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  • Les Néonazis et leurs réseaux : Un grand procès à Munich

    Des accusés néonazis pour 10 assassinats, et la complicité de réseaux solides. Le procès qui s’ouvre à Munich, devant la Chambre des infractions contre la sûreté de l’Etat,  le Staatsschutzsenat - du tribunal criminel de Munich, va sans doute durer plus de deux ans.

    Dans le box, l’enjeu est presque simple. La principale accusée est Beate Zschäpe, 38 ans, et elle sera jugée en même temps que douze autres personnes, accusées à divers degrés de soutien logistique. Beate Zschäpe œuvrait en trio, et cette cellule néonazie s’était donnée pour nom Clandestinité national-socialiste (NSU), mais ses deux collègues Uwe Böhnhardt (34 ans) et Uwe Mundlos (38 ans), se sont suicidés le 4 novembre 2011, alors qu’ils allaient au-devant de leur arrestation suite à un braquage raté. Elle-même s’était rendue quelques jours plus tard au commissariat de Zwickau, en ex-Allemagne de l’Est. C’était la fin de 14 années de vie clandestine.

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    La salle d'audience

    Les chefs d’accusation sont neuf assassinats xénophobes, celui d’une policière en 2007, deux attentats contre des communautés étrangères et 15 braquages de banque. Une petite centaine de personnes se sont portées partie civile.

    Beate Zschäpe a fait savoir qu’elle ne s’expliquerait pas sur les faits. Ce sera donc un procès sur dossier, qui consistera à disséquer les PV de cette série de faits criminels, et les documents retrouvés. La Cour entendra aussi de très nombreux témoins, des experts…

    Les faits en eux-mêmes relèvent de la plus effroyable criminalité, et il y aura beaucoup à comprendre la mécanique de cette idéologie néonazie, les chemins qui y conduisent, l’organisation du groupe, la volonté froide de tuer, cette vie clandestine  pendant 14 ans…

    Cela suffirait à établir l’importance de ce procès, mais il y a beaucoup plus, et le second volet hante l’Allemagne : il s’agit de savoir comment la police judiciaire a pu passer à côté de cette enquête pendant si longtemps. Je rappelle que l’issue ne résulte pas de l’élucidation par une enquête, mais des suites d’un braquage qui a foiré. En clair, la question posée est celle des ramifications de ces réseaux d’influence dans la police et la justice… et le monde politique. Rien de moins.  

    Les assassinats racistes, commis entre le 9 septembre 2000 et le 6 avril 2006, ont atteint huit citoyens turcs ou d’origine turque, et un Grec. Tous ces crimes ont été commis selon le même procédé : en entrant simplement dans de petits commerces de détail et toujours avec la même arme. Or, la police n’a jamais fait de rapprochement, n’a jamais creusé la piste xénophobe et a soutenu contre toute évidence la thèse de règlements de compte, chez de braves gens hors de tout conflit. Les enquêtes visaient les proches, parfois la famille…

    L’assassinat de la policière sera sans doute un élément pivot du procès, car il semble résulter du dossier que si cette femme a été abattue, c’est qu’elle avait trop bien enquêté sur le dossier.

    De fait, l’analyse des archives du groupe pose toute une série de questions, car si le trio était effectivement clandestin, il a bénéficié d’une incroyable liberté de manœuvre, circulant très facilement avec de faux papiers. Or, les trois étaient des militants connus de l’extrême-droite allemande, soudain disparus des écrans radars en 1998… et pas même recherchés. Ce alors qu’un axes proclamé de la lutte contre les résurgences du nazisme passe par le noyautage des réseaux par la police.  Uwe Mundlos avait été repéré de longue date pour son idéologie nazie, et il a plusieurs fois été convoqué par le MAD, le service de renseignement de l’armée. Plusieurs responsables des services du renseignement intérieur ont démissionnés en 2012.

    Alors, juste dix personnes jugées pour le soutien logistique apporté au cours de ces 14 années ? Quel était le réseau réel de la NSU ? Quelles étaient les complicités ? Qu’a-t-il été fait pour éradiquer cette organisation ?

    Ici ou là, on se paie de mots en stigmatisant des « radicaux » improbables, en fait organisés comme des potaches. Avec ce procès, on est dans le vrai : c’est un plongée dans le centre névralgique du crime, qui ne peut prendre cette ampleur sans des appuis solides dans la société et dans les services d’Etat.

    Oui, il faudra suivre de près le procès de Munich. C’est vraiment le genre de circonstances où l’on compte sur la Justice.  

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    Karl Huber, le magistrat qui présidera la juridiction de 5 membres

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