Avertir le modérateur

ordre moral

  • La maître-chanteuse contre les chanteurs

    th-affiche-francofolies.jpgViré des francofolies, Orelsan l’avait eu saumâtre, mais la réaction de ce grand dangereux avait été de vouloir rencontrer Ségolène Royal : « En fait, je n'ai pas grand chose à lui dire, je voudrais juste connaître les raisons de ma déprogrammation. Ils essayent de noyer le poisson avec plein d'excuses bidon. J'aimerais que ce soit clair. Je suis persuadé qu'elle n'a écouté ni l'album ni rien d'autre et que bien évidement elle n'a jamais vu un de mes concerts. Je ne comprends pas comment des gens peuvent faire annuler quelque chose qu'ils n'ont pas vu ? »

    C’est Cali qui a fait redémarrer la machine, avec une lettre aux organisateurs, publiée le jour de l’ouverture du festival. « Avec cette terrible décision, les Francos de La Rochelle, le festival de la découverte et du parrainage de jeunes artistes, le festival de tous les chanteurs confirmés, le festival des grands chanteurs de notre patrimoine, le festival qui m'a personnellement tout donné, se discrédite totalement. (…) C'est la mise à mort d'un artiste à l'aube de sa carrière. De plus, la décision d'interdire de scène ce chanteur risque de provoquer et de cautionner des autocensures très peu propices à la création (...). La précieuse liberté d'expression est ici clairement bafouée. » Et d’ajouter : « Une de mes chansons parle d'un ado qui a mangé ses parents. C'est une manière de traiter la folie. Dans un autre texte, je suis un homme qui découpe sa victime et la range soigneusement dans des sacs-poubelles. Suis-je un serial killer que l'on doit éloigner de la vie publique? L'art n'est pas forcément beau et agréable, il doit nous faire réfléchir sur nous-mêmes et sur le monde qui nous entoure. »

    D’autres artistes ont pris le relais. Le chanteur du groupe Tryo, Christophe Mali, s'est dit dimanche « complètement contre l'annulation » du concert. Olivia Ruiz a ouvert son concert samedi soir en le dédiant à « celui qui n'est pas là, monsieur Orelsan. » Pour Dominique A, la déprogrammation d'Orelsan est lamentable : « C'est de la censure déguisée. »

    Alors, les organisateurs désavoués par les artistes ? censure.jpg

    Frédéric Charpail, l’un des dirigeants du festival patauge carrément, affirmant à Sud Ouest qu’Orelsan n’a jamais été programmé. Chose étonnante, le nom d'Orelsan figure sur toutes les affiches… « Il était seulement sur une liste d'artistes programmables, mais il en a été écarté dès la fin du mois de février. Les tracts ont été imprimés avant, et si nous n'avons pas enlevé plus tôt Orelsan du site Internet, c'est que nous sommes débordés, c'est juste une connerie». Au concours de mensonges organisés, Frédéric ne passe pas les éliminatoires.

    Pas de chance, en effet, Orelsan publie la première phrase d’un premier courrier du 15 mai, signé de la main de Gérard Pont, directeur des Francofolies: « Nous sommes heureux d’accueillir Orelsan pour notre 25° édition des Francofolies de la Rochelle »... Et son manageur explique que la dénonciation est intervenue plus tard, par un mail.

    Gérard Pont s’avance : « De nombreuses pressions ont été exercées sur le préfet, mais j'ai pris seul la décision de déprogrammer Orelsan, car des concerts entre des haies de CRS, ce n'est pas mon style. » Bidonnage du côté de la préfecture, qui explique avoir découvert l'affaire dans la presse. Et que ce soit à Evreux, la semaine dernière ou au Printemps de Bourges, en avril, le rappeur s’est produit dans la paix et la tranquillité.

    On y voit plus clair avec Jean-Louis Foulquier, créateur du festival, qui met les pieds dans le plat, hier après-midi sur RTL : « C'est Ségolène Royal l'instigatrice de tout ça. Elle s'est positionnée en maître-chanteuse : où il arrêtait la programmation, où il n'avait plus de subventions. » Rappelant que Cali est l’un des vaillants soutiens de Ségolène Royal, Foulquier ajoute : « Est-ce qu'il va aller chanter, dans ses concerts de soutien et de fraternité, pour une femme qui clame la censure ?

    Alors, il déconne l’ami Foulquier ?

    argent.jpgEcoutons Alexandre Godin, le directeur de cabinet de la présidente de la région : «Nous avons été alertés par des associations féministes en février-mars. Nous avons alors joint le festival qui a assuré qu'Orelsan n'était pas programmé. » Aucune intervention, donc...

    Quatre mois plus tard, rebelote. Le collectif des Elu-es contre les violences faites aux femmes s’adresse à Ségolène Royal. « Oui, nous avons envoyé une lettre à la région, mais aussi au maire et au conseil général. Nous refusons que les pouvoirs publics subventionnent à la fois notre association et ce contre quoi elle se bat », explique Michèle Loup, présidente de l'association, et par ailleurs vice-présidente du Groupe Vert du Conseil Régional d'Ile-de-France. Nouveau contact avec la direction du festival. Nouveau démenti de la présence d'Orelsan. En réponse, Ségolène Royal écrit dans un courrier destiné à l'association avoir «repris contact avec les organisateurs qui m'indiquent qu'Orelsan n'a jamais été programmé et ne le sera pas.» Mais Oreslan est encore là… avant soudain de disparaître, pour de bon.

    Alors, pour savoir, mieux vaut s’adresser à Dieu qu’à ses saints. Aujourd’hui silencieuse, Ségolène Royal était plus prolixe dans Sud Ouest du 4 juillet : « Je l'avais déjà fait au mois de mars. Je ne sais pas ce qui les a conduits à reprogrammer ce rappeur. En tant que femme et présidente de la région Poitou-Charentes, je n'ai absolument pas envie de sponsoriser sur mon territoire une personne qui vante les violences faites aux femmes. Même si je n'ai pas à me mêler des choix artistiques, j'assume, et je me réjouis qu'il ne chante pas ses paroles de haine et de meurtre aux Francofolies.

    Précision : le conseil régional subventionne le festival à hauteur d’environ 400.000 euros, selon une délibération relative au budget du conseil régional en date du 13 janvier 2009.

    censure1.jpg

  • Orelsan : Le retour des rats

    censure.jpgSacrés censeurs, sacrés farceurs. Toujours les mêmes ficelles de ringards. Oh l’abominable Orelsan qui dit ce qu’il ne faut pas dire. Qu’on parle crument des misères cachées, non, vraiment c’est impossible.

     

    Préparons une grande brochette pour aligner tous ces censeurs. Comme poisson pilote, Valérie Létard, secrétaire d'Etat à la Solidarité qui trouve ainsi une occasion de faire parler d’elle, alors que bêtement je la croyais entrain de s’occuper des 80 000 chômeurs de février. Vient ensuite Christine Pimprenelle Albanel qui se dit « choquée et même révoltée » par cette chanson : « Une apologie sordide de la brutalité envers les femmes, d'une cruauté inouïe. La liberté d'expression s'arrête où commencent l'incitation à la violence et la manifestation de la haine la plus nauséabonde. »  

     

    Et suivent notre vaillant Papy Parti Socialiste (PPS), qui après l’ébouriffant succès de son printemps des libertés, appelle à la censure, la toujours fringante  Marie-George Buffet, et en embuscade Ni Putes Ni Soumises : « Nous ne pouvons nous satisfaire de la seule censure de la chanson 'Sale pute'. Nous demandons instamment à Orelsan de présenter des excuses publiques au plus vite et appelons au boycott du Printemps de Bourges si cet artiste est encore programmé ». Pourquoi s’arrêter en si bon chemin, alors qu’une séance de flagellation publique serait du meilleur effet ? gotpandapolicelinedonotbb7.jpg

     

    L’objet de cette soudaine poussée de fièvre est une chanson d’Orelsan qui date de 2007. Deux ans pour remonter au cerveau de ces ramollis du bulbe, c’est un délai normal.

     

    Alors, qu’en est-il de ce péril social, à savoir cette chanson « Sale pute » ? C’est l’histoire d’un mec, un sale mec, planté par sa copine, qui pète les plombs et lui voue une rouste. Un secret : c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’une telle chose arrive.

     

    « T'es juste bonne à te faire péter le rectum

    « J'te déteste, j'veux qu'tu crèves lentement

    « On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée

    « Tu n'es juste qu'une truie, tu mérites ta place à l'abattoir.

     

    Ciseaux%20XIXeme%201.jpgPoursuivons dans l’aseptisation de la pensée. J’imaginais au minimum un joli bras d’honneur d’Orelsan et de sa maison de disques, 3ème Bureau (Wagram). Les deux se couchent ! « Comme toute création artistique, aussi violente soit elle, cette narration ne peut et ne doit pas être sortie de son contexte. En aucun cas Orelsan ne se pose en agresseur de la gent féminine ». Et la nouille Orselan qui présente ses excuses… Dans la foulée, les organisateurs du printemps de Bourges s’engagent à ce que « Sale Pute » ne soit pas chanté par Orelsan lors de son passage sur scène.

     

    Alors, remettons un peu d’ordre au pays de la censure métabolisée. 

     

    Que le texte d’Orelsan, un cri de brute, soit nul et affligeant, il n’y a pas de doute. Après, c’est à lui d’assumer.

     

    Qu’on n’aime pas ce texte, et qu’on veuille le dézinguer : allez-y les amis, foncez ! Toute critique est salutaire. Et que les meilleurs arguments gagnent !

    Christine Pimprenelle Albanel estime qu’il y incitation à la violence ? Qu’elle saisisse vite la justice, et qu’un juge indépendant et impartial se prononce, au nom de la loi.

    Le public méprise le texte et l’auteur ? Il se casse et achète un coffret de Francis Cabrel ! censure.gif

    Mais cette nuée de mouches qui s’abat sur le bonheur de la censure, ça, c’est vraiment indécent. Orelsan est impardonnable : il a dit avec vérité le moteur des violences faites aux femmes. Dire la vérité : impensable mon ami ! Pour parler, il faut le Code social. Utiliser des mots violents pour parler de la violence : inimaginable. Dire ce qui se passe dans la tête d’un mec qui part en vrille : insupportable.

    Les censeurs ne changeront jamais. Cette internationale du crétinisme ressort toujours les mêmes balourds, depuis plus de 2 000 ans. Alors, un peu de lecture ? Tiens, n’allons pas chercher loin : deux articles de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.

    Article 10 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. »

    censored.jpgArticle 11 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi. »

    Donc, c’est assez simple. La censure, c’est interdire par a priori. La liberté, c’est s'exprimer, et en répondre devant l'opinion et, le cas échéant, devant les tribunaux. Et la Cour Européenne des Droits de l’Homme rappelle depuis l’arrêt Handyside de 1976, que la liberté d'expression « vaut non seulement pour les "informations" ou "idées" accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l'Etat ou une fraction quelconque de la population. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l'esprit d'ouverture, sans lesquels il n'est pas de société démocratique ».

    Alors, à tous ceux qui s’égosillent sur le cas Orelsan, je leur déconseille fortement d'entrer dans une libraire digne de ce nom. Ils risqueraient de trouver les écrits de Sade, dans cette insensée collection La Pléiade de Gallimard. Mais aussi, ils y verraient toutes les œuvres, dont celles de Baudelaire et Flaubert, qui aujourd'hui sont des classiques, mais qui ont commencé leur carrière avec les cris effarouchés des censeurs.

    Orelsan n’a pas ce talent ? Certes, et pas ce courage non plus. Mais ce n’est pas le problème. Sa faute, c’est d'avoir dit la vérité. C’est ça qui est insupportable à ces esprits fatigués.

    Lorsqu’il y a quelques mois un député avait assassiné sa femme, parce qu’elle avait rompu, avant de se suicider, l’Assemblée nationale lui avait rend hommage par une minute de silence, debout en séance. Là, ce n'était pas une chanson. Je n’avais pas entendu tous ces cris outragés…

    115523-004-FA619CA3.jpg

    Le Marquis de Sade en prison

Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu