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  • Polanski : Cruel mais légal

    Philip-Martin-Los-Angeles---Hollywood-sign-96172.jpgEt oui, une décision de justice peut être cruelle. Le génial Polanski, 76 ans, arrêté pour une affaire de moeurs qui date de 31 ans… Alors, empathie avec le cinéaste, oui, mais à condition que les arguments ne soient trop élastiques. Car Polanski savait qu’il était activement recherché.

     

    L’affaire est simple. Lors d’une soirée de philosophie appliquée chez Jack Nicholson, à Los Angelès, en 1977, Roman Polanski a abusé sexuellement d’une jeune fille de 13 ans. Je peux affirmer ce fait, car Polanski avait plaidé coupable sur ce grief de « relations sexuelles illégales ». La justice retenait d’autres chefs de poursuites, dont le viol. Pour la qualification qu’il a reconnue, Polanski encourt une peine de 20 ans. A l’époque, le cinéaste avait été arrêté et emprisonné six semaines, avant d'être remis en liberté. Mais il avait ensuite fuit devant le procès qui avançait, car ça sentait le cramoisi. C’était en janvier 1978. Réponse judiciaire de rigueur : un mandat d’arrêt avait été lancé.

     

    L’arrestation du cinéaste a Zurich a été décrite comme un truc incompréhensible, genre une fusée qu’on croyait explosée dans les airs et qui soudain, retombe sur terre. La réalité est plus contingente. scooley.jpg

     

    Polanski, qui a la double nationalité polonaise, de naissance, et française, d’adoption, vivait planqué, calculant tous ses voyages : soit des pays n’ayant pas de conventions d’extradition avec les Etats-Unis, soit des voyages discrets. C’est ainsi que Polanski était déjà venu en Suisse, furtivement. Cette fois-ci, son séjour était connu et le parquet de Californie – le District Attorney du Conté de Los Angeles – a donné l’ordre d’arrestation, que le gouvernement de Berne se devait d’exécuter.

     

    A plusieurs reprises ces dernières années, la justice californienne avait essayé, mais elle était arrivé trop tard. Polanski, pour sa part, avait renoncé à des déplacements, estimés trop risqués.

    En janvier 2009, les autorités judicaires californiennes avaient rappelé que Roman Polanski était recherché et qu’il relevait de la compétence de leur juridiction. Ce mois de mai, le cinéaste avait essayé de faire annuler ce mandat, ce que lui avait refusé le juge Peter Espinoza, expliquant que le mandat resterait car « Polanski n’avait pas l’intention de se soumettre de lui-même à la juridiction de la cour. » Et la loi californienne dispose qu’un fugitif est sous le contrôle des juges tant qu’il reste au large.

    La règle est claire, et il était d’une imprudence folle que de se rendre, pour un grand festival, dans un pays lié par une convention d’extradition avec les Etats-Unis.

    6a00d83451b1b869e200e54f4dfd838833-800wi.jpgAlors, maintenant ?

    Va venir la demande d’extradition. Déjà, on annonce des demandes pressantes auprès d’Obama pour calmer les juges de Californie. Les dernières décisions de justice datant de quelques mois, hors de question de faire passer aux US la salade du vieux mandat de 30 ans, couvert de poussière. Je ne connais pas cette convention d’extradition, mais au regard des principes du droit international, je vois mal comment un ordre d’arrestation de cette nature, voulu par la justice de Californie, ne serait pas estampillé par les autorités fédérales. Et il faudrait donc espérer que celles-ci se dédisent parce que les gouvernements français et polonais le demandent... Nous verrons bien.  Et Polanski, à la recherche d’une faille, va exercer les recours qu’offre le droit suisse.

    La victime a dit qu’elle ne souhaitait pas un nouveau procès. Trente ans après, pour cette maman de trois enfants, l’arrestation est à coup sûr une tuile. Mais la conduite des poursuites pénales n’appartient pas aux victimes… Les faits, reconnus dans la procédure et dans des écrits, sont d'une particulière gravité. Roman Polanski est en droit d'attendre de la justice, après tant d'années, un jugement compréhensif, montrant qu'une vie n'est pas écrite, et le pire peut être suivi du meilluer. Mais il ne peut revendiquer, au nom de son statut d'artiste, le droit de ne pas être jugé.

    Et pour le reste ? Les Californiens pourraient voter des lois moins brutales, que les juges appliqueraient, comme ils appliquent aujourd’hui, car c’est leur devoir, une loi aux effets cruels. Précisons que leur procureur, le District Attorney, est lui aussi élu, pour quatre ans.

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