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  • Payer pour des ovocytes

    772533361.3.jpgPayer pour les ovocytes. Mère à 59 ans, avec un accouchement prévu à la maternité de Port-Royal à Paris, ça ne pouvait passer inaperçu. L’équipe médicale met tout en œuvre, avec de vraies inquiétudes d’autant plus qu’il s’agit de triplés. Ce qui est sûr, c’est que cette grossesse serait en France illégale. Les lois qui encadrent l’assistance médicale à la procréation en limitent les effets aux personnes en âge de procréer.

    Alors comment, cette maternité ? Par un voyage au Vietnam, pays qui pratique sans réserve le don d’ovocyte. Et si le Vietnam est dans l’abus, manifeste car cette maternité met en danger le vie de la mère, la France, toute parée de ses habits éthiques, est bien à la traine. L’éthique confine à l’hypocrisie d’un confort illusoire, quand il suffit, pour la dépasser, de passer la frontière.

    L’ovocyte, encore appelée ovule, est la cellule reproductrice féminine. Les ovocytes sont normalement bien calés au chaud dans l’ovaire, se préparant pour la visite de l’ami spermatozoïde, et après la douce fusion des noyaux de l’un et de l’autre : et c’est parti pour la grande aventure de l’embryon.

    Très bien, quand tout marche bien. Quand ça va mal, on stimule l’ovulation, puis, avec le sperme du mari, on pratique une fécondation en laboratoire, et on implante l’ovocyte. Mais quand ça ne va plus du tout, la seule solution est d’implanter un embryon, conçu par la fécondation d’un ovocyte donné et du sperme du mari ou du compagnon. Qui donne ces ovocytes ? C’est là que ça se complique.

    Le processus n’a rien d’évident. Il commence par une stimulation des ovaires afin d’obtenir plusieurs ovocytes. 10 à 12 jours avec des injections sous-cutanées quotidiennes, des prises de sang et une échographie ovarienne, pour surveiller au jour le jour l’évolution. Le don est en réalité un prélèvement effectué par voie vaginale, sous anesthésie, et à une heure précise : 35 à 36 heures après la dernière injection. La femme donneuse rentre à la maison le soir, mais bien brassée quand même. Ajoutez des douleurs et quelques saignements. Et pour encourager, le don est anonyme et gratuit…

    Résultat des courses : la carence. Les derniers chiffres données par l’Agence de biomédecine concernent l’année 2006 : un délai d’attende allant jusqu’à cinq ans, 1 100 couples recensés en attente, 228 femmes ayant bénéficié d’un implantation, et une centaine de naissances. La société évoluant, les maternités sont de plus en plus tardives. Le problème est donc devant nous.

    Autre vérité… de l’autre côté des Pyrénées : pour la seule Catalogne, 5 000 dons d'ovocytes ont été effectués en 2006. Les femmes espagnoles seraient-elles animées par un puissant altruisme ? Non, plus prosaïquement, la loi espagnole a levé le tabou de l’argent.

    En France, les dons d’organes ou d’éléments du corps humain sont soumis à de très honorables  principes : consentement, gratuité et anonymat. Personne ne conteste le protection du consentement, très formalisé d’ailleurs. Il n’en est pas de même pour les deux autres points.

    La gratuité repose sur la théorie juridique du corps. Le corps est la personne, et il est donc hors commerce. Je ne peux pas vendre un rein pour payer le solde des impôts : très bien. Mais, comme tous les bons principes, celui-ci est fait avec une bonne dose d’élastique : pas de marché sur le corps, mais une femme peut se faire rémunérer pour dénuder son corps en dansant, ou mettre en œuvre ce corps à la recherche du plaisir tarifé d’autrui.

    L’encadrement rigoureux du don d’organe est légitime car les organes ne sont pas reproductibles. Mais franchement, quel intérêt d’appliquer le même principe à notre joyeux ovocyte qui n’attend que de rencontrer son complice et ami, le spermatozoïde ? Eviter la marchandisation du corps me dit-on… Non, cette belle loi de bioéthique a surtout pour effet de créer un vraie ségrégation par l’argent. Pour une transplantation d’ovocyte, c’est gratuit mais impossible en France,… ou 5 000 € en Espagne.

    Abandon devant le principe de réalité ? Pour ma part, je fais vite le choix. J’ai rappelé le parcours qu’est pour une femme le don d’ovocytes, et la rémunération ne heurte ni le droit, ni la morale. Des étudiantes y verraient un moyen d’aider le financer les études, et en donnant la vie. Où est le drame ?

    Et l’anonymat, pourquoi l’imposer ? Pourquoi ne pas laisser la possibilité à la femme donneuse la possibilité de laisser son identité, et à la femme receveuse de demander à en prendre connaissance ou non. Ce qui, notamment, permettrait d’encourager les dons d’ovocytes entre sœurs. Encore un drame ?

    Les lois de bioéthique doivent être révisées l’an prochain. J’espère qu’elles seront l’occasion de ces évolutions. Nous serions plus à l’aise avec cette si dangereuse maternité de 59 ans si notre droit était plus réaliste.

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