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nudité

  • Les adorables seins de Joséphine Baker

     

    Les adorables seins de Joséphine Baker, la belle noire, restent un danger au pays de l’Oncle Sam. Alors on les cache. Mais on cache quoi, exactement ?

    Louable attention, la Poste américaine a mis en circulation, ce 16 juillet, un timbre à l’effigie de Joséphine Baker. Le timbre reproduit l’affiche du film « Princesse Tam-Tam », réalisé par Edmond T. Gréville en 1935. Une belle affiche représentant la fée Baker, en robe de soirée. En réalité, une occasion ratée, car bien sûr, s’il est une image qui reste, c’est celle de la Joséphine triomphante de la Revue nègre, habillée par une ceinture de bananes. C’était le 2 octobre 1925, sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées. En dévoilant si simplement ce que ses sœurs cachaient si misérablement, la délicieuse négresse, avec quelques pas de danse, permettait à la moitié de l’humanité de faire un bond dans l’émancipation, et dans l’amour.

    Et bien ces petits seins qui changèrent la face du monde sont trop nocifs pour les américains. La Poste en a décidé ainsi. C’aurait pourtant pu être un moyen sublime de relancer le courrier face au succès des courriels. J’imagine les postiers partant travailler en sifflotant, les femmes si fières devant cette éloge de la beauté, et tout un chacun pressé de recevoir les précieux courriers, l’enveloppe ainsi timbrée comptant plus que le contenu. Les seins de Joséphine pour illustrer la liberté de correspondance…  

    Non, les esprits grincheux ont encore frappé. Joséphine sera habillée. Heureusement encore, ils ne nous l’ont pas voilée… Une solution en demi-teinte qui cache en fait une récidive.  

    Tout démarre l’an dernier, avec une initiative Jean-Claude Baker, l’un des enfants adoptifs de l’artiste, propriétaire d’un restaurant baptisé « Chez Joséphine » à New-York. Jean-Claude avait préparé l’envoi de 15.000 cartes publicitaires pour son établissement. Comme illustration, une aquarelle réalisée en 1926 par Henry Fournier, représentant la danseuse, splendide dans sa tenue de travail : costume de plumes et seins nus. Impossible avait dit la Poste : il faut la rhabiller, hors de question de participer à cet envoi taxé de « pornographique ». Jean-Claude Baker apporte une seconde version de la carte, les seins litigieux étant masqué par une écharpe marquée « censuré ». Impossible encore, car l’écharpe était trop petite et laissait apparaitre un petit bout du bout du sein gauche. Nouvelle version avec une écharpe élargie, et surtout, un recours formé par les juristes d’une association de défense des libertés civiles, la New York Civil Liberties Union (NYCLU). La carte a pu être distribuée, sans censure.

    Alors la Poste qui cherche à se rattraper ? De bonne grâce, Jean-Claude Baker a salué le timbre habillé de la Poste, qui prend place dans une série consacrée au « cinéma noir », et raconte que cette histoire aurait bien fait rire sa mère. « La nudité de Joséphine en Europe, chez les Blancs, était un acte de vengeance. C'était dire : aux Etats-Unis je suis trop noire pour certains, et je suis trop blanche pour d'autres. Vous trouvez que mon corps n'est pas assez beau pour les Blancs ou pour les Noirs? Allez vous faire voir, voilà comment je suis ! »

    Du côté français ? C’est à peine mieux. Le timbre, qui date de 1994, représente le visage souriant de Joséphine, avec calée dans un huitième de timbre, une image de la danseuse en tenue. Les petits seins deviennent à ce rythme microscopiques… Quel gâchis.

    Une fusée, Joséphine Freda Mac Donald. Née dans le Missouri en 1906, bonne à 7 ans, elle arrête l’école à 12, se marie à 13, gagne son premier cachet à 14 au Hooker Washington Theater et connaît le succès à 16. Lassée des pesanteurs racistes américaines, elle s’installe à Paris, met le feu aux Champs-Elysées en 1925 comme égérie de la Revue nègre, et propulse la vie des femmes sur le devant de la scène. Cette gaulliste de la première heure refuse de chanter à Paris tant que les Allemands y sont, s’engage dans le contre-espionnage en se dissimulant dans le groupe des « Infirmières pilotes secouristes de l’air » (Ipsa), une section de la Croix-Rouge française. Avec un grand pied de nez noir aux fascistes allemands qui l’avait rangée dans la catégorie des sous-hommes (untermensch) ! Puis c’est la guerre en Afrique du Nord, pour celle qui en 1953 deviendra déléguée générale de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Le tout sans relâche dans le spectacle, et avec l’adoption de douze enfants de nationalités et de religions différentes.

    Et cette nudité ? Oublie le fatras et pense à la beauté. Ouvre tes yeux, vis, et réfléchis ! La vénus noire a fait mentir Baudelaire : elle était une fleur du bien.

     

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