un cadeau est exposée. Et sauf que (2), si la loi reconnait la contrainte sociale et économique comme un critère juridique permettant de contester des actes passés avec un consentement apparent, il faut prévoir, dans le contexte social actuel, de sacrés embouteillages devant les tribunaux…

    Hier, il n’y avait que vingt députés, requis pour voter cette loi. En fait, il y en avait dix-neuf de trop. Un seul député pour voter la plus nulle des lois, c’eût été largement suffisant.

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