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  • Marignane: L'OAS virée du cimetière

     

    Marignane : L’OAS virée du cimetière. Il y a tout de même des élus qui font n’importe quoi. Comme le maire de Marignane qui avait installé dans le cimetière communal une stèle en l’honneur de l’OAS. La justice vient de lui donner tort.

     

     

    Paix aux morts. Et à chacun ses héros. Pour les nostalgiques de l’OAS (Organisation armée secrète), les héros ont pour nom Roger Degueldre, Albert Dovecar, Claude Piegts et Jean-Marie Bastien-Thiry. Tous quatre condamnés à mort pour meurtres ou tentative d’assassinat contre le chef de l’Etat ­par la Cour militaire de justice, et passés par les armes en 1962 et 1963. Vu par les lunettes révisionnistes, ces criminels deviennent des « combattants tombés pour que vive l’Algérie française ». Après tout, à chacun ses fidélités.

     

    Là où les choses se compliquent, c’est quant un dépositaire de l’intérêt général prend fait et cause. Ce dépositaire est Daniel Simonpieri, maire divers-droite (ex-FN, ex-MNR) de Marignane, dans les Bouches-du-Rhône. Comme un frère d’armes, en tout cas un frère de souvenirs : l’extrême-droite aime se ressourcer dans ces crimes. Et vient l’idée, d’ériger une stèle dans le cimetière Saint-Laurent-Imbert à Marignane en l’honneur de ces héros incompris. En septembre 2004, le maire en confie la réalisation à une bande de copains, l’Amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française (Adimad).

     

    Apologie de crimes dans un cimetière,… et en toute illégalité. Un cimetière municipal fait partie du domaine public communal. C’est-à-dire qu’il est inaliénable. Toute vente ou donation est impossible. Or, il faut une parcelle de six mètres carrés pour édifier cette imposant stèle. Alors que tout est prêt, Daniel Simonpieri s’aperçoit de la bévue, et sans sourciller, signe le 23 juin 2005 un arrêté par lequel il autorise pour une durée de quinze ans l’Adimad à « occuper le domaine public communal » contre une redevance de 169 euros par an. Et d’argumenter que des stèles ou des plaques commémoratives existeraient aussi à Toulon, à Nice, à Théoule-sur-Mer, à Perpignan...

     

    L’inauguration est prévue pour le 6 juillet 2005, mais devant le protestation que soulève cette provocation, le préfet des Bouches-du-Rhône décide le 5 juillet 2005 de l’interdiction de cette cérémonie. La stèle est installée le 6 juillet, dans la discrétion. Depuis, elle trône dans le cimetière municipal.

     

    L’arrêté a été attaqué devant le tribunal administratif de Marseille. Pas par le préfet, chose disons curieuse, mais par un particulier soutenu par Ligue des droits de l’homme, François Gavoury, dont le père, commissaire de police, a été abattu par l’OAS.

     

    Le tribunal administratif vient de rendre son jugement, ce 7 juillet 2008, et il annule l’arrêté municipal.

     

    Le tribunal décrit ainsi la stèle.

     

    « La stèle représente un homme qui s’écroule, attaché à un poteau, visiblement fusillé, comportant la mention Aux combattants tombés pour que vive l’Algérie française, les dates de la présence française en Algérie, (1830-1962), quatre dates de la guerre, qui bien que non explicitées font référence aux événements d’El Halia, d’Oran et d’Alger où des Européens ont été tués, ainsi qu’à la journée dite des barricades, et trois autres dates qui, elles non plus non expressément précisées, correspondent aux exécutions de quatre activistes de l’OAS. »

     

    Pour le tribunal, la stèle évoque « par certaines des dates choisies, des agissements inacceptables, même en temps de guerre, établis et jamais déniés par leurs auteurs ». Et d’ajouter : « Ces agissements, bien qu’amnistiés, demeurent et ne sauraient, en tout état de cause faire l’objet d’une quelconque apologie publique plus ou moins explicite. »

     

    Ceci posé, le tribunal poursuit par deux considérants, qui puisent dans les bases du droit public.

     

    D’abord, un vice de forme. le maire ne pouvait décider seul par un arrêté. Il fallait une délibération du conseil municipal. Une combine de planqué.

     

    Ensuite, le fond. Le maire d’une commune doit assurer dans un cimetière le maintien de l’ordre public, et veiller à la décence et à la neutralité. Or, pour le tribunal, cette stèle est « susceptible de manquer de respect aux familles des victimes d’activistes de l’OAS, et de heurter certains usagers du cimetière ». Elle comporte « une connotation qui n’est pas conforme à la neutralité » qui doit être de rigueur dans un cimetière.

     

    Trois ans de procédure et l’initiative d’un particulier pour dénoncer l’apologie de crime et défendre la paix des cimetières… Et l’absence du ministère de l’intérieur dans un tel procès est profondément choquante.

     

     

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