17.05.2010
Vivent les femmes sénégalaises !
Sacré Wade ! Non, je ne veux parler de ses déclarations fâchées sur la minimisation de son rôle dans la libération de Clothilde. Il faudra laisser reposer quelques temps avant d’y voir plus clair, mais les interrogations sont tout de même vite ressorties…
Aujourd’hui, il y a mieux à faire que souffler sur la braise des soupçons. Il faut tout simplement féliciter le Sénégal et notre Papy Wade qui viennent de faire un pas de géant dans l'affirmation des droits des femmes. L’Assemblée nationale vient de voter, et à une large majorité, le projet de loi 10/2010 instituant la parité absolue homme-femme dans toutes les institutions totalement ou partiellement électives. Bravo, mille fois bravo. Plus de deux cents ans après la Révolution de 1789, la France en parle ; cinquante ans après l'Indépendance, le Sénégal l’a fait. Magnifique société sénégalaise !
Et notre ami El Hadji Amadou Sall, ministre d’Etat, garde des Sceaux, ministre de la Justice, peut être heureux : « L’histoire politique sénégalaise est porteuse de plusieurs batailles pour une plus grande démocratie. Nous sommes heureux de poser cet acte d’une dimension historique. Cette loi rend justice aux femmes. La parité n’est donc pas une opposition entre homme et femme, c’est l’instauration d’une compétition saine et objective. Cette loi assure une distribution égale des responsabilités entre les hommes et les femmes. Par son adoption, nous accédons à une maturité démocratique plus grande ».
La vraie parité électorale, c’est article 2 : « Les listes de candidatures sont alternativement composées de personnes des deux sexes pour les institutions partiellement ou totalement électives. Lorsque le nombre de membres est impair, la parité s’applique au nombre pair immédiatement inférieur. Lorsque le nombre de membres est impair, la parité s’applique au nombre pair immédiatement inférieur. Les listes de candidatures doivent être conformes aux dispositions de cette loi sous peine d’irrecevabilité ».
Je transmets donc à nos trois lutins tricolores, Sarkozy, Accoyer et Copé. Vous vous rappelez l’histoire de l’homme africain qui n’est pas assez entré dans l’histoire… Résultat des courses, il y est bien entré dans l’histoire, et il est bien comme tout, d’autant mieux qu’il a amené sa mère, son épouse et ses filles avec lui !

Une victoire qui se déguste...
01:09 Publié dans droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : sénégal, wade, parité
20.03.2010
L’Académie des mes deux
L’Académie française des guignols femmophobes. Une bande de zouaves empapahoutés, dans leur costume vert, vert comme les fruits qui ne muriront jamais.
Thermomètre de l’identité nationale des entrailles, l’Académie entend conserver la langue et ses traditions. Fondée en 1635 par le divin, quoiqu’un peu terrestre, Cardinal de Richelieu. Un brave gars qui avait joué la santé de ses adducteurs sur le thème du grand écart entre la sphère publique et la sphère privée, et autres salades associées.
Que ce club de quarante déjantés s’amuse à jouer aux billes, à coup sûr, m’indiffère au plus haut point. En habit vert, ils sont bien mignons, un peu petits pois, un peu sapins de Noël enguirlandés. Mais c’est surtout l’entourage qui fait rire.
Le premier truc, très drôle, c’est le décalage avec le monde vivant. Nos prosateurs ne se mouchent pas du coude : « Veiller sur la langue française ». Filiation inavouée du Cardinal : ils croient encore que le pouvoir vient d’en haut. « L’Académie a travaillé dans le passé à fixer la langue, pour en faire un patrimoine commun à tous les Français et à tous ceux qui pratiquent notre langue. Aujourd’hui, elle agit pour en maintenir les qualités et en suivre les évolutions nécessaires. Elle en définit le bon usage ». La prétention en guise de pensée fondatrice.
De tous cotés la langue française se diversifie, s’enrichit de mille apports, et de l’autre elle
périclite. Non, elle a périclité. L’anglais est langue du monde, la langue de l’avenir, la langue de la liberté. Et bon vent pour cette langue, libérée de cet ectoplasme mortifère qu’est le miasmique académisme. L’anglais a gagné la partie, et je m’en félicite. C’est la plus simple, la plus souple, la plus vivante des langues. Je constate et j’admire : l’anglais, c’est un traité de paix. Débarquez dans n’importe quel coin du monde et, grâce à l’anglais, vous commencez les plans. Bien sûr, j’ai mille plaisirs à lire les écrits de langue française, comme un délice. Je recommande "Le dictionnaire amoreux des langues" de Claude Hagège (Plon), ou "Les langages de l'humanité", de Michel Malberbe (Bouquins). Mais le match n’est pas le même.
Après la plaisanterie s’amplifie, avec l’incroyable cirque qui entoure ce cénacle vert et moulu. Les adorateurs de l’Académie... Cette semaine, c’est à notre président que la docte Académie a donné le tourbillon. Mardi à 9 h, il se sait trop occupé pour être libre à 15h. Mais le même mardi à 11 h, il se rend compte que finalement il est disponible pour 15 h. Danse du ventre très rock’n roll, mais au final pas très académique.
Dernier stade de la blague, avec Mamie Nova, qui s’était insurgée il y a quinze jours à l’encontre des nominations trop masculines au Conseil constitutionnel,… et avec raison : que des mecs ! D’où le sourire épanoui de la même : l’Académie, c’est un haut lieu de la parité. 36 garçons et 4 filles ! Et depuis 1635, seules six filles ont été élues à l’Académie des lumières : Marguerite Yourcenar, en 1980, Jacqueline de Romilly, en 1988, Hélène Carrère d’Encausse, en l’an 1990, Florence Delay, en l’an 2000, Assia Djebar en 2005 et Mamie Nova en 2010.
Ah, si seulement ce frigo de la pensée ne se prenait pas au sérieux…

01:39 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : académie, parité, ringard
25.02.2010
Ces vieux messieurs qui viennent draguer la Constitution !
La Constitution, cette belle et jeune femme, pleine d’avenir, se fait draguer par une équipe de papys et il faudrait rester indifférent ? Jamais de la vie ! Le Conseil constitutionnel, c’est onze membres : dix hommes, et une femme…. Ca devient franchement rigolo.
Episode n° 1. 1789 et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Tous les hommes, c’est le genre humain, donc les hommes et les femmes. Oui, mais bon. Déjà à l’époque, nos vaillants révolutionnaires étaient un peu dur à la comprenette. En 1791, Olympes de Gouges avait dû leur coller un suppositoire XXL, pour leur faire ouvrir les yeux, avec la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne, qui proclamait en son article 1° « La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits » et en son article 2 « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à l'oppression ».
Episode n° 2. L’ordonnance du 5 octobre 1944 donne le droit de vote aux femmes. Cent cinquante ans pour que ça leur remonte au cerveau, et 14 ans après la toujours très moderne Turquie. 
Episode n° 3. La réforme constitutionnelle du 21 juillet 2008. Le principe de parité fait son entrée dans la Constitution, en ajoutant un 3° alinéa à l’article 1° : « La loi favorise l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu'aux responsabilités professionnelles et sociales ».
Donc, voter les lois, pas de problème, c’est fait. Mais les appliquer,… restons sérieux, chers amis.
Le Conseil constitutionnel, dans sa dernière composition, comprenait deux femmes dont une partante. Avec trois nominations féminines – les talents ne manquent pas – on serait arrivé à 4 femmes. Ca devenait crédible. L’un des plus mauvais élèves de la parité, chargé de contrôler le respect de la parité, s’approchait de la zone de rédemption.
Bon, il en manque un peu, avec cette nomination de trois jeunes filles fringantes : Jacques Barrot, né en 1932, Michel Charasse, né en 1941, Hubert Haenel, né en 1942. Le Conseil constitutionnel devient l’un des derniers refuge du pouvoir patriarcal. Trois hommes, Sarkozy, Larcher, et Accoyer ont nommé trois hommes : un ordre naturel se dessine dans la France du XIX° siècle, qui se donne les moyens de percevoir les enjeux de demain, dans la société de la complexité.
Alors, j’entends déjà l’argument : pour les « sages » du Conseil constitutionnel, il nous faut des messieurs, et des un peu âgés. Ah que non, mon Pépédé ! Les vieux messieurs sont parfois parfaitement sots, voire un peu coquins. Et les jeunes filles sages, c’est un modèle très commun, et même majoritaire. Trop, dirons certains.
Ils peuvent en toute légalité continuer à se désigner les uns les autres. Mais c’est d’autant plus regrettable qu’à partir de ce 1° mars, chaque citoyen pourra, à l’occasion d’un procès, contester la constitutionnalité d’une loi, en demandant au juge de suspendre le procès et d’interroger le Conseil constitutionnel. C’est la « question prioritaire de constitutionnalité » prévue par l’article 61-1 de la Constitution. Toutes le problématiques sociales les plus aigües sont ainsi susceptibles d’être soumises au conseil constitutionnel, qui à terme peut devenir une vraie Cour Suprême.
Quoi, le Conseil qui deviendrait une Cour ? On lit vraiment n’importe quoi sur ce blog…

09:07 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : parité, constitution, loi










