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prostitution

  • DSK fait le lit de Le Pen

    Le président du tribunal correctionnel de Lille l’avait bien annoncé : le procès traite du droit, pas de la morale… Et comme dans toutes les affaires de proxénétisme, c’est la ritournelle connue depuis des siècles : la femme est libre et agit parce qu’elle aime bien l’argent, le client est sympa et ne sait rien, et il n’existe pas de proxo.

    De fait, DSK et les autres lascars se défendent comme de bons abonnés de la correctionnelle : « La prostituée était souriante sur une photo, ça prouve qu’elle aimait ça, et d’ailleurs elle n’a pas porté plainte ». Arguments mille fois entendus… Les prévenus seront-ils condamnés ? Personne ne peut le dire. Trois magistrats chevronnés prennent le temps de la réflexion, alors on attend. Et puis quel enjeu après tout ? Ce n’est qu’une affaire de julots parmi tant d’autres.

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    Là où tout change, c’est que DSK était le présidentiable du PS et le directeur du FMI. Un mec qui ne doute de rien, et surtout pas de lui. Quand le président lui demande s’il était l’un des hommes les puissants de la plantée, il répond tranquillement : « Disons que j'ai sauvé la planète d'une crise qui aurait pu être plus grave que celle de 1929 ». Tout seul et en toute modestie... Enfoiré...

    De l’autre côté ? Les difficultés existentielles de femmes qui se battent pour ne pas sombrer. L’une des prostituées explique qu’elle s’est résolue à y passer, parce que le frigo était vide, et qu’elle avait peur qu’on lui retire ses enfants. Un autre, bouleversante d’émotion, expose comment elle a été violentée par la sodomie imposée par DSK, subissant en pleurant,… mais acceptant car elle avait besoin de 500 €.

    DSK n’y a vu que du fun – il devait bien décompresser après avoir sauvé la planète – et de l’inconstance féminine : ces pauvres femmes perdent la tête... car elles n’ont pas grand-chose à l’intérieur. Tout au plus, cette formule payée cher à une agence de com’ : « J'ai une sexualité qui est plus rude que la moyenne ». Merci pour elles. Nafissatou Diallo peut témoigner.

    Le problème est que le procès est public, et que les échos des audiences tombent à l’état brut dans la société française, assommée et horrifiée. C’est tellement sordide que personne n’ose en parler... mais ces infos font des ravages, tant elles témoignent de la violence sociale, du mépris pour les faibles.

    Le PS de Bambi nous avait gavés avec son programme de suppression de la prostitution, et de pénalisation du client. Aujourd’hui, ils n’ont rien à dire devant cette catastrophe morale. Car nous, qui ne sommes pas le tribunal, devons raisonner moral et social : des femmes, pour échapper à l’exclusion sociale, subissent les assauts du présidentiable PS, et le PS n’a rien à dire... C'est une fin. Aujourd’hui encore, il ne faut pas gêner celui qui reste son maître à penser, alors le PS se tait. Tant pis pour ces misérables femmes…

    Ils passent leur temps à duper le monde.

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    La peur d’une vie, en ces années de non-gouvernance, c’est la statue de Giacometti, « L’homme qui chavire ». Ceux qui chavirent, ou craignent de chavirer, ou redoutent de voir leurs enfants chavirer constatent amèrement que le PS est d’un autre monde.

    Il ne reste plus rien. Cet abandon ponctue des années de trahison. Désormais, il n’y a plus de rempart, et la victoire de Le Pen est possible. 

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  • Canada : La Cour suprême libére la prostitution

    S’agissant de la prostitution, le Canada connait un régime proche de celui de la France (je ne parle pas de la loi de Bambi, qui est tellement nulle qu’elle explosera au premier procès). La prostitution est légale, mais l’environnement est vite pénal : tenir une maison de débauche, vivre des produits de la prostitution d’autrui ou communiquer avec quelqu’un en public en vue d’un acte de prostitution. Les nobles motifs du législateur sont d’empêcher les nuisances publiques et l’exploitation des prostituées, mais les prostituées, pas d’accord, estiment que ces restrictions compromettent leur sécurité et leur choix de vie, au point d’en être inconstitutionnelles. Des prostituées ont contesté la constitutionnalité de ces textes, et la Cour suprême vient de leur donner raison (Procureur général c. Bedford, 2013 CSC 72, 20 décembre 2013).

    La Cour suprême souligne qu’il n’est pas impossible pour le législateur de fixer un cadre à la prostitution, mais il ne peut le faire que dans la mesure où ce cadre conforte la sécurité des prostituées, et leur manière de vivre.

    Cet arrêt nous intéresse d’autant plus que le droit appliqué – constitution et code pénal – sont proches de notre système. Il faut donc souhaiter que les prostituées, isolément ou par leur syndicat, s’inspirent de ce raisonnement et fasse péter cette insupportable hypocrisie qui reconnait la légalité de la prostitution, et en pénalise l’exercice, au détriment de la sécurité et des choix des prostituées.

    Voici une analyse de l’arrêt, très proche de la rédaction, et sans commentaire.

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    I – Les textes en cause

    Selon l’article 210, est coupable d’une infraction quiconque, selon le cas, habite une maison de débauche, est trouvé, sans excuse légitime, dans une maison de débauche ou, en qualité de propriétaire, locateur ou occupant d’un local, en permet sciemment l’utilisation comme maison de débauche. 

    L’alinéa 212(1)j) dispose qu’est coupable d’un acte criminel quiconque vit des produits de la prostitution d’autrui. 

    L’alinéa 213(1)c) crée l’infraction d’arrêter ou de tenter d’arrêter une personne ou de communiquer ou de tenter de communiquer avec elle dans un endroit public dans le but de se livrer à la prostitution ou de retenir les services sexuels d’une personne qui s’y livre.

    La question posée est de savoir si ces trois textes sont conformes à l’article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés, de valeur constitutionnelle : « Chacun a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne; il ne peut être porté atteinte à ce droit qu’en conformité avec les principes de justice fondamentale ». La Cour suprême n’a pas statué dans l’absolu des principes, mais dans la tension existant entre ces principes et les faits. Cette confrontation avec les faits est un solide procédé pour contenir les délires, et voici, au mot près, les faits dont était saisi la Cour.

    II – Les faits

    Terri Jean Bedford

    Terri Jean Bedford est née en 1959 à Collingwood, en Ontario.  En 2010, elle se prostituait depuis 14 ans et avait travaillé dans différentes villes canadiennes.  Elle a été à tour à tour prostituée dans la rue, employée de salon de massage, escorte, propriétaire et directrice d’une agence d’escortes, puis dominatrice.  Elle a connu une enfance et une adolescence difficiles pendant lesquelles elle a subi divers types de violence.  Elle a également été victime d’actes de violence pendant ses années de prostitution, surtout, a‑t‑elle expliqué, lorsqu’elle travaillait dans la rue.  Elle en conclut que la prostitution pratiquée à l’intérieur est moins risquée que la prostitution dans la rue, même si elle reconnaît que la sécurité à l’intérieur peut varier d’un lieu à l’autre.  Mme Bedford a été déclarée coupable d’avoir tenu et habité une maison de débauche, deux infractions qui lui ont valu des amendes et une peine d’emprisonnement de 15 mois.

    Lorsqu’elle dirigeait un service d’escortes dans les années 1980, Mme Bedford prenait diverses mesures de sécurité, dont les suivantes.  Assurer la présence sur place d’une autre personne lors de la visite d’un nouveau client; faire en sorte que la prostituée soit amenée au lieu de rendez‑vous, puis en soit ramenée par son petit ami, son mari ou un chauffeur; appeler l’hôtel où le rendez‑vous est donné pour vérifier le nom du client et le numéro de sa chambre; composer le numéro de téléphone du client pour s’assurer que c’était le bon lorsque la rencontre avait lieu chez le client; refuser tout rendez‑vous à un client qui semblait intoxiqué; s’assurer que le numéro de carte de crédit correspondait au nom du client.  Pour autant qu’elle sache, aucune de ses employées n’a été victime d’actes de violence de la part de clients pendant cette période.  À un certain moment au cours des années 1990, Mme Bedford a ouvert le « Bondage Bungalow » où elle a offert des services de dominatrice.  Elle y a également pris des mesures de sécurité et n’a connu qu’un seul incident de « violence véritable ».

    Pour l’heure, Mme Bedford ne se livre pas à la prostitution. Elle aimerait reprendre ses activités de dominatrice dans un lieu sûr, à l’intérieur, mais elle craint d’engager alors sa responsabilité criminelle.  Elle ajoute ne pas vouloir non plus que ses collaborateurs s’exposent à des accusations de proxénétisme.

    Amy Lebovitch

    Née en 1979 à Montréal, Amy Lebovitch a grandi dans une famille stable et a fréquenté le cégep et l’université.  Elle se livre actuellement à la prostitution.  Elle a commencé vers 1997 et a travaillé dans plusieurs villes du Canada.  Elle s’est d’abord prostituée dans la rue, puis comme escorte et, enfin, dans une maison fétichiste.  Elle s’estime chanceuse de n’avoir jamais été victime de violence au cours des années où elle a travaillé dans la rue.  Elle a quitté ce milieu pour devenir escorte après avoir vu les blessures infligées à d’autres prostituées de la rue et avoir entendu le récit des actes de violence commis à leur endroit.  Mme Lebovitch soutient qu’elle se sent davantage en sécurité lorsqu’elle se livre à la prostitution à l’intérieur.  Selon elle, les incidents qui s’y produisent malgré tout sont essentiellement attribuables à une mauvaise gestion.  Elle n’a connu qu’un seul cas de violence digne de mention, qu’elle n’a toutefois pas dénoncé de crainte d’attirer l’attention de la police sur ses activités et d’être accusée au criminel.

    À l’heure actuelle, Mme Lebovitch se prostitue essentiellement chez elle, de manière autonome.  Elle prend diverses précautions, dont s’assurer que le numéro de téléphone du client n’est pas masqué, refuser un client qui semble ivre, intoxiqué ou par ailleurs rebutant, s’enquérir au départ des attentes du client, lui demander son nom au complet et vérifier son identité à l’assistance annuaire, obtenir des références d’un client fiable et appeler un tiers ― son « ange gardien » ― à l’arrivée du client et peu avant qu’il ne parte.  Mme Lebovitch craint d’être accusée et déclarée coupable de tenir une maison de débauche et que sa demeure soit confisquée en conséquence.  Elle affirme que la peur d’être accusée au criminel l’a parfois amenée à travailler dans la rue.  Elle craint également que son conjoint ne soit accusé de proxénétisme.  Elle n’a jamais fait l’objet d’accusations au pénal.  Elle est porte‑parole bénévole de l’organisme Sex Professionals of Canada (« SPOC ») et consigne par ailleurs les incidents que lui signalent des prostituées victimes de violence ou de vol de la part de clients.  Mme Lebovitch dit aimer son travail et n’entend pas en changer dans un avenir prévisible.

    Valerie Scott

    Née en 1958 à Moncton, au Nouveau‑Brunswick, Valerie Scott est actuellement directrice administrative de SPOC.  Elle ne travaille plus comme prostituée, mais elle l’a fait, à l’intérieur, chez elle ou dans des chambres d’hôtel, dans la rue et dans des salons de massage.  Elle a aussi dirigé une petite agence d’escortes.  Elle n’a jamais été accusée de la moindre infraction criminelle.  Lorsqu’elle travaillait chez elle, elle soumettait tout nouveau client à une évaluation préalable lors d’une rencontre dans un lieu public.  Elle n’a alors jamais eu d’ennuis graves.  Vers 1984, les craintes accrues suscitées par le VIH/SIDA l’ont amenée à travailler dans la rue car les clients qu’elle recevait chez elle se croyaient dispensés du port du condom.  Dans la rue, elle a été l’objet de menaces de violence ainsi que d’agressions verbales et physiques.  Elle fait état de certaines précautions que les prostituées de la rue prenaient avant l’adoption des dispositions interdisant la communication, dont le travail à deux ou à trois ou la prise ostensible du numéro de plaque du client par une autre prostituée afin que ce dernier sache qu’on pouvait le retracer si les choses tournaient mal.

    Mme Scott a été militante.  Elle a notamment fait campagne contre le projet de loi C‑49 (dont est issue la disposition actuelle interdisant la communication).  Elle dit qu’après l’interdiction de la communication, la Canadian Organization for the Rights of Prostitutes (« CORP ») a commencé à recevoir des appels de prostituées qui constataient une répression policière accrue et un plus grand nombre d’incidents avec des clients.  C’est pourquoi elle a participé à la mise sur pied à Toronto d’un centre d’aide aux prostituées dont les services étaient offerts sur place et au téléphone.  Dès la première année, Mme Scott s’est entretenue avec environ 250 prostituées dont les principaux sujets de préoccupation étaient la violence des clients et les conséquences juridiques d’une arrestation.  En 2000, elle a créé SPOC afin de donner une nouvelle impulsion au travail entrepris par la CORP.  C’est à titre de directrice administrative de cet organisme qu’elle a témoigné en 2005 devant le Sous‑comité parlementaire de l’examen des lois sur le racolage.  Au fil des ans, elle se serait entretenue avec environ 1 500 femmes qui se livrent à la prostitution.  Si les appelantes ont gain de cause, Mme Scott aimerait se mettre à son compte et offrir des services de prostitution à l’intérieur.  Elle reconnaît qu’un client peut se révéler dangereux tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, mais elle prendrait des précautions, comme la vérification de l’identité du client, la présence d’une autre personne à proximité qui puisse intervenir au besoin lors d’un rendez‑vous et l’embauche d’un garde du corps.

     

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    III – Analyse

    1/ Une atteinte aux droits des personnes

    Tenue d’une maison de débauche

    Premièrement, l’interdiction empêche les prostituées de travailler dans un lieu fixe, situé à l’intérieur, ce qui est plus sûr que de travailler dans la rue ou d’aller à la rencontre des différents clients, d’autant plus que l’interdiction actuelle empêche l’embauche d’un chauffeur ou d’un garde de sécurité. L’interdiction les empêche également de se constituer une clientèle et de prendre des précautions chez elles en embauchant par exemple un réceptionniste, un assistant ou un garde du corps et en installant des dispositifs de surveillance audio, de manière à réduire le risque couru.  Deuxièmement, elle empêche les prostituées de faire certaines vérifications sur l’état de santé des clients et de prendre des mesures sanitaires préventives.  Enfin, l’interdiction de tenir une maison de débauche empêche l’existence d’endroits sûrs où les prostituées peuvent emmener les clients recrutés dans la rue. 

    Aussi, pour la Cour, la disposition sur les maisons de débauche a un effet préjudiciable sur le droit à la sécurité des prostituées et met en jeu l’art. 7 de la Charte. 

    Proxénétisme

    L’alinéa 212(1)j) criminalise le proxénétisme, c’est‑à‑dire le fait de vivre entièrement ou en partie des produits de la prostitution d’une autre personne.  L’embauche d’un chauffeur, d’un réceptionniste ou d’un garde du corps pourrait accroître la sécurité des prostituées (décision de première instance, par. 421), mais la loi y fait obstacle. 

    Aussi, l’al. 212(1)j) a un effet préjudiciable sur la sécurité de la personne et met en jeu l’art. 7 de la Charte.

    Communication en public

    La communication entre les intéressés est « essentielle » à l’accroissement de la sécurité des prostituées de la rue. Cette communication, que la loi interdit, permet aux prostituées de jauger leurs clients éventuels afin d’écarter ceux qui sont intoxiqués et qui pourraient être enclins à la violence, ce qui serait de nature à réduire les risques auxquels elles s’exposent.  Cette conclusion fondée sur la preuve offerte suffit à mettre en jeu le droit à la sécurité de la personne garanti à l’art. 7. L’interdiction de la communication a eu pour effet de faire migrer les prostituées vers des lieux isolés et peu familiers où elles ne peuvent compter sur l’appui de leurs amis et de leurs clients habituels, ce qui les a rendues plus vulnérables.

    La loi interdit une communication qui permettrait aux prostituées de la rue d’accroître leur sécurité.  En interdisant la communication en public à des fins de prostitution, la loi empêche les prostituées d’évaluer leurs clients éventuels, ainsi que de convenir de l’utilisation du condom ou d’un lieu sûr.  Elle accroît ainsi sensiblement le risque couru. 

    Aussi, l’al. 213(1)c) a une incidence sur la sécurité de la personne et met en jeu l’art. 7.

    2/ Une atteinte causée par la loi

    Selon le procureur, ce n’est pas la loi, mais plutôt le choix de se prostituer et les actes de tiers qui sont à l’origine des risques dénoncés. La Cour s’oppose à cette analyse.

    Premièrement, bien que certaines prostituées puissent correspondre au profil de celle qui choisit librement de se livrer à l’activité économique risquée qu’est la prostitution — ou qui fait ce choix à un moment de sa vie —, de nombreuses prostituées n’ont pas vraiment d’autre solution que la prostitution.  Les prostituées de la rue forment, à quelques exceptions près, une population particulièrement marginalisée. Que ce soit à cause du désespoir financier, de la toxicomanie, de la maladie mentale ou de la contrainte exercée par un proxénète, elles n’ont souvent guère d’autre choix que de vendre leur corps contre de l’argent.  Dans les faits, même si elles peuvent conserver un certain pouvoir minimal de choisir — « un choix limité » selon le procureur général —, on ne peut dire qu’elles « choisissent » véritablement une activité commerciale risquée.

    Deuxièmement, à supposer même que des personnes choisissent librement de se livrer à la prostitution, il faut se rappeler que cette activité ― l’échange de services sexuels contre de l’argent ― n’est pas illégale.  La question qui se pose sur le plan de la causalité est celle de savoir si les dispositions contestées accroissent le risque couru par la personne qui se prostitue.  On peut faire une analogie avec la disposition qui interdirait aux cyclistes le port du casque.  Malgré le choix des cyclistes d’utiliser leurs bicyclettes, il demeurerait que c’est la disposition qui rendrait l’activité plus risquée.  Il en va de même des dispositions contestées sur la prostitution.

    Le fait que le comportement des proxénètes et des clients soit la source immédiate des préjudices subis par les prostituées n’y change rien.  Les dispositions contestées privent des personnes qui se livrent à une activité risquée, mais légale, des moyens nécessaires à leur protection contre le risque couru.  La violence d’un client ne diminue en rien la responsabilité de l’État qui rend une prostituée plus vulnérable à cette violence.

    Le respect auquel exhorte l’État quant aux décisions qu’il prend pour contrer les problèmes liés à la prostitution n’est pas pertinent à ce stade de l’analyse.  Il ne saurait faire obstacle à l’allégation qu’une mesure législative a de graves effets préjudiciables et porte atteinte au droit à la sécurité de la personne garanti à l’art. 7 de la Charte.  Cette considération vaut lorsqu’il s’agit de savoir s’il y a conformité aux principes de justice fondamentale, et non pour déterminer au préalable s’il y a atteinte au droit à la vie, à la liberté ou à la sécurité de la personne de l’intéressé.

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    3/ Une atteinte disproportionnée

    Maisons de débauche

    L’effet préjudiciable de l’interdiction sur le droit à la sécurité des demanderesses est totalement disproportionné à l’objectif. 

    Dispenser les services dans une maison de débauche accroît la sécurité des prostituées en « les faisant bénéficier de l’avantage sécuritaire de la proximité d’autres personnes, de la familiarisation avec les lieux, d’un personnel chargé de leur sécurité, de la télésurveillance en circuit fermé et de toute autre mesure que permet un lieu permanent situé à l’intérieur ».

    La preuve étaye les conclusions sur la disproportion totale, en particulier en ce qui concerne le nombre élevé de meurtres de prostituées, en très grande majorité des prostituées travaillant dans la rue. Travailler à l’intérieur constitue une « précaution élémentaire » que la disposition sur les maisons de débauche rend illégale pour les prostituées.

    Les préjudices relevés par les juridictions inférieures sont totalement disproportionnés à l’objectif de réprimer le désordre public. Le législateur a le pouvoir de réprimer la nuisance, mais pas au prix de la santé, de la sécurité et de la vie des prostituées.  La disposition qui empêche une prostituée de la rue de recourir à un refuge sûr comme Grandma’s House alors qu’un tueur en série est soupçonné de sévir dans les rues est une disposition qui a perdu de vue son objectif.

    Proxénétisme

    La majorité des infractions mentionnées à l’art. 195 visent le proxénète qui entraîne ou encourage une personne à s’adonner à la prostitution ou la harcèle à cette fin.  L’alinéa 195(1)j)[aujourd’hui remplacé par l’al. 212(1)j)] vise particulièrement ceux qui ont un intérêt financier dans les revenus d’un prostitué. La cible visée par l’al. 195(1)j) est celui qui vit en parasite du revenu d’un prostitué, celui qu’on appelle communément et fort à propos le souteneur. 

    La question qui se pose en l’espèce est celle de savoir si la disposition va néanmoins trop loin et porte ainsi atteinte au droit à la sécurité des demanderesses selon des modalités qui sont étrangères à l’objectif poursuivi.  Est sanctionné quiconque vit des produits de la prostitution d’autrui sans que ne soit établie de distinction entre celui qui exploite une prostituée (tel le proxénète contrôlant et violent) et celui qui peut accroître la sécurité d’une prostituée (tel le chauffeur, le gérant ou le garde du corps véritable).  La disposition vise également toute personne qui fait affaire avec une prostituée, y compris un comptable ou un réceptionniste.  Certains actes sans aucun rapport avec l’objectif de prévenir l’exploitation des prostituées tombent aussi sous le coup de la loi.  La disposition sur le proxénétisme a donc une portée excessive.

    Communiquer en public

    La disposition vise la sollicitation dans les endroits publics et, à cette fin, tente de supprimer les diverses formes de nuisances sociales qui découlent de l’étalage en public de la vente de services sexuels. 

    En interdisant la vente de services sexuels dans les endroits publics, la loi ne tente pas, à tout le moins directement, de traiter le problème de l’exploitation, de la dégradation et de la subordination des femmes, qui font partie de la réalité quotidienne de la prostitution.  À mon avis, la loi vise plutôt à empêcher que la sollicitation en vue de se livrer à la prostitution se fasse dans les rues et sous les regards du public.

    Cette disposition répond clairement aux préoccupations des propriétaires de maison, des commerces et des habitants des secteurs urbains.  La sollicitation en public aux fins de la prostitution est intimement associée à l’encombrement des rues ainsi qu’au bruit, au harcèlement verbal de ceux qui n’y participent pas et à divers effets généralement néfastes sur les passants et les spectateurs, particulièrement les enfants. 

    Il s’ensuit clairement que la disposition sur la communication vise non pas à éliminer la prostitution dans la rue comme telle, mais bien « à sortir la prostitution de la rue et à la soustraire au regard du public » afin d’empêcher les nuisances susceptibles d’en découler. Aussi, l’objectif général de la disposition n’est pas de décourager la prostitution.

    Conclusion

    Considérée isolément, chacune des dispositions contestées comporte des failles constitutionnelles qui portent atteinte à la Charte.  

    Il ne s’ensuit pas que le législateur ne peut décider des lieux et des modalités de la prostitution.  Les interdictions de tenir une maison de débauche, de s’adonner au proxénétisme et de communiquer aux fins de prostitution s’entremêlent ont une incidence sur l’autre.  Atténuer l’une d’elles — par exemple en permettant aux prostituées de retenir les services de préposés à leur sécurité — peut influer sur la constitutionnalité de l’autre, comme celle des nuisances associées à la tenue d’une maison de débauche.  L’encadrement de la prostitution est un sujet complexe et délicat.  Il appartiendra au législateur, s’il le juge opportun, de concevoir une nouvelle approche qui intègre les différents éléments du régime actuel.

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  • 343 salopards qui ont des soucis de poireau

    Please-make-the-stupid-people-shut-up.jpgC’est une femme, Elisabeth Levy, couronnée en 2013 par un Y’A Bon Awards pour l’ensemble de son œuvre, rédactrice en chef de Causeur – un véritable foyer microbien – qui est la cheville ouvrière de la bouse puante… que publie Causeur : « Touche pas à ma pute ». Nul, affligeant et grave.

    Voici les premiers signataires : Frédéric Beigbeder, Nicolas Bedos, Philippe Caubère, Marc Cohen, Jean-Michel Delacomptée, David Di Nota, Claude Durand, Benoit Duteurtre, Jacques de Guillebon, Basile de Koch, Antoine (le chanteur), Daniel Leconte, Jérôme Leroy, Richard Malka, Gil Mihaely, Ivan Rioufol, Luc Rosenzweig, François Taillandier, Eric Zemmour.

    Ces mecs (au sens génétique) tentent le grand coup de la liberté, avec des références d’ados attardés. Des petits, qui n’assument rien : il ne faut pas toucher à « leur pute », mais ils sous-entendent aussitôt que, peut-être, ils ne sont pas « allés à la pute…» Quelle misère.

    Bien sûr, nos 343 salopards, à la tête effroyablement vide et aux couilles fantastiquement pleines, sont de braves garçons : « Nous n’aimons ni  la violence, ni l’exploitation, ni le trafic des êtres humains. Et nous attendons de la puissance publique qu’elle mette tout en œuvre pour lutter contre les réseaux et sanctionner les maquereaux ». Admirez la puissance de l’analyse…

    Avec une telle prémisse, on sent que ça va voler haut loin : « Nous aimons la liberté, la littérature et l’intimité. Et quand l’Etat s’occupe de nos fesses, elles sont toutes les trois en danger. » Avant l’expression de ce désarroi : « Aujourd’hui la prostitution, demain la pornographie : qu’interdira-t-on après-demain ? » D’où le cri final, extasié : « Touche pas à ma pute ! » Tout ça pour ça...femme,prostitution,médias

    Alors, deux remarques.

    L’appel des 343 salopes était un acte de courage de la part de femmes, qui en 1971, affrontaient la réprobation morale en reconnaissaient avoir eu recours à l’avortement, et la répression pénale car l’avortement était une infraction, régulièrement poursuivie. C’était un combat essentiel, qui allait préfigurer l’affirmation des droits de la femme. Là, les ados de la mère Levy ne craignent rien : pas de loi pénale, et en plus, planqués derrière des formules alambiquées, ils n’osent même pas revendiquer franchement leur recours aux relations sexuelles tarifées.

    Ensuite, le « touche pas… », c’est la logique pourave de SOS Racisme : l’autre n’existe pas sans moi, et je suis son mentor et sa référence sociale. Impossible d’admettre l’égalité. Le pote, la pute, ne parlent pas, et n’ont d’ailleurs rien à dire, car le gentil protecteur-dominateur le fait pour eux. Vraiment un sale truc de sales mecs. Des mecs n’ont aucun respect, pour eux-mêmes, et surtout pour les femmes.

    Morgane Merteuil, du Syndicat du travail sexuel (Strass), leur a d’ailleurs bien répondu : « Nous ne sommes pas vos putes ».

    Le drame pour la société – car c’est un drame – c’est que ces ahuris squattent les médias et les plateaux télé, et font tous les jours des ravages dans la société avec leur discours aussi divers qu’avariés.  

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  • Policiers violeurs de Nice : Un verdict incohérent

    Prison avec sursis pour des viols aggravés commis par des policiers en service sur une jeune femme... Incompréhensible ! Euh, autant pour moi : j’avais oublié de dire que cette jeune femme était une prostituée. L’indignation à géométrie variable…

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    Nice, 2 h 50 du matin, le 24 février 2010. Une prostituée appelle la police depuis la Promenade des Anglais. Arrivés sur place, les policiers découvrent une femme de 27 ans, effondrée, et en larmes. Elle affirme avoir été contrôlée par une équipe de gardiens de la paix en patrouille, au motif qu’elle consommait de l’alcool. Les quatre policiers la font monter dans le fourgon, et lui imposent des actes sexuels : fellation et pénétration. L’un deux, le plus jeune, se casse, mais n’appelle pas la hiérarchie.

    Les flics sont vite retrouvés, et nient toute relation sexuelle. La femme insiste, donne maints détails et reconnait ses agresseurs. Les examens médicaux ont ordonnés et soudain les flics retrouvent la mémoire. Effectivement, ils ont bien eu des relations sexuelles, mais, vous vous en doutez : elles étaient consenties.

    Sur le plan professionnel, la faute disciplinaire est acquise, mais elle n’est pas de la même gravité selon qu’il y ait eu ou non contrainte.

    Sur le plan pénal, on retrouve le débat de Manhattan… et de 90% des agressions sexuelles : je croyais qu'elle était consentante... Dans l’affaire de Nice, il n’y a pas eu de violences, mais le viol est aussi constitué si les relations sont imposées par la contrainte. C’était le débat.

    L’affaire a été jugée aux assises de Nice, où le verdict avait été un acquittement, puis en appel à Lyon, cette semaine, et le verdit a été la culpabilité pour viol aggravé des trois policiers, avec des peines de trois à cinq ans de prison avec sursis.

    Si le procès vous intéresse, vous trouverez dans la presse de nombreux compte rendus. La thèse de la jeune femme est celle de la contrainte imposée par ces trois policiers, dans le fourgon. Celle des accusés est que la jeune femme les a provoqués, jusqu’à ce que la faiblesse humaine leur fasse oublier leur devoir de fonctionnaires de police. Les deux procès se sont tenus sur plusieurs jours, les faits étant complexes. Je ne peux ici entrer dans ce débat, car les comptes rendus sont trop partiels.

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    Je n’ai pas à mettre en doute les faits, car les trois policiers ont été condamnés pour viol aggravés.

    Mais je peux dire que le verdict incohérent, et laisse à nouveau apparaitre la faible considération pour les prostituées.

    A Nice, le maximum requis avait été de 10 ans, et à Lyon de 8. Des réquisitions conforme à la gravité des faits : des viols en réunion, par des policiers dans le véhicule de service, c’est très grave.

    Aussi, les peines prononcées – de cinq à trois avec sursis – ne correspondent à rien. S’il n’y a pas eu de contrainte, c’est un acquittement. S’il y a eu contrainte, ce sont des faits d’une extrême gravité. Il est difficile de concevoir du sursis simple sur de tels faits, alors que la peine encourue est de 20 ans. On peut retrouver le sursis pour des agressions sexuelles sans pénétration, si l’agresseur a fait preuve d’un repentir sincère et s’en engager dans une démarche de soin.

    Ici, il n’y avait rien de cela.

    On retrouve donc cette donnée bien pénible du manque de considération pour les prostituées, dont les agressions sont minimisées. C’est plus que déplorable. De l'arriération mentale. 

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  • Bambi veut abolir la prostitution

    prostitution,parti socialisteBambi-la-déserteuse, qui a attendue d’être nommée ministre pour renoncer à sa candidature aux législatives, a eu tout le temps d’affiner sa profonde réflexion et elle nous en livre le nectar dans le JDD : abolir la prostitution. Avec posture morale, regard quasi-fâché et tout le tintouin. La politique cosmétique est en pleine forme.

    Je voudrais d’abord rappeler à notre procureur de la morale qu’il n’y pas si longtemps elle était adjointe au Maire de Lyon, collant son Collomb sur toutes les photos. Alors, elle est bien sûr partie prenante des décisions municipales, notamment s’agissant de la prostitution. Ouaip, eh ben les faits sont moins clinquants que les discours, car ce qui a été fait à Lyon est juste honteux.

    Collomb, le protecteur politique de Bambi, a joyeusement profité de l’infraction anti-racolage créée par Sarko pour virer les prostituées du centre-ville, car elles n’avaient plus leur place dans le bien propret « modèle lyonnais ».

    Les prostituées, à coup d’arrêtés municipaux ont été virées à la périphérie, sur l’extrémité du quartier de Gerland, loin des lumières. Là bas, on y voit, sans fin, un rassemblement de camionnettes et de loin on croirait une foire-expo. Non, c’est seulement le marché du sexe à Lyon, une zone de désolation et de misère, avec les prostituées livrées à la loi des macs. prostitution,parti socialiste

    Alors, comme Bambi entend « se donner les moyens », elle peut commencer par la ville où elle est élue. Pour défendre la dignité de la femme, elle va demander à Collomb de retirer ses arrêtés ce qui mettra fin à ce parcage de la prostitution, et elle va financer des programmes sociaux, pour l’hygiène, l’accès aux droits sociaux et l’accompagnement des familles des prostituées. Ca sera fait dès demain ?

    Bref, cette salade lyonnaise suffit à montrer l’épaisseur des convictions de Bambi. Mais on peut poursuivre.

    « Les prostituées sont en majorité victimes de l’exploitation ». Quelle perspicacité dans l’analyse ! Alors, la réponse serait de pénaliser le client. Ca, c’est un dérivatif pour amuser un plateau télé… Non, ce qu’il faut, c’est une politique pénale contre le proxénétisme, sous toutes ses formes. Avant « d’abolir la prostitution », on commence par se coltiner le proxénétisme, non ? Les flics y passent beaucoup de temps, et c’est coton. Alors, question à Bambi : quelles mesures concrètes engages-tu pour renforcer la lutte contre le proxénétisme, donc quels moyens tu donnes à la police ? Allô ?

    La larme à l’œil pour les prostituées ? Oui, le lot commun est la misère sociale. Je ne parle pas philosophie, mais argent. Demain, une femme, ou un homme, peut se laisser convaincre de glisser, car elle ou il a trop besoin de fric. Un autre veut quitter, et comment lui donner des relais sociaux sûrs ? Questions : Bambi, tu mets combien d’argent sur la table, tu le trouves où, et tu embauches qui pour animer ce nouveau service social ? Allô ?

    prostitution,parti socialisteOn peut aussi parler de coopérations internationales simples. Par exemple, où en est la coopération entre les polices française et marocaine, sur la prostitution infantile à Marrakech ?  Par exemple, quel plan européen est mis en œuvre pour que les jeux olympiques de Londres ne soient pas, comme c’est le cas chaque fois, l’occasion d’une prostitution massive ? On peut aussi aller faire un tour sur les campus universitaires, c'est moins loin. 

    Donc, l’affaire est pliée. Tout pour la tchatche… C’est un métier.

    Mais, il y a quand même un petit plus, c’est cette maladie génétique de la gauche morale à vouloir imposer sa pensée, parce qu’elle s’autorise à penser qu'elle pense mieux que les autres. La prostitution existe depuis la nuit des temps, et sur toute la planète. Elle est une forme de sexualité, c’est dire quelle fait partie de la vie. De la part d’un responsable politique, soutenir le phantasme abolitionniste, c’est dire qu’on ne supporte pas que d’autres vivent différemment, que des voies plus ou moins cassées trouvent une existence là où aucune ligne droite ne conduit. C’est le raccourci sarkozyste, la vie comme un damier. Il y a les bonnes cases, bien blanches, et les mauvaises, bien noires.

    Et à ces femmes et ces hommes qui se prostituent, qui ont pour métier de se prostituer, on leur dit qu’on va abolir leur vie, car ils sont dans l’indicible ? Les prostituées ne demandent pas leur disparition, mais le respect de leurs droits. Si on progressait sur cette voie, ça serait déjà bien.

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