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répression

  • Psy : Ça suffit, appel du 1° novembre 2014

    Un pouvoir qui veut tout contrôler, qui veut nous voir obéir ; des affaires tristes transformées en cause nationale, comme s’il s’agissait de la casse de la société ; les amours funestes des trouillards et des persécutés de la responsabilité ; un législateur insaisissable qui troque l’hospitalisation sous contrainte et le soin sans consentement ; la psychiatre devient addict au sécuritaire, c’est une catastrophe... C’est aussi bien volontiers que je reproduits cet appel de l’excellent Collectif des 39. La base de tout, c’est le respect de la liberté du patient : « Les patients disent être infantilisés, peu ou pas entendus, surmédiqués, étiquetés, soumis à l’arbitraire, avec perte de la liberté de circuler et menace permanente de la chambre d’isolement ». Ce texte est aussi une pétition, et n’hésitez pas à signer.

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    Les faits sont là, têtus et implacables : Tandis que la demande de soins croît - notamment pour les enfants -, les moyens humains se raréfient : diminution des postes d’infirmiers, marginalisation scandaleuse des psychologues, raréfaction des psychiatres (publics et privés).

    La formation est manifestement insuffisante pour les infirmiers. Elle est réductrice, affadie et trompeuse pour les internes en psychiatrie, car la complexité de la discipline n’est que trop rarement prise en compte. Elle ne leur permet que trop rarement de choisir leurs options théoriques, de développer une pensée critique indispensable. Tous les étudiants subissent un formatage où règne la dimension binaire et réductrice du soin : aider le patient à comprendre ce qui lui arrive ne serait plus à l’ordre du jour. On leur apprend à traiter une maladie et non à soigner un être dont la souffrance représente aussi une protestation à accueillir. Il en est de même de la formation des éducateurs et des travailleurs sociaux dispensée dans les Instituts Régionaux du Travail Social : soumise aux diktats de la « qualité » et de « la bientraitance », réductrice et opératoire, elle est complètement inappropriée à la dimension relationnelle de la rencontre éducative.

    De plus, dans la vie quotidienne des services (publics ou privés), il n’y a plus de temps pour la transmission des savoir-faire, pour les réunions d’équipe, les échanges informels à propos des patients. Il faut, en revanche, consacrer du temps à remplir des petites cases avec « des petites et des grandes croix », remplir des obligations aussi ineptes que stériles pour qu’une pseudo qualité soit respectée, celle qui est imposée par la HAS. Cette Haute Autorité de Santé, institution antidémocratique, impose sans aucune retenue des protocoles étrangers à la culture des équipes soignantes, tyrannise par son souci d’homogénéité et de maîtrise de tous les acteurs, y compris la hiérarchie hospitalière. Comme organisme bureaucratique de haut niveau, elle « élabore » ses protocoles de soins pour tous. Or, en psychiatrie, le souci de l’homogène est anti thérapeutique, car le vif et le cœur de la pratique s’enracinent dans le caractère singulier de la rencontre thérapeutique : chaque acte de soin doit garder un caractère spécifique prenant en compte le contexte, l’histoire, ce que dit le patient du rapport à sa souffrance.

    En fait c’est la bureaucratie, aux ordres du pouvoir politique, qui décide : la méconnaissance autant que la stupidité tentent d’imposer aux professionnels par le biais de lois, de circulaires et autres décrets des kits de bonne gestion, de bonne conduite, d’aide à la gestion des humains, soignants ou soignés. Comme dans le meilleur d’un monde robotisé et soumis aux diktats d’un pouvoir tout puissant, dont les bras armés sont les directeurs des Agences Régionales de Santé -ARS- aux pouvoirs déjà exorbitants qui vont encore être étendus avec le projet de loi santé.

    Comment s’étonner alors du désarroi des familles devant l’isolement et l’enfermement (physique, psychique, symbolique) dans lesquels leurs proches se trouvent relégués tout au long de parcours de soins chaotiques, construits sur une multiplicité de soignants juxtaposés sans lien vivant. Comment ne pas comprendre la colère ou la détresse des familles face au peu de réponses qui leur sont apportées ou aux propos fatalistes, culpabilisants, ou péremptoires qu’elles entendent. Les patients disent être infantilisés, peu ou pas entendus, surmédiqués, étiquetés, soumis à l’arbitraire, avec perte de la liberté de circuler et menace permanente de la chambre d’isolement.

    Car les faits sont là : autrefois rares, les chambres d’isolement et l’immobilisation des patients deviennent un « outil » banal d’un milieu qui ne sait plus ou ne peut pas faire autrement. Cette banalisation inacceptable trouve dans les « protocoles de mise en chambre d’isolement » sa justification déculpabilisante.

    Le passage de « l’hospitalisation sous la contrainte » au « soin sans consentement » a permis l’extension de la contrainte jusqu’au domicile des patients, en ambulatoire. Les juges et les avocats, présents désormais en permanence à l’intérieur des hôpitaux, viennent cautionner, malgré eux, l’accélération des mesures de contraintes sous toutes leurs formes, là où ces professionnels du droit auraient dû venir défendre les libertés fondamentales. La plupart du temps la contrainte n’est pas imputable au seul patient, elle est une construction sociale et clinique.

    Tout cela dans un contexte où la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoire), dénoncée avant 2012 par l’opposition d’alors, est toujours en place avec l’actuel gouvernement. Cette loi organise l’hôpital moderne selon l’idéologie de l’hôpital entreprise, posant le cadre de cette rencontre inouïe et impossible entre la santé publique et la logique néolibérale de la gestion et du profit.

    Que dire alors du secteur psychiatrique, cette « utopie nécessaire » qui a permis de sortir les patients des asiles, et qui a proposé une continuité des soins de proximité ? Tous s’accordent à le maintenir ! Mais tout en déclarant l’importance de ce dispositif, Mme Marisol Touraine veut tripler la population concernée par un secteur : de 70 000 habitants à 200 000. Si les parlementaires votent ce texte (inscrit dans la future loi de santé publique), le secteur risque de devenir une entité gestionnaire, un instrument de quadrillage, annulant alors les raisons mêmes de son existence.

    En pédopsychiatrie, la situation est très préoccupante. D’une part, nous ne pouvons plus accepter un délai d’attente de plusieurs mois pour une consultation, ou deux à trois ans (!) pour l’admission d’un enfant en structure spécialisée - quand elle existe… L’insupportable côtoie l’absurde. Par ailleurs, la politique du handicap, malgré quelques rares avancées sociales, produit des effets pervers majeurs. Actuellement nous vivons un double paradoxe : avec « un handicap », les enfants en grande souffrance accèdent plus difficilement aux soins, pendant qu’un grand nombre de simples « déviants » du système scolaire sont stigmatisés en handicapés. Mais pourquoi faut-il être handicapé, à coup de diagnostics psychiatriques et des certificats médicaux, pour pouvoir bénéficier de renforts purement pédagogiques (type l’aide d’un adulte non qualifié, AVS, ou classes à effectif réduit) ? Les agités, les redoublants, les indisciplinés etc…(le plus souvent issus des populations les plus précaires) se voient ainsi « psychiatrisés » par la voie généreuse du handicap. Nous récusons les mécanismes de récupération de la clinique psychiatrique par une politique du handicap qui transforme les marginalisés en anormaux.

    Alors, au nom de quels impératifs organise-t-on méticuleusement depuis des années cette politique destructrice ? Financiers, théoriques, sociaux, économiques, ségrégatifs ? Au nom de quoi devrions-nous accepter ?

    Pourquoi devrions-nous taire nos convictions ? Tout soin demande du temps : le temps de penser, de parler, de nouer des liens. Du temps pour comprendre, du temps pour que chaque collectif mette en place ses propres outils évaluatifs et ne perde pas ce temps précieux à répondre aux injonctions de l’HAS, dont la plupart des soignants reconnaissent qu’elles heurtent frontalement la dimension clinique de la pratique. Du temps pour une formation appropriée à nos pratiques, sans passer sous les fourches caudines de formations obligatoires qui organisent la disparition de la dimension singulière de chaque acte de soin.

    L’HAS, par sa collusion entre une pseudo-gestion au nom de la science et une pseudoscience au nom de la gestion, est en train, contrôles incessants et accréditations orientées à l’appui, de dépolitiser les questions de santé en les écartant du débat de nos démocraties.

    Dans les instances politiques, dans la cité, dans nos services, les espaces de débat et de contradiction deviennent rares ; l’absurde et la violence deviennent alors bien trop fréquents.

    Ouvrons de toute urgence ce débat public, national, citoyen ! 

    Organisons la riposte massive qui s’impose !

    Avec tous les réfractaires à la résignation !

    Avec tous ceux qui ne veulent pas cesser de se réinventer, de rêver, de créer !

    Avec toutes les associations syndicales, scientifiques et politiques concernées.

    Pour que la démocratie retrouve ses droits.

    Afin que puisse s’élaborer l’écriture d’une loi-cadre en psychiatrie.

    Une loi dont tous les patients, les familles, les soignants ont un besoin immédiat pour permettre une refonte des pratiques de la psychiatrie.

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  • Prism : L’Obamagate

    Ca y est, la justice est saisie dans l’affaire Prism. C’est la remarquable American Civil Liberties Union (Aclu), organisation de défense des libertés civiques aux Etats-Unis, qui a porté plainte mardi à propos de ce programme d’espionnage mis en place par la National Security Agency (NSA).

    Dans sa plainte déposée à New York, l'Aclu explique que le programme Prism viole la constitution en s'en prenant à la liberté d'expression, protégée par le premier amendement, et à la protection de l'intimité, que garantit le quatrième amendement.

    Les poursuites engagées visent en direct James Clapper, le directeur national du renseignement (DNI), qui coordonne les différentes agences américaines du renseignement, ainsi que les responsables de la NSA, du département de la Défense, du département de la Justice et du FBI.

    Je rappelle que la défense d’Obama a été de dire qu’il y avait des mesures de prudence pour les habitants des Etats-Unis. Mais pour le reste du monde – vous et moi – c’était sans limite et en tant que de besoin, sans loi, sans contrôle, et en secret. Les valeurs…

    En France, il semble qu’il y ait un peu de retard à l’allumage pour comprendre la gravité de cette affaire. Nous verrons... Si le gouvernement français ne fait pas le nécessaire pour rétablir la protection de nos droits et faire sanctionner les auteurs, eh bien nous nous en chargerons nous-même.

    Voici quelques éléments d’ambiance depuis New-York. 

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    us,obama,vie privée,répression

     

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  • Démocratie participative : Valls castagne les militants écolos

    C’est une impasse, mais on fonce : le résultat est garanti ! Le gouvernement est entrain de créer le problème qui marquera sa faillite, à Notre-Dame-des-Landes. En cause : la suffisance de ces politiques qui confondent autoritarisme et autorité, et méprisent toute expression d’idées. Une faillite inéluctable, oui, car le gouvernement cartonne des militants de Gauche, lucides et défendant des principes très solides.

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    En cause, l’aéroport Jean-Marc Ayrault, encore appelé aéroport Nantes/Grand Ouest, projeté pour être créé à Notre-Dame-des-Landes, soit à 30 km de Nantes, par un sympathique contrat de concession signé par l’Etat en faveur du très éthique groupe Vinci. Depuis que ce projet est dans les tuyaux, il trouve face à lui une opposition déterminée, très majoritairement de Gauche, avec des soc’ et des écolos.

    Ce projet est totalement décalé.

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    Je rappelle d’abord qu’il existe un aéroport « Nantes Atlantique », qui n’est pas exactement surbooké. Et puis Nantes-Paris en TGV, c’est deux heures… Alors, quel est la justification de cet aéroport, à part des rêves de grandeur d’un autre temps ? Quels sont les arguments en balance ? Faut-il développer des aéroports régionaux alors que l’avenir est aux grands porteurs et aux aéroports centraux ? Que veut dire encourager le transport aérien pour Nantes ? Des navettes Nantes / Paris ? Jean-Marc rêve de liaisons Nantes-New York ou Nantes-Singapour ?

    Et puis, un tel projet entraîne des dégâts considérables, car il faut retirer à l’agriculture des terres aujourd’hui  bien occupées, avec de vrais agriculteurs et de vrais habitants !

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    Il y a trois jours, Frédéric Cuvillier, ministre délégué aux transports, tout enivré par le discours sur le lupanar écolo de l’accord politique PS/EELV, avait été net : « Le schéma national des infrastructures de transport (SNIT), conçu par le précédent Gouvernement  n’est plus compatible avec l’objectif de retour à l’équilibre des finances publiques ». Alors, tout est simple : vu qu’on revoit le SNIT, on va rouvrir le dossier de l’aéroport Jean-Marc Ayrault, et dans le contexte de la « transition écologique », ça tombe pilepoil.

    Pendant la campagne présidentielle, l’accord politique PS/EELV incluait d’ailleurs l’abandon du projet, donnant raison aux opposants.

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    Mais depuis, l’aéroport Jean-Marc Ayrault est redevenu d’actualité. Hollande, qui ne veut pas prendre le risque de chagriner son valeureux premier sinistre, s’appuie sur les acquis de Sarkozy : la décision a été prise, alors basta. Vive Sarko, le grand protecteur de la Gochmole...

    Le démarrage des travaux est prévu pour 2013, pour une ouverture programmée en 2017. Les militants multiplient les prises de paroles et les argumentaires, mais ils se sont aussi posés sur place, notamment sur les sites de Le Sabot et La Saulce, devenus des lieux de vie militants, comme des signes vivants de l'opposition au projet d'aéroport. De la résistance civique et intelligente.

    Valls, ovationné à Toulouse pour avoir battu le record des expulsions de Guéant, a envoyé hier les forces de l’ordre pour dégager avec brutalité les plus pacifistes des militants. Roms / Ecolos, même combat ! Valls et Hollande argumentent à coups de bulldozers.

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    Petit problème supplémentaire : une quinzaine d'élus EELV étaient sur place, prêts à prendre les gnons de Valls pour défendre leurs idées.

    Hier soir, Noël Mamère est monté au créneau : « Le gouvernement a dépassé les limites. On est en droit de s'interroger sur la poursuite de notre soutien à un gouvernement qui utilise la force comme ses prédécesseurs pour imposer un projet dont ne veulent pas les habitants. Quand un gouvernement qui, dans sa majorité, a des écologistes, renie à ce point ses engagements sur la transition écologique en défendant par les moyens de la force un projet inutile, on est en droit de s'interroger sur la sincérité de ce gouvernement ». Mamère a annoncé qu’il allait se rendre sur place, avec des parlementaires EELV, pour dénoncer ce projet de Jean-Marc Ayrault.

    Peut-être rencontrera-t-il dans le train un certain Ayrault Jean-Marc, qui a fait tant de pub pour ses excellents ministres qui refusent l’avion pollueur pour les petits trajets, alors que le train, c’est si bien…

    Tout montre que l’opposition à ce projet va se renforcer, car elle repose sur des bases incontestables. La répression de Valls/Hollande se retournera contre eux, car la résistance à ce projet sera plus forte que leurs ordres imbéciles. Et ça va devenir très difficile pour la coalition gouvernementale.

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    Trouvé sur twitter, via @SuperNo

  • Vietnam : une écrivain et un avocat dissidents entaulés

    Quatre ans de prison pour un écrivain vietnamienne, à laquelle il n’est rien reproché d’autre que d’avoir exprimé ses idées. Une semaine plus tôt, cinq ans pour un avocat d’Hô Chi Minh-Ville, qui était vice-président du Barreau. Un vent chinois très frais souffle sur le Vietnam.

    Quatre ans pour l'écrivain, Pham Thanh Nghien

    phamthanhnghien_150_139358820.jpgLes embrouilles de Pham Thanh Nghien ont commencé en mars 2008, quand cette écrivain, bloggeuse et chroniqueuse radio, a rejoint le Bloc 8406, un réseau de défenseurs des droits humains, créé en 2006 autour de la publication d'un Manifeste sur la Liberté et la Démocratie au Vietnam. Pham Thanh Nghien s’est fait un nom, et elle a été lauréate 2009 du Prix Human Rights Watch Hellman/Hammett, qui récompense les écrivains persécuté pour leur action en faveur de la liberté.

    Tout s’est accéléré en mars 2008. Accompagnée d’autres défenseurs des droits, elle s’était rendue à Thanh Hoa pour soutenir les familles de huit pêcheurs arbitrairement abattus par la flotte chinoise en 2005 en mer de Chine du Sud, donnant ainsi une tribune aux familles, et demandant au gouvernement vietnamien de traduire les coupables en justice. Et là gross problem car le voisin chinois, qui annexe gentiment les archipels vietnamiens en cause, est un peu chatouilleux. Un mois plus tard, elle participe à une manif lors du passage de la flamme olympique. Le 17 juin, elle a la mauvaise idée de demander l’autorisation d'organiser une manifestation, avec au menu la dénonciation de l’inflation, de la corruption et aussi des ambitions territoriales de Pékin sur les archipels Paracels et Spratly. Défendre la souveraineté nationale devant les cousins chinois, quelle inconsciente…amnesty_fountain_pen.jpg

    Le 4 juillet, cette irréfléchie a commis un nouveau fait d’une particulière gravité : elle est allée visite à un ami écrivain Nguyen Xuan Nghia, lui-même engagé dans la défense des droits civils.  Résultat : un passage à tabac par quatre flics en civil, avec la recommandation de se consacrer à la littérature. Pham Thanh Nghien a soigné ses bosses, et ne pouvant manifester sur la voie publique, elle a voulu organiser un sit-in dans sa propre maison. Ce qui limitait le trouble à l’ordre public... Rien du tout, c’était une menace insupportable contre l’intérêt national, et le 18 septembre, 20 policiers ont débarqué à la maison pour embarquer Pham Thanh Nghien, et elle a été placée en détention provisoire.

    Sa mère, Nguyen Thi Loi, explique : « Je suis autorisée à lui envoyer des colis, mais pas à la voir. J’ai demandé de ses nouvelles auprès des policiers qui m’ont dit qu’elle va bien. Je dois me contenter de cela car je ne l’ai pas revue depuis son arrestation ! Tout ce qu’elle a fait, c’est militer pour la liberté, les droits de l’homme, la liberté d’expression, la liberté de la presse et dire la vérité, comme le fait que les archipels Paracels et Spratly appartiennent au Vietnam. C’est tout. Dans le mandat d’arrêt, ils ont écrit qu’elle a enfreint l’article 88, propagande contre l’Etat. Je ne sais pas où chercher de l’aide. Est-ce qu’ils vont la juger après 8 mois de détention provisoire ? Et si à ce moment là, ils ne le font pas, je ne saurai vraiment plus quoi faire. Je suis âgée maintenant. Ma fille n’a rien fait de mal. Je sollicite votre aide depuis l’étranger, parce que je ne sais plus quoi faire. »

    Pham Thanh Nghien vient a été jugée ce 29 janvier, et le tribunal d’Haïphong l’a condamnée à 4 ans de prison, auxquels suivront 3 ans de résidence surveillée. Motif : violation de l’article 88 du code pénal vietnamien, qui punit la dissidence pacifiste. L’article à tout faire.

    Voici cet article en anglais.

    Khoi8406_Logo_den.jpg“Article 88.- Conducting propaganda against the Socialist Republic of Vietnam

    “1. Those who commit one of the following acts against the Socialist Republic of Vietnam shall be sentenced to between three and twelve years of imprisonment:

    “a) Propagating against, distorting and/or defaming the people’s administration;

    “b) Propagating psychological warfare and spreading fabricated news in order to foment confusion among people;

    “c) Making, storing and/or circulating documents and/or cultural products with contents against the Socialist Republic of Vietnam.

    “2. In the case of committing less serious crimes, the offenders shall be sentenced to between ten and twenty years of imprisonment.”

    Nous sommes bien d’accord : il s’agit uniquement des idées. Rien qui ressemble au trouble à l’ordre public. S’en prendre par des écrits ou des paroles à l’administration ou à la nation, et pire risquer de créer le trouble dans l’opinion, conduit en prison, par opportunité politique.

    Sept écrivains dissidents, parrainés par Pen International, sont actuellement emprisonnés au Vietnam : Pham Thanh Nghien, Nguyen Hoang Hai, Nguyen Xuan Nghia, Pham Van Troi, Le Thi Kim Thu, Nguyen Van Tuc et Ngo Quynh. Deux points communs : ils ont été arrêtés en 2008 lors de la campagne menée contre les abus de la politique chinoise, et ne sont toujours pas jugés. Pham Thanh Nghien est donc une petite chanceuse : 16 mois après on arrestation, elle a été fixée sur son sort…

    Cinq ans pour l'avocat, Le Cong Dinh

    ls.jpgQuelques jours plus tôt,  le 20 janvier, la Cour suprême populaire d’Hô Chi Minh-Ville avait condamné 5 militants, dont un avocat défenseur des droits de l’homme, Le Cong Dinh, à des peines allant de 5 à 16 ans. Le Cong Dinh est en détention provisoire depuis le 13 juin, date à laquelle il a été arrêté à son cabinet, à Ho Chi Minh-Ville. Il a dans un premier temps été inculpé de propagande contre l’État. Le service d’enquête du ministère de la Sécurité publique avait déclaré, lors d’une conférence de presse convoquée le jour de l’arrestation de Le Cong Dinh, que celui-ci «  était de connivence avec des éléments subversifs étrangers pour publier des documents présentant une image biaisée des politiques socio-économiques ».

    Depuis, les charges retenues contre lui ont été requalifiées, et il est désormais accusé de « tentative de renversement du régime du peuple » en vertu de l’article 79 du Code pénal, et la justice vietnamienne a, depuis la prison, obtenu des aveux diffusé à la télévision.

    Je vous livre cet article, qui permet en effet de faire tout et n’importe quoi – admirez le flou de l’incrimination – et avec la prévision de la peine capitale. La peine de mort en deux lignes, et avec une infraction définie en fonction du but…free_the_word.jpg

    “Article 79.- Carrying out activities aimed at overthrowing the people’s administration

    “Those who carry out activities, establish or join organizations with intent to overthrow the people’s administration shall be subject to the following penalties:

    “1. Organizers, instigators and active participants or those who cause serious consequences shall be sentenced to between twelve and twenty years of imprisonment, life imprisonment or capital punishment;

    “2. Other accomplices shall be subject to between five and fifteen years of imprisonment.”

    Le 23 juin dernier, Le Cong Dinh a été radié de l’Ordre des avocats de Hô Chi Minh-Ville, dont il a été le vice-président pendant plusieurs années.

    Que peut-on faire d’ici ? Pas grand-chose, mais au moins en parler.

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    Une manif à Paris pour dénoncer les prétentions chinoises
    sur les archipels Spratly et Paracel
  • Oui à l’ouverture de salles de consommation pour la drogue

    CN005597_l.jpgLa drogue est une saloperie, une de ces saloperies à laquelle on échappe en se soignant. Aussi, il faut encourager tout ce qui permet de s’approcher du soin. Et comme on part de très loin, que la drogue est le paradis des mafieux et de la violence, chaque pas gagné vers la sortie de ce miasme vérolé est une victoire. C’est dire que je vote des deux mains la proposition du député socialiste Jean-Marie Le Guen d’ouvrir à Paris des shoot-room, offrant un cadre pertinent aux toxicomanes qui veulent tenter quelque chose vers la sortie. 

     

    Pour faire les malins, genre UMP voulant « changer le monde », tout endimanchés en cucul la praline, ce n’est pas compliqué. Branché sur Besson FM, il vous suffit de dénoncer en cœur, l’air outragé, la création sur fonds publics de piqueries ou de drogatoriums. Pensez ma pauv’dame : des lieux ouverts à tous les toxicos de la création, où dans une régime encadré, on leur donne, hors le produit, tout ce qu’il faut pour se faire leur satanée piquouze. Alors qu’il est si simple de les punir, car toute consommation de drogue est une infraction pénale, voilà qu’on leur offrir le gite et les couverts...

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    Pour être sérieux, il vaut mieux parler de salles d’injection. Le principe est de répondre aux problèmes des toxicos qui cumulent précarité, risque de contamination et de transmission des maladies infectieuses. Cette marginalité devient une culture de l’exclusion, et pour ceux habitent à proximité, c’est la galère absolue. Genre pour la maman qui envoie ses enfants à l’école : « Et faites attention de ne pas vous piquer les pieds sur les seringues dans l’allée. » Les services et les associations font tout pour aider à rompre avec la drogue. Mais avant d’en sortir, et dans quel état, plus d’un patauge, dérivant dans l’engrenage de l’accumulation des risques. Or, loin des principes resplendissants qui ne passent pas la porte des congrès et des plateaux télés, la seule vraie politique qui vaille est celle de la réduction des risques. 60% des consommateurs de drogue sont contaminés par le sida ou l'hépatite C. Et l'isolement finit de précipiter dans la toxicomanie.

     

    Les salles d'injection ont vu le jour en Suisse, au début des années 80. Le modèle s'est entendu en Europe: Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Norvège... On en compte une centaine. Petit à petit, ces lieux se sont imposés des règles de fonctionnement: accès réservé aux titulaires d’une carte d’admission, exclusion des usagers occasionnels ou des débutants, addictions aux drogues dures, et respect de mesures d’hygiène et de sécurité. Le personnel – travailleurs sociaux, infirmiers, médecins, psychologues – n’intervient qu’en cas de nécessité.

     

    Si on voit bien les avantages, les risques sont aussi connus, avec notamment la création d’un certain confort qui peut retarder l’entrée dans les soins, et permettre une certaine structuration de ce petit monde. Mais dès lors que les centres sont encadrés, avec une vraie présence humaine, le résultat est positif : amélioration du cadre sanitaire, pas d’augmentation de la consommation, et amorce d'une prise en charge. Accessoirement, les grands gagnants sont les habitants des quartiers sinistrés quand la toxicomanie se joue en live.

     

    jimi-hendrix-monterey-pop-festival-june-17-19671.jpgC’est ce qu’explique Jean-Marie Le Guen : « Il faut adopter une vraie politique de santé publique. La lutte contre la toxicomanie est au point mort parce qu'elle est pris en charge par un petit lobby réactionnaire, la Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), qui pense que la culpabilisation est une méthode efficace. » Donc pas une salle pour faciliter la consommation, mais pour limiter les risques et ouvrir une porte pour sortir de l’enfermement.

     

    Et Etienne Apaire, le président Mildt réplique fidèlement : « Je suis contre l'idée de cacher les toxicomanes dans des centres sous couvert de prise en charge médicale. Les propositions de M. Le Guen vont beaucoup trop loin. Nous ne cherchons pas à accompagner les usagers, mais à les sortir de la drogue. Faciliter les usages, c'est une forme de désespérance. » Donc laisser les plus fragiles s’enfoncer dans la marginalité, exposés à tous les risques, et punir, en se flattant devant une population qu’on cherche toujours à inquiéter. Voilà un programme qui fera joli dans le débat sur l’identité nationale.

    Si c’est pour condamner, le trafiquant est une bonne cible. La toxicomanie doit être abordée comme une maladie, qui isole et qui tue. Le traitement vaut bien quelques risques. La grand toxico Jimi Hendrix avait cru qu’il pourrait sublimer la drogue, en inventant Electric Ladyland. Comme tant d’autres, il s’y est perdu. La seule chose qui est plus forte que la drogue, c’est que les autres peuvent faire, avec humanité et intelligence.

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    Electric Ladyland, The Jimi Hendrix Expérience, 1968

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