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  • La guerre contre le terrorisme… au Nigeria et au Cameroun

    La France en guerre contre le terrorisme… Un crime de droit commun, prévu par le Code pénal, et cadré par la police et la justice, commis par trois desperados, n’est pas un acte de guerre. La guerre contre l’islamisme, ce sont les populations africaines du nord-est du Nigeria et du nord-ouest du Cameroun, qui la vivent. Un peu de respect pour les faits… L’histoire est terrible, et on redoute les pires enchaînements. Le Nigeria, dépassé, a déserté le territoire, abandonnant les armes aux combattants de Boko Haram, et laissant des populations entières à la merci de ces tueurs. Le Cameroun fait face, avec des soldats héroïques, et un peuple uni, mais pour combien de temps ?

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    Après avoir pris ses marques dans le Nord-Est d’un Nigéria vermoulu, y trouvant ses finances et ses armes, le groupe combattant Boko Haram – le mot djihadiste est tellement galvaudé qu’il ne veut plus rien dire – a passé la frontière, et vient semer la mort et la terreur au Cameroun, l’un de nos plus grands amis en Afrique. Le Cameroun tient, mais pour combien de temps ? Une réalité dramatique et un enjeu décisif pour l’Afrique.

    Le Nigéria, adulé par les Occidentaux, a déserté cette partie au Nord du territoire, comme l’avait montré l’attaque contre les lycéennes. Les soldats sans commandement ont fui, abandonnant armes et matériels... Les militaires camerounais le savent bien… lorsqu’ils récupèrent les armes qui servent à les attaquer.   

    La population nigériane, livrée à elle-même, a cherché à se défendre pour sa survie, mais en vain. Des tueries en série… Fin décembre, tout s’est accéléré. Boko Haram a pris le contrôle de Baga, carrefour commercial du nord-est du Nigeria, et a attaqué une quinzaine de villages, sur les rives du lac Tchad : des massacres de civils, dans une politique de purification ethnique. Les villages ont été rasés, et les corps des morts laissés sans sépulture. Une horreur. Plus personne n’a accès. Samedi, ces terroristes – le nom est mérité – ont posé sur une fillette d'une dizaine d'années une bombe qui a explosé dans un marché bondé de Maiduguri, grande ville du nord-est du Nigeria : dix neuf morts… Depuis le début de l’insurrection de Boko Haram en 2009, 13 000 civils ont été tués dans la région. D’où la campagne d’indignation qui secoue la France

    Les guérilléros de Boko Haram, qui avaient passé la frontière du Nord-Cameroun depuis cinq mois, ont poursuivi la même politique d’exactions systématiques : pose d’explosifs, attaques de véhicules de transports en commun, meurtres en série, incendies dans les villages, vols de bétail…

    En décembre, l’armée camerounaise a procédé à des frappes aériennes en décembre, et le chef de Boko Haram a annoncé la riposte, menaçant Paul Biya : « Si tu ne mets pas fin à ton plan maléfique, tu vas avoir le même sort que le Nigeria ».

    Depuis, les combattants de Boko Haram ont engagé une campagne de conquête du territoire sur cette zone peu protégée, et ils ont de facto pris le contrôle de l’axe routier entre Maroua à Kousseri, à la frontière avec le Tchad. Sur leur passage, ils massacrent les populations civiles, des êtres humains comme vous et moi. Pour les Camerounais, la seule issue devant cette guerre venue d’ailleurs est de fuir leur terre et leur maison, pour échapper à la mort. Plus de 20 000 personnes sont recensées comme population déplacée, mais les zones conquises étant inaccessibles, on ne dispose pas de chiffres sûrs pour le nombre de morts. Des milliers.

    Lundi, les troupes de Boko Haram se sont approchées de Kolofata, mais elles étaient attendues par une unité d’élite de l’armée camerounais – le bataillon d'intervention rapide (BIR) et le bilan est impressionnant : Boko Haram a perdu 143 de ses combattants. C’était la troisième attaque depuis juillet. 

    Le Cameroun a pu disposer de 2 000 hommes dans l’extrême-nord du pays, mais la puissance acquise par Boko Haram, qui pille les moyens militaires nigérians, met en évidence un déséquilibre cruel des forces. Combien de temps tiendront-ils ?

    Ignatius Kaigama, l'archevêque de Jos, une ville nigériane régulièrement meurtrie par Boko Haram des affrontements confessionnels, a lancé, après cette nouvelle attaque sur le Cameroun, un appel sur les antennes de RFI : « Cela démontre à quel point la situation est grave. Mais aujourd'hui, cela ne touche pas seulement le Nigeria ; les pays voisins aussi. Et là-bas, ils vont faire la même chose qu'ici. C'est pour ça que nous appelons à des efforts concertés pour régler cette question de Boko Haram. Là, ils s'en prennent au Cameroun, ensuite ce sera le Tchad ou le Niger. Bref, tous les pays voisins... Et quand ils en auront fini avec ces pays-là, ils iront sûrement au-delà. Donc, nous appelons à ce qu'une solution efficace soit trouvée, qui doit être mise en œuvre d'abord par le Nigeria, mais ensuite le soutien de la communauté internationale est nécessaire. »

    Je suis un nigérian. 

  • Rapt de 250 lycéennes : L’incurie du pouvoir nigérian, et notre indifférence

    J’entends encore les paroles de mon ami Kamel, ce médecin libanais chevronné qui, depuis 40 ans, cherche à organiser des soins partout où ça va mal dans son pays : « Un coup de couteau chez vous, c’est comme cent morts chez nous ». Cette fin avril, la France a été prise de transes pour les quatre journalistes libérés en Syrie. Trois jours à ne parler que de ça… Mais, quelques jours plus tôt, le 14 avril, 250 lycéennes avait été prises en otage par des mafieux djihadistes, se trouvant ainsi exposées aux pires périls. Qui ça ? Des nigérianes. Ah bon,… alors ce n’est pas si grave. 

    Soudain, on se réveille le 5 mai, car le chef mafieux, Aboubakar Shekau, a publié une vidéo provocatrice. Enfin un peu de sensationnel : « J'ai enlevé vos filles. Je vais les vendre sur le marché, au nom d'Allah ».  Là tout s’éclaire. C’est le revival du Mali, le Nigeria est menacé d’une sécession, entre le Nord musulman et le Sud chrétien… Ce qui est fort regrettable pour ce sympathique pays, avec ses 165 millions d’habitants, ses investissements en flèche, et ses réserves pétrolières, qui en font le premier exportateur pétrolier africain et la première puissance économique d’Afrique. Si vous voulez faire du fric en Afrique, ne perdez pas votre temps, misez sur le Nigéria.

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    D’ailleurs, le monde des gens bien ne s’y trompe pas. Depuis mercredi, se presse dans une capitale blindée de forces de l’ordre un Forum économique mondial, qui est une sorte de Davos africain. Une opération de prestige pour Goodluck Jonathan, le président nigérian, candidat à sa réélection en 2015.

    Alors, voici soudain dénoncé à la face du monde ce mal absolu, le groupe Boko Haram,… et ce sont effectivement de vrais salopards. Mais, dans ce pays riche et démocratique, comment un tel groupe, créé il y a plus de douze ans, peut-il prospérer ? Encore un ravage de l’intégrisme ?

    Oui, sauf que l’intégrisme ne prospère pas sans son terreau, toujours le même, l’injustice sociale. Dans le riche Nigéria, 60 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, et les inégalités s’accroissent depuis le retour à la démocratie en 1999. Cette pauvreté est omniprésente dans le Nord, bordé par le Niger, le Tchad et le Cameroun. Le nom de Boko Haram, qui signifie le « livre interdit » par rejet de l’instruction, est là-bas déjà inscrit par la réalité sociale : dans le Nord, 80 % des jeunes sont illettrés et 50 % des enfants en âge d’être scolarisés ne le sont pas. Des chiffres qui, je l’espère, ne plomberont pas le moral du Davos africain.

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    Mais il y a plus. A l’origine, Boko Haram était un mouvement religieux protestataire, qui recueillait de l’écho dans la population compte tenu de l’inégalité viscérale de l’économie nigériane. Aussi, tout l’appareil nigérian, mis en cause, a engagé une répression violente, parfois erratique, parfois aveugle, toujours incohérente… et sans aborder la moindre réforme sociale sérieuse. Mais taper sur le terrorisme, c’est la recette magique... Résultat : Boko Haram n’a cessé de se renforcer, avec plus de 200 attentats et méfaits graves, dont certains au cœur d’Abuja, souvent contre des écoles. Au total plus de 1500 morts.

    Le rapt massif du 14 avril témoigne de l’incurie de l’Etat. Les faits sont eu lieu à Chibok, dans le Nord du pays, dans la zone où Boko Haram est bien installée. Pour réaliser cet enlèvement massif, une véritable colonne de véhicules a fait la distance, avec une équipe nombreuse et armée. On parle de 200 djihadistes, 20 pick-up, des motos. Les bandits se sont présentés en uniforme de l'armée nigériane, tenant des propos rassurants et prenant tranquillement le contrôle du lycée. Des coups de feu ont alors été tirés, les jeunes filles embarquées manu militari, et le bâtiment a été incendié. Quelques jeunes filles ont pu s’échapper, et ont tout expliqué.

    Des alertes ont été données : aucune réaction des autorités.

    Le lendemain de l'enlèvement, le porte-parole de l'armée a affirmé que la quasi-totalité des filles avait été secourues. En réalité, la police et l’armée n’ont rien fait. Dans cette zone réputée dangereuse, comment le convoi a-t-il pu passer – à l’aller et au retour – sans encombre, sans être repéré ? Aucune patrouille pour contrôler ces routes, alors que l'alerte a été donnée ? Et comment justifier qu’il n’y ait eu aucune contre-attaque par les forces de l’ordre en trois semaines ?

    Ce lundi, Boko Haram a commis une nouvelle attaque dans une autre ville du Nord-Est, Gamboru Ngala, avec un bilan de 300 morts. 300 morts ?...  Trois lignes dans la presse. Il est vrai que c’est moins passionnant que la messe médiatique pour le marathon de Boston, où le monde entier était amené à se recueillir sur les trois morts de l’an dernier. Ça aurait aussi pu être plus intéressant si Boko Haram avait flingué un avion au-dessus de la mer… Mais là, juste un massacre au Nord du Nigéria…

    « Article 1 : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Il y a vraiment des jours où j’enrage. 

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