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philosophie

  • L’inquiétante dérive des intellectuels médiatiques

    De petites, et précieuses, lumières pour éclairer le chemin… Le blog poursuit la reprise d’articles qui comptent. Voici un excellent texte de Gisèle Sapiro, sociologue, directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, publié par Le Monde. Gisèle est auteure de « La Responsabilité de l’écrivain. Littérature, droit et morale en France (XIXe-XXe siècle) », publié au Seuil, en 2011, et elle a participé au livre dirigé par Pascal Durand et Sarah Sindaco « Le discours “ néo-réactionnaire”», publié aux éditions du CNRS.

    Gisèle n’a pas prévu de se présenter aux primaires, justement parce qu’elle est une secondaire.

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    L’inquiétante dérive des intellectuels médiatiques, Gisèle Sapiro

    Alors que l’un d’entre eux vient de mourir (André Glucksmann) les intellectuels envahissent plus que jamais l’espace public. Ils profitent de la prudence des chercheurs, qui, souvent, hésitent à livrer des diagnostics complexes dans un format réduit, et de celle des écrivains, qui préfèrent laisser la parole aux experts. Ceux-ci comme ceux-là ont retenu la leçon du philosophe Michel Foucault, qui invitait les intellectuels à se cantonner dans leur domaine de spécialisation plutôt que de parler à tort et à travers, sans pour autant renoncer à porter un regard critique sur la société à la manière de l’expert. Foucault opposait ce mode d’intervention de « l’intellectuel spécifique » à la figure sartrienne de « l’intellectuel total ». 

    Or, ce qui caractérise les intellectuels médiatiques, c’est précisément qu’ils sont capables de parler de tout sans être spécialistes de rien. Pénétrés de leur importance, ils donnent leur avis sur tous les sujets, par conviction sans doute, mais aussi et surtout pour conserver leur visibilité. Car la visibilité médiatique n’est pas donnée, elle se construit, elle s’entretient. Aussi sont-ils prompts à s’attaquer les uns les autres pour tenir en haleine les médias et le public, même si force est de constater qu’on est loin du panache d’un duel entre Mauriac et Camus.

    La forme que prennent leurs interventions varie selon qu’ils sont plus ou moins établis, qu’ils occupent une position plus ou moins dominante : on peut ainsi distinguer les « notables » des « polémistes ». Forts de l’assurance des dominants, les « notables » parlent lentement, pèsent leurs mots, pour leur donner plus de poids, ils écrivent dans un style classique qui doit incarner les vertus de la langue française tout en touchant le plus de monde possible – car parallèlement aux apparitions publiques, il s’agit aussi de vendre des livres. Leur propos est moralisateur, ils prétendent incarner la conscience collective, même lorsqu’ils représentent des positions minoritaires. Les « polémistes » se caractérisent, quant à eux, par leur style pamphlétaire, ils parlent vite, pratiquent à l’oral comme à l’écrit l’invective et l’amalgame, assènent des jugements à l’emporte-pièce, avec des accents populistes. Ils sont coutumiers des revirements calculés qui sont autant de coups médiatiques.

    Droitisation

    Si les intellectuels médiatiques se recrutent dans toutes les tendances politiques, l’essentiel étant d’afficher sa différence, on n’en observe pas moins une droitisation de cette scène qui coïncide avec le phénomène identifié sous l’étiquette « néoréactionnaire ». Parmi les facteurs explicatifs de cette droitisation, il y a d’abord le vieillissement social, la scène en question ne s’étant pas beaucoup renouvelée depuis son émergence à la fin des années 1970 autour des « nouveaux philosophes ». On a vu ainsi d’anciens maos devenir des thuriféraires de la pensée néoconservatrice, des révolutionnaires d’hier appeler au retour à l’avant Mai 68, événement maudit dont découleraient tous les maux du présent. Jouent aussi les gratifications sociales, les réseaux de relations au sein du champ du pouvoir, les opportunités qui s’ouvrent dans des moments de reconfiguration des alliances politiques, comme ce fut le cas lors de la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Sa stratégie fut de tenter de rallier des intellectuels et des artistes identifiés à gauche, et elle rencontra un certain succès.

    Aujourd’hui, c’est le Front national qui a entrepris de déployer une telle stratégie de séduction à l’égard des intellectuels et des artistes, en constituant entre autres un collectif Culture, libertés, création – excusez du peu ! Si pour l’heure, ce collectif n’a réussi à rassembler que d’illustres inconnu(e)s, qu’en sera-t-il demain ? La question se pose d’autant plus que l’afflux des migrants fuyant la guerre ou la pauvreté a suscité, à côté des manifestations d’empathie et de la mobilisation de larges fractions des populations européennes pour leur venir en aide, ou plus exactement contre elles, des réactions de xénophobie aiguë qui, pour être classiques, n’en sont pas moins inquiétantes. Nourries de l’islamophobie ambiante, ces réactions, dont le mouvement allemand Pegida [Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident] constitue l’expression la plus extrême et la plus organisée, révèlent des peurs profondes de nature diverse, qu’elles soient d’ordre « identitaire » ou économique.

    Or ces craintes ont été largement attisées par nombre d’« intellectuels » médiatiques qui se sont érigés en gardiens de « l’identité » collective, qu’elle soit française ou européenne, contre les « barbares » à nos portes et parmi nous. Au lieu d’opérer les distinctions qu’impose une analyse lucide, ils pratiquent l’amalgame jusqu’à imputer des actes terroristes à une religion en tant que telle. Leur responsabilité dans la légitimation des réactions de peur et de haine, voire dans leur exacerbation, est grande. Or ce discours protectionniste, qui essentialise les identités et les cultures, n’est plus l’apanage de la droite conservatrice ou « néoréactionnaire », et c’est peut-être là que réside le point de bascule. Des intellectuels se disant de gauche ont dévoilé leurs réflexes de défense identitaire, ils ont mis en concurrence les populations démunies en fonction de leur origine géographique, iront-ils jusqu’à suggérer qu’il faudrait pratiquer ce que le FN appelle la « préférence nationale » ?

    Drumont, Maurras

    La présence de ce type de discours « néoconservateur » ou « néoréactionnaire » dans l’espace public n’a rien de nouveau. La figure du polémiste d’extrême droite a des antécédents tristement célèbres en la personne d’un Drumont, d’un Maurras ou d’un Brasillach. A cette différence près que ceux-ci n’étaient pas des intellectuels médiatiques mais des journalistes dans une presse d’opinion où toutes les tendances étaient représentées. L’envahissement par ces « intellectuels » médiatiques d’une presse qui se veut d’information avant tout sature l’espace public de leur discours, donnant l’impression qu’ils sont les seuls survivants d’une espèce en voie de disparition : les intellectuels. Alors même que cette presse sait faire appel aux avis éclairés de chercheurs et d’universitaires sur des questions précises, leurs analyses se trouvent noyées dans le flot du discours omniprésent de quelques individus, toujours les mêmes, des hommes, blancs, qui ont dépassé la cinquantaine, et qui prétendent parler au nom de la collectivité, la « nation », le « peuple », l’« Europe ».

    Les médias ont une responsabilité dans cette monopolisation de l’espace public. Même les tentatives de rééquilibrage ne font que renforcer le phénomène. Il faut y voir ce que Pierre Bourdieu appelle un « effet de champ » : la nécessité de se positionner les uns par rapport aux autres, de traiter des mêmes sujets. Le succès rencontré par les hebdomadaires qui consacraient des dossiers à ces intellectuels a entraîné dans son sillage la presse quotidienne. Les médias audiovisuels ont joué un rôle de premier plan. Car ces non spécialistes ont en commun une compétence qui fait défaut à la plupart des chercheurs et universitaires plus familiers de la chaire et des échanges entre pairs : ils maîtrisent fort bien les règles de ces hauts lieux de visibilité. Ils « passent » bien à la télévision ou à la radio. Cela contribue-t-il à expliquer ce qui n’en demeure pas moins un mystère, à savoir, pourquoi ils suscitent un tel intérêt auprès du public ?

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  • CEDH : Interdiction des peines de perpétuité réelle

    La peine de prison doit pouvoir être réexaminée quand elle n’est plus strictement indispensable, et cette perspective est la condition pour encourager l’amendement du condamné. Pour avoir oublié ces sains principes du droit pénal, le Royaume-Uni, qui avait inventé un régime de perpétuité réelle, s’est fait condamner hier par la Cour européenne des Droits de l’Homme (Vinter et autres c. Royaume-Uni, 9 juillet 2013, nos 66069/09, 130/10 et 3896/10). Voilà de quoi calmer les toxicomanes du sécuritaire,… et cet arrêt est d’autant plus intéressant que la Cour, pour motiver sa sentence, fait référence à nombre de règles de droit international, dont celles du sous-estimé Conseil de l’Europe (qui est un de mes chouchous).

    1/ Principes d’analyse de la Cour9782847881493FS.gif

    Le principe de départ est simple : le choix que fait l’Etat d’un régime de justice pénale échappe au contrôle européen exercé par la CEDH, pour autant que le système retenu respecte les principes de la Convention EDH  (Kafkaris). En cas d’infraction grave, les Etats peuvent infliger des peines longues  car la protection du public l’exige, et empêcher la récidive est l’une des fonctions essentielles d’une peine d’emprisonnement (Maiorano ; Choreftakis).

    Au regard de la Convention, la peine ne doit pas devenir un traitement inhumain et dégradant (Art. 3). Aussi, une peine perpétuelle doit offrir à la fois une chance d’élargissement et une possibilité de réexamen.

    Les impératifs de châtiment, de dissuasion, de protection du public et de réinsertion figurent au nombre des motifs propres à justifier une détention, mais attention dit la Cour « L’équilibre entre eux n’est pas forcément immuable. Il pourra évoluer au cours de l’exécution de la peine. Ce qui était la justification première de la détention au début de la peine ne le sera peut‑être plus une fois accomplie une bonne partie de celle-ci. C’est seulement par un réexamen de la justification du maintien en détention à un stade approprié de l’exécution de la peine que ces facteurs ou évolutions peuvent être correctement appréciés ».

    De plus, une perpette réelle empêche le condamné de pouvoir se racheter : « Quoi qu’elle fasse en prison, aussi exceptionnels que puissent être ses progrès sur la voie de l’amendement, son châtiment demeure immuable et insusceptible de contrôle. Même lorsque la perpétuité est un châtiment mérité à la date de son imposition, avec l’écoulement du temps, elle ne garantit plus guère une sanction juste et proportionnée ».

    Ces principes posés, la Cour va chercher les références de droit européen et de droit international pertinentes.

    2/ Le droit du Conseil de l’EuropeMichel-Foucault-Surveiller-et-punir.jpeg

    Si le châtiment demeure l’une des finalités de l’incarcération, les politiques pénales en Europe mettent dorénavant l’accent sur l’objectif de réinsertion de la détention, en particulier pour les longues peines d’emprisonnement (Dickson ; Boulois).

    Les règles pénitentiaires européennes, l’instrument juridique du Conseil de l’Europe, l’expriment clairement :

    - chaque détention doit être gérée de manière à faciliter la réintégration dans la société des personnes privées de liberté (régle 6) ;

    - le régime carcéral doit être conçu de manière à permettre de mener une vie responsable et exempte de crime (règle 102.1) ;

    - des projets individuels d’exécution de peine doivent être établis et prévoir notamment une préparation à la libération (règle 103), ce qui vaut aussi pour les détenus à perpette (règle 103.8) ;

    Le Conseil des ministres s’est prononcé dans le même sens.

    Le cas de tous les détenus doit être examiné aussitôt que possible pour déterminer si une libération conditionnelle peut leur être accordé, et le réexamen des peines perpétuelles doit avoir lieu au bout de huit à quatorze ans de détention et soit répété périodiquement (résolution 76(2)).

    Les condamnés à perpétuité doivent bénéficier d’une préparation constructive pour progresser au sein du système carcéral et avoir la possibilité de bénéficier d’une libération conditionnelle (Recommandation 2003(23)).

    Tous les détenus doivent avoir la possibilité de bénéficier d’une libération conditionnelle et les condamnés à perpétuité ne doivent pas être privés de tout espoir de libération (Recommandation 2003(22)).

    3/ Droit international

    Les autorités carcérales de faire appel à tous les moyens disponibles pour assurer aux délinquants un retour dans la société (Ensemble de règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus, règles 58 à 61, 65 et 66).

    Le système pénitentiaire a pour but essentiel l’amendement et le reclassement social des détenus (Pacte international relatif aux droits civils et politiques, art.10 § 3). Aucun système pénitentiaire ne doit être axé uniquement sur le châtiment (Comité des droits de l’homme, Observation générale sur l’article 10, § 80 et 81). Le Statut de la Cour pénale internationale, ratifié par 121 Etats, prévoit le réexamen des peines perpétuelles après vingt-cinq ans d’emprisonnement, puis périodiquement (Art. 110 § 3).Parmi les critères de réduction de la peine figurent le point de savoir si le comportement en prison du détenu condamné montre qu’il désavoue son crime ainsi que ses possibilités de resocialisation (règle 223).

    4/ Conclusion générale concernant les peines de réclusion à perpétuité9782213677095FS.gif

    Comme il faut être précis, je vous livre pur sucre la motivation de la CEDH.

    «119. Pour les raisons avancées ci-dessus, la Cour considère qu’en ce qui concerne les peines perpétuelles l’article 3 doit être interprété comme exigeant qu’elles soient compressibles, c’est-à-dire soumises à un réexamen permettant aux autorités nationales de rechercher si, au cours de l’exécution de sa peine, le détenu a tellement évolué et progressé sur le chemin de l’amendement qu’aucun motif légitime d’ordre pénologique ne permet plus de justifier son maintien en détention.

    « 120. La Cour tient toutefois à souligner que, compte tenu de la marge d’appréciation qu’il faut accorder aux Etats contractants en matière de justice criminelle et de détermination des peines, elle n’a pas pour tâche de dicter la forme (administrative ou judiciaire) que doit prendre un tel réexamen. Pour la même raison, elle n’a pas à dire à quel moment ce réexamen doit intervenir. Cela étant, elle constate aussi qu’il se dégage des éléments de droit comparé et de droit international produits devant elle une nette tendance en faveur de l’instauration d’un mécanisme spécial garantissant un premier réexamen dans un délai de vingt-cinq ans au plus après l’imposition de la peine perpétuelle, puis des réexamens périodiques par la suite.

    « 121.  Il s’ensuit que, là où le droit national ne prévoit pas la possibilité d’un tel réexamen, une peine de perpétuité réelle méconnaît les exigences découlant de l’article 3 de la Convention ».

    Les peines d’exclusion ? C’est juste bon pour les sociétés de sauvages. Là, nous sommes vraiment sur un terrain où la Cour n’innove pas, mais revient aux sources de la civilisation, à savoir Beccaria et l’article 8 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires ».   

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    Rien à faire... On revient toujours à l'Italie ! 

  • Licencié pour avoir mangé deux gâteaux

    Il y a vraiment des mecs qui ont le melon, ça m’écœure. Virer pour faute grave un salarié qui a trente ans d’ancienneté parce qu’il a croqué deux gâteaux destinés à être jetés… Ce sont des brutes.

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    Joël, 49 ans, est chauffeur de nuit à la base logistique d'Intermarché à Bressols (Tarn et Garonne), avec trente ans d’ancienneté.

    Après sa tournée de nuit, il rentre au dépôt et il explique : « Je me sentais un peu fatigué. J'ai simplement voulu grignoter deux biscuits de la casse. Chez nous, la casse est un conteneur où l'on entrepose des marchandises abîmées, destinées au reconditionnement, à la Banque alimentaire ou à la destruction ».

    Oui, mais voilà, c’est interdit de chez interdit. Son supérieur hiérarchique, à qui rien n’échappe, l'a vu en flagrant délit de manger les deux gâteaux, et il en réfère à la direction, qui aussitôt dégaine l’artillerie : mise à pied conservatoire et licenciement pour faute grave, c’est-à-dire sans préavis et sans indemnité de licenciement, prononcé le 24 novembre.

    Motif : le règlement intérieur prévoit une interdiction formelle de piocher dans les stocks, et même dans la fameuse «casse.»

    Les collègues, conduits par la CGT, ont alors bloqué l’entrepôt, expliquant par un tract : « Même si la faute est avérée, comment pouvons-nous accepter une telle décision ? ». La direction n’a pas voulu revenir sur le licenciement, mais elle a accepté de verser 20 000 € de dommages et intérêts.  

    Sur RTL, Joël laisse parler son désarroi : « Ils ne m'ont donné que 20.000 euros après trente ans de boîte. Ce n’est pas moi le voleur…  Un gars qui a 50 ans, on peut le détruire complètement pour deux gâteaux. Grâce au directeur, mes enfants vont être un peu plus privés pour Noël. Je vais être obligé de vendre ma maison.»

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    Alors, bien sûr, on va me sortir les litanies : le respect du règlement intérieur,... qui vole un œuf vole un bœuf,... le vol dans les entreprises… Merci, je suis au courant. Au bureau, la salle d’attente est dans la bibliothèque et des livres disparaissent régulièrement.

    Mais je me contrefiche de ça. J’invite seulement les p’tits mecs au melon d’Intermarché à s’écarter des certitudes du règlement intérieur pour réfléchir deux minutes à ce qu’est la vie d’un père de famille qui, après trente ans de bons et loyaux services, rentre chez lui sans boulot, viré comme un voleur.

    Continuez la casse, continuez la violence et faites bien les malins avec vos règlements de psychorigides... Si vous avez cinq minutes, passez demain à la médecine du travail que le toubib vérifie si vous avez un cerveau dans le crâne. Après, il faut toute une éducation pour apprendre à s’en servir. Au début, ça fait peur, mais vous verrez, au final, c’est pas mal de devenir un être humain.

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    Gestion moderne des ressources humaines

  • Les joueurs de l’OL à poils ?

    6a00d8341c3e6353ef00e5521b32668834-800wi.jpgL’avenir du foot passe par les bookmakers, et Aulas Jean-Michel, ce grand humaniste des temps modernes, prend les lois pour des coussins. Un futur en forme de porte-monnaie, tout rond…

    Au départ, c'est assez simple : nos petits chéris de footballeurs tournent à 300 000 € par mois. De quoi ruiner un patron normalement constitué. Mais tout le problème est qu’icelui patron veut en plus dégager un max de profits, faute de quoi les actionnaires finiront de vendre leurs actions, le maxi stade OL-Land restera un champ de maïs, l’immanent grand club européen retrouvera la sympathique D2, l’icelui susnommé pétera les plombs comme onze feux d’artifices tirés en bouquet, Collomb sera aspiré par le souffle, le PS en sera définitivement déstabilisé, et Sarkozy sera réélu pour un second mandat.

    Il faut donc sauver le bookmaker, sponsor de l'OL.

    D’ailleurs, la grosse colère fulmine sur le site du club : « L'Olympique Lyonnais se réserve donc le droit de saisir toutes les instances compétentes tant nationales qu'internationales. » En cause, le monopole des structures publiques sur les jeux. Il y a longtemps que La Française des Jeux est dans le colimateur de la Commission européenne, et les procédures pénales engagées en France contre les organismes privés qui se lancent dans le jeu, sont gênées par les critiques européennes.

    L’OL a passé un accord BetClic, bookmaker en chef. Pour le savoir, ce n’est pas compliqué : il suffit d’aller sur le site du club. Sur la photo d’un maillot, un ballon rusé masque le «Clic » mais le « Bet » est bien visible, et chacun comprend. Sur le net, on trouve très vite l'objet du délit. D’ailleurs, le site organise le système du pari, via BetClic. « Misez 20€ sur la victoire de l’OL sur Le Mans, et vous gagnez 40€. C’est « jouez plus pour gagner plus ». Vous cliquez, et vous arrivez sur le formulaire BetClic. Et, comme cadeau de bienvenue, BetClic vous rembourse les 20€. Si c’est pas gentil... 2llya2u.jpg 

    Juridiquement, le problème est bien carré. La loi qui permettra l’arrivée des bookmakers est applicable au 1° janvier 2010 sous réserve de la bonne intervention des décrets d’application.

     

    La règle en cause s’appelle l’article 1 du Code civil : « Les lois et, lorsqu'ils sont publiés au Journal officiel de la République française, les actes administratifs entrent en vigueur à la date qu'ils fixent ou, à défaut, le lendemain de leur publication. Toutefois, l'entrée en vigueur de celles de leurs dispositions dont l'exécution nécessite des mesures d'application est reportée à la date d'entrée en vigueur de ces mesures. »

    Aulas Jean-Michel, qui se voyait déjà entrain de modifier le Code Civil comme il sait le faire d’un modeste Plan Local d’Urbanisme d’agglomération, va devoir attendre que la loi soit applicable. Un drame. La Commission d'Organisation des Compétitions avait dit niet, et ce 7 août, la Commission d'Appel de la Ligue confirme.

    Le maillot de l’OL est ainsi illégal. L’arbitre du match de ce soir imposera aux footballeurs de l'OL de retirer leurs tenues, et nos chéris joueront à poils. Renseignement pris, il est  prévu qu’ils sortent de leur porte monnaie un billet de 500€ comme cache sexe. La morale est sauve…

     

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