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11.08.2008

Mahmoud Darwich en paix

Mahmoud Darwich en paix. Comment être poète, et comment être poète palestinien ? Pas facile. « Poésie de la résistance palestinienne » : ce qui était la passion de Mahmoud Darwich, le faisait aussi fuir. Non que le poète, décédé ce samedi 8 à Houston, ait nié l’existence d’une poésie de la terre occupée, mais parce que cette poésie là devenait trop vite l’objet de toutes les instrumentalisations. Idéal, génial, insepéré : au milieu des guerres et des bombes, des pleurs et des tortures, de l’incompréhension et de la haine,.. des poètes. Une école de poésie. D’où ce cri de Mahmoud Darwich : « De grâce, sauvez-nous de cet amour étouffant ! »

 

Alors, rien de mieux à faire que de relire le poète, en pensant à ceux, ignorés, qui écrivent, là-bas.

 

A Jérusalem

 

À Jérusalem, je veux dire à l’intérieur
des vieux remparts,
je marche d’un temps vers un autre
sans un souvenir
qui m’oriente. Les prophètes là-bas se partagent
l’histoire du sacré … Ils montent aux cieux
et reviennent moins abattus et moins tristes,
car l’amour
et la paix sont saints et ils viendront à la ville.
Je descends une pente, marmonnant :
Comment les conteurs en s’accordent-ils pas
sur les paroles de la lumière dans une pierre ?
Les guerres partent-elles d’une pierre enfouie ?
Je marche dans mon sommeil.
Yeux grands ouverts dans mon songe,
je ne vois personne derrière moi. Personne devant.
Toute cette lumière m’appartient. Je marche.
Je m’allège, vole
et me transfigure.
Les mots poussent comme l’herbe
dans la bouche prophétique
d’Isaïe : "Croyez pour être sauvés."
Je marche comme si j’étais un autre que moi.
Ma plaie est une rose
blanche, évangélique. Mes mains
sont pareilles à deux colombes
sur la croix qui tournoient dans le ciel
et portent la terre.
Je ne marche pas. Je vole et me transfigure.
Pas de lieu, pas de temps. Qui suis-je donc ?
Je ne suis pas moi en ce lieu de l’Ascension.
Mais je me dis :
Seul le prophète Muhammad
parlait l’arabe littéraire. "Et après ?"
Après ? Une soldate me crie soudain :
Encore toi ? Ne t’ai-je pas tué ?
Je dis : Tu m’as tué … mais, comme toi,
j'ai oublié de mourir
.

 
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