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  • "Les Républicains", de grands usagers du service public de la Justice

    Notre ami Sarko est vraiment un sale gosse destructeur. Dans une République, piquer le mot  « Républicain » pour baptiser son parti, il faut un culot d’acier ! Le résultat immédiat est que ça affaiblit la République, car se dire « Républicain » sent désormais le faisandé…

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    Les « Républicains » de Sarko montrent leur attachement aux valeurs de la République... en tant qu'usager privilégié du service public de la Justice. Et ce n’est pas nouveau : c’est parce que le RPR était pourri par les affaires judiciaires qu’il a pris le nom d’UMP et c’est idem pour le passage de l’UMP aux « Républicains ». Nous aurons donc dans les prochaines années droit aux titres du genre : « perquisition de la brigade financière chez les Républicains » ; « soupçons d’argent de la corruption chez les Républicains » ; « règlement de comptes chez les Républicains » ; « fausses factures chez les Républicains »… Ça sera très chou !

    Cette politique, qui n’est plus que le com’, est à vomir. Ils détruisent tout pour quelques points dans les sondages, pour une belle image, alors qu’ils n’ont rien à proposer pour la direction du pays. Ils vont dévaloriser ce mot « République », déjà bien mal en point pour être utilisé pour dire tout et n’importe quoi, et qui va finir comme habitué de la correctionnelle.

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    Heureusement, il nous reste la vraie vie 

  • La République et La Castellane

    Matin, midi et soir, ils n’ont que ces mots à la bouche : République et citoyenneté. Le problème est qu’en agitant ces mots sans leur donner le moindre contenu, à part un catéchisme obligatoire et débilitant, ils créent des problèmes les plus graves encore, car après le crash, il faudra tout réinventer.

    Si on attend des choses concrètes de la République et la citoyenneté, c’est bien à La Castellane, dans les quartiers Nord de Marseille : une population jeune et nombreuse, un quartier à l’écart de la ville, pas d’emploi sur place, l’économie de la drogue, des lieux que les services publics, à commencer par la police, ont déserté. Dans ce quartier de 7.000 habitants, une petite ville, les flics estiment que le trafic de drogue, c’est environ 50.000 euros par jour.

    Le 9 février, El Blancos et Bambi, les rescapés du 49.3, étaient venus à Marseille pour faire la pub de la politique gouvernementale contre la criminalité… mais au même moment, les flics essuyaient des tirs de kalachnikov à La Castellane. Grosse agitation médiatique, et après ?

    Hier, un collectif, « Le Collectif des écoles de la Cité la Castellane », regroupant des citoyens travaillant et vivant à La Castellane, a tenu une conférence de presse sur situation les trois établissements scolaires du quartier : les écoles Saint-André Castellane et Saint-André Barnier qui accueillent 788 enfants, et le collège Henri Barnier, avec 600 élèves.

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    Une zone de non-droit

    Une enseignante : « Incendies de classes, personnels et véhicules caillassés, tirs de kalachnikov à proximité des écoles en plein jour, représailles, intimidations écrites et verbales, cambriolages, vandalisme… La situation géographique au sein de la cité où règne une zone de non-droit, génère de plus en plus un climat d'insécurité psychologique et physique important. On a l’impression d’être abandonnés de tous, on se retrouve seuls, que ce soit dans les écoles ou dans la cité ».

    Une mère de famille : « Moi j’étais élève il y a plus de 30 ans dans l’école où j’emmène aujourd’hui ma fille. J’étais abasourdie en découvrant l’état de l’école, avec le même château pourri, le même sol pourri que quand j’y étais. Mais moi, ma peur principale, c’est la sécurité, une balle perdue… Il n’y a pas de stores aux fenêtres, les portes ne ferment pas ».

    Une autre mère de famille : « De 22H00 à 05H00, la cité est dans le noir, ils mettent des lumières pour guider les acheteurs, il y a même un drive-in. La pression est très forte. Les jeunes marchent cagoulés et personne n'ose parler par peur de représailles.

    Un fonctionnaire, à propos des opérations « d’approche globale », mises en place il y deux ans et qui mêlent répressif et social : « Quand il y a eu l’approche globale, tous les parents ont dit ‘on respire’, mais ils ont coupé une patte de la pieuvre, pas sa tête. Mois après mois, on a dit que les réseaux de trafiquants se renforçaient, qu’ils se professionnalisaient. Il n’y a même plus ce côté affectif ‘je te connais, on a grandi ensemble’. Pour moi, c’est la mafia. La réalité, c’est des mecs masqués qui mettent des barrières pour organiser les acheteurs, qui contrôlent les allées et venues ».

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    Le collectif réclame des actes

    A l’Etat :

    - un désenclavement du quartier,

    - une protection quotidienne des services de Police aux abords des quatre écoles tant que perdurera l'enclavement du quartier,

    - le rétablissement des personnels du RASED (Réseau d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) et le renforcement du dispositif « plus de maîtres que de classes »,

    - le renforcement des mesures du pacte de cohésion sociale sur Marseille et leurs pérennisations,

    - des effectifs bloqués à 20 élèves par classe,

    - plus de médecins scolaires, d'infirmières,

    - un renforcement des moyens pour instaurer une relation entre les familles et les partenaires médicaux afin d'aborder les questions d'hygiène, de santé et d'alimentation.

    A la Ville de Marseille :

    - l'entretien normal, régulier et réactif des locaux par un personnel formé et en nombre suffisant,

    - une augmentation des effectifs des ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles) et des agents d'entretien,

    - une ATSEM par classe de maternelle, comme cela se fait dans toutes les autres communes,

    - la mise aux normes rapide des systèmes de sécurisation de nos écoles : portes, fenêtres, alarmes, portails,

    - une température confortable dans les classes dès l'accueil du matin.

    A l’Académie :

    - le remplacement systématique des enseignants en cas d'absence,

    - un soutien constant et fiable de la hiérarchie,

    - une prise de responsabilités juridiques de la hiérarchie.

    Tout ceci est juste et raisonnable. Pas de doute que les prêcheurs radicaux de la République et de la citoyenneté vont aussitôt faire face, pour être à la hauteur des attentes de la population, qui a le droit de faire un rêve d’intégration minimale, et des enseignants, qui sont les vrais défenseurs de la République.

    Par contre, s’ils ne font rien, peut-être qu’on ne votera plus pour ce genre de produits cosmétiques, va savoir…  

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  • V° République : A quoi sert un député ?

    Comme vous toutes et vous tous, je suis passionné par la vie politique : les vieux principes de la démocratie athénienne appliqué à nos sociétés qui cherchent à construire leur unité par le dialogue, et en se pétant chaque jour les défis de demain.


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    Notre Constitution

    Chez nous, la base est l’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme de 1780 : « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation ».

    Le président de la République (Article 5 de la Constitution), c’est le grand chef à grandes plumes, élu par une majorité mais devenant aussitôt, par sa hauteur de vues, le garant des droits de tous. C’est la vigie de la République : 

    « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État.

    « Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités ».

    Ce n’est pas le genre à s’immiscer dans les affaires contingentes, et encore moins dans celles d’un groupe politique.

    Le gouvernement, la figure du pouvoir exécutif, est régi par l’article 20 :

    « Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation.

    « Il dispose de l'administration et de la force armée.

    « Il est responsable devant le Parlement dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 49 et 50 ».

    Là, on est plongé dans le quotidien. Le pivot de l’action politique, c’est le gouvernement, patron de l’administration… mais patron patronné car il est « responsable devant le Parlement ».

    Ce qui veut dire que l’organe central, le maître de tout, c’est le Parlement, et c’est exactement ce qui dit l’article 24 :

    « Le Parlement vote la loi. Il contrôle l'action du Gouvernement. Il évalue les politiques publiques ».


    C’est bien beau, mais est-ce que ça marche ? sans-famille-tome-2---le-troupe-du-signor-vitalis-7469.jpg

    Sur le plan opératoire, tout dépend du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale car c’est lui qui va voter la loi et contrôler l’action du gouvernement.

    Premier problème : le patron de ce groupe est choisi par le Président de la République, qui, en violation de l’article 5, patauge dans la soupe pour veiller au grain.

    Ensuite, c’est le gouvernement est qui est maître de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, et le gouvernement donne la priorité aux « projets « de loi, c’est-à-dire à ses choix.

    Les parlementaires ont âprement négocié des fenêtres dans l’emploi du temps pour présenter des « propositions » de loi, soit des textes préparés par les parlementaires, pour donner un peu de contenu à l’article 24. 


    Un cas pratique ?

    Lundi matin, notre génial gouvernement a annoncé qu’après le succès de la Manif pour tous, il renonçait à la loi Famille. L’après-midi, les députés socialistes ont répliqué en annonçant qu'ils allaient déposer une proposition de loi palliant au renoncement du gouvernement. Force doit rester à la loi.

    Bruno Le Roux, le patron du groupe a fait semblant de jouer le jeu, avec un tweet rappelant l’engagement de janvier 2013, lors du vote de la loi sur le mariage gay : « Le texte famille sans PMA n'était pas notre engagement. Des consultations sont en cours. Le but reste d'ouvrir de nouveaux droits ».

    Mardi, nouveau changement de ton. Les députés font fuiter que Bruno Le Roux et Jean-Marc Ayrault avaient dealé l’abandon de la loi pour peu que la Manif pour tous soit un succès, et Bruno Le Roux confirme le grand rétro-pédalage : « Nous n'avancerons que sur des sujets sur lesquels nous aurons trouvé un accord avec le gouvernement ». Donc, on ne fera rien. Je rappelle que Bruno a été choisi par François, en accord avec Jean-Marc : ça aide.9792-24095.jpg

    Pour compléter la manœuvre, on trouve pour faire les guignols devant la télé, quelques « députés rebelles » affirmant que « jamais de la vie » et qu’on va voir ce qu’on va voir… Cécile Untermaier était en état de rébellion paroxystique : « C'est un mauvais signal. Dominique Bertinotti doit se ressaisir et se battre pour que sa loi intervienne dans un calendrier un peu plus apaisé ». Pour Bernard Roman : « C'est une gifle». Même colère chez Annick Lepetit : « On aimerait bien que tout le travail effectué ne soit pas perdu... ». Laurent Grandguillaume explique scientifiquement : « il vaut mieux arrêter de se tirer des balles dans le pied, car à force, on va manquer de balles et de pieds ». Pour Yann Galut : « On aurait dû tout passer dans la loi sur le mariage pour tous » (Tiens, tiens…). La presse annonce qu'ils ne lâcheront rien et que la loi sera votée. 

    Petit problème : ces rebelles décérébrés n’étaient hier pas capables de dire quand leur excellente proposition serait inscrite au calendrier. Donc, des paroles purement verbales. Le cinéma continue. 

    Bousculé par la presse, le porte-parole du groupe PS, Thierry Mandon, n’a pas su répondre. C’est le tendre Claude Bartolone, qui a renoncé à sa carrière de Premier ministre pour devenir le futur patron du Grand Paris (avec une Hidalgo définitivement décorative) qui a confirmé l’enterrement : « Ces propositions pourraient être examinées au lendemain des élections municipales ». Tout est dans le « pourraient ».  

    Ce qui montre que le Parlement ne sert à rien. Un président, un scooter trois roues et des sondages, voilà ce qu’est devenue la République.

    Alors, quand tous ces incapables nous serinent les valeurs de la République, on est en droit de leur répondre : « Camembert ». Et quand ils vont revenir mendier nos suffrages, ça risque de coincer, à partir de cette question très simple : député, qu’as-tu fait du mandat qui t’a été confié ?

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    En attendant la loi PMA / GPA

  • Hollande, réfugié politique à l’Elysée

    Halte au feu : Hollande a demandé l’asile politique, qui lui a été accordé à l’Elysée. Là, il ne sera plus pourchassé pour son action politique, mais en contrepartie, il s’abstiendra de toute activité publique partisane. Il se consacrera à ses mémoires et l’inauguration des chrysanthèmes.

    9782247052271_21.jpgC’est la seule solution. Le héros de la gochmole ne peut plus sortir sans de faire huer et brocarder. A Paris, c’étaient les excités (par qui ?) de l’Extrême-Droite, et à Oyonnax, les bonnets rouges jurassiens… Je suis tombé sur une séance « humoristique » de TF1 (Canteloup, d’une vulgarité rare), humiliant Hollande lors la cérémonie de l’Arc de Triomphe. Et c’est général : Hollande a renoncé à prendre la parole au Congrès des Maires de France, pour éviter de se faire chahuter…

    Je ne vais pas aujourd’hui défendre celui que je critique depuis la formation de son gouvernement : une politique de petite Droite maquillée sous des discours grandiloquents, un gouvernement de débutants infantiles, la taxation maladive de toute activité productive, une destruction systématique des valeurs de la Gauche... Donc, va te faire voir, surtout quand tu envisages Valls, l’ami des blancos, comme solution de rechange. Nomme Valls, et on verra alors comment tu tiendras l’Extrême-Droite. No hope… The end.

    Tout le problème, c’est que cet insipide aux cheveux teints est notre président de la République. Il représente l’Etat et donc un peu nous tous, surtout vis-à-vis de l’étranger. Bref, faut faire gaffe, parce que là, on arrive à l’os. 

    Avec notre curieuse V° République, on élit un roi. Alors quand le mec chute, c’est tout le pouvoir qui dégringole avec lui. Les Belges, les British ou les Espagnols, sont tranquilles : quand rien ne va plus, il reste la royauté. Pour les Italiens ou les Allemands, la stabilité est un chef de l’Etat, en dehors du jeu politique. Mais nous, nous n’avons rien de cela.

    Le chef de l’Etat, c’est aussi l’Etat, et il faut donc que le mec se refasse une santé. La semaine dernière, sa géniale équipe de com’ expliquait qu’il allait se relancer avec des discours fondateurs sur la Première Guerre Mondiale. On mesure l’abîme, et la vitesse de chute... La liquéfaction de Hollande va atteindre la structure même de l’Etat, et c’est très inquiétant.  

    Il faut un cessez-le-feu, par respect pour la fonction. Mais il faut aussi que Hollande se planque, sorte du jeu et s'en tienne à sa panoplie de roi fainéant. Réfugié politique à l’Elysée, pour le bien de l’Etat.

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  • Jules Ferry: La supériorité de la race blanche, justification du colonialisme

    Le racisme en France, comme une maladie de notre société, inquiète devant les bouleversements de la mondialisation ? Non, le racisme revendiqué et raisonné est permanent dans notre histoire. Voici, à la tribune de la Chambre des députés, le 28 juillet 1885, un éloge de la supériorité de la race blanche : « Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ». Mais quel est ce rat, juste bon pour la correctionnelle ? C’est Jules Ferry, idolâtré comme l’incarnation des valeurs de la République... Je rappelle que pour inaugurer son mandat, François Hollande lui avait rendu hommage, le 15 mai 2012.

    Oui, mais j’entends déjà : « Il ne faut pas tout mêler, et Jules Ferry a fait des choses très bien pour l’école… ». Non, non, non : il faut admettre les faits, le racisme congénital au cœur de la République. Comment traiter un problème si on refuse de l’examiner ? Le jour où la France voudra réellement se donner une politique pour combattre le racisme, elle devra commencer par regarder son histoire et sa République en face. Et débaptiser une kyrielle de rues et d’écoles… Ce serait la fin d’un scandale. Dégagez-moi des écoles cette crapule qui fondait son action politique sur le devoir des races supérieures…

    Je reproduis ici l’extrait de son discours du 28 juillet 1885, issu des archives de l’Assemblée nationale.

    Après avoir fait un éloge de la politique coloniale, condition du progrès économique de la France, Jules Ferry en vient au second point : « le côté humanitaire et civilisateur de la question ».

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    M. Jules Ferry. Sur ce point, l'honorable M. Camille Pelletan raille beaucoup, avec l'esprit et la finesse qui lui sont propres ; il raille, il condamne, et il dit : Qu'est ce que c'est que cette civilisation qu'on impose à coups de canon ? Qu'est-ce sinon une autre forme de la barbarie ? Est-ce que ces populations de race inférieure n'ont pas autant de droits que vous ? Est-ce qu'elles ne sont pas maîtresses chez elles ? Est-ce qu'elles vous appellent ? Vous allez chez elles contre leur gré ; vous les violentez, mais vous ne les civilisez pas.

    Voilà, messieurs, la thèse ; je n'hésite pas à dire que ce n'est pas de la politique, cela, ni de l'histoire : c'est de la métaphysique politique... (Ah ! ah ! à l'extrême gauche.)

    Voix à gauche. Parfaitement !Jules_Ferry_1951_GF.jpg

    M. Jules Ferry ... et je vous défie - permettez-moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue, monsieur Pelletan -, de soutenir jusqu'au bout votre thèse, qui repose sur l'égalité, la liberté, l'indépendance des races inférieures. Vous ne la soutiendrez pas jusqu'au bout, car vous êtes, comme votre honorable collègue et ami M. Georges Perin, le partisan de l'expansion coloniale qui se fait par voie de trafic et de commerce.

    Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... (Rumeurs sur plusieurs bancs à l'extrême gauche.)

    M. Jules Maigne. Oh ! vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l'homme !

    M. de Guilloutet. C'est la justification de l'esclavage et de la traite des nègres !

    M. Jules Ferry. Si l'honorable M. Maigne a raison, si la déclaration des droits de l'homme a été écrite pour les noirs de l'Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer les échanges, les trafics ? Ils ne vous appellent pas ! (Interruptions à l'extrême gauche et à droite. - Très bien ! très bien ! sur divers bancs à gauche.)

    M. Raoul Duval. Nous ne voulons pas les leur imposer ! C'est vous qui les leur imposez !

    M. Jules Maigne. Proposer et imposer sont choses fort différentes !

    M. Georges Périn. Vous ne pouvez pas cependant faire des échanges forcés !

    M. Jules Ferry. Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... (Marques d'approbation sur les mêmes bancs à gauche - Nouvelles interruptions à l'extrême gauche et à droite.)

    M. Joseph Fabre. C'est excessif ! Vous aboutissez ainsi à l'abdication des principes de 1789 et de 1848... (Bruit), à la consécration de la loi de grâce remplaçant la loi de justice.

    M. Vernhes. Alors les missionnaires ont aussi leur droit ! Ne leur reprochez donc pas d'en user ! (Bruit.)

    M. le président. N'interrompez pas, monsieur Vernhes !Gobineau (1).jpg

    M. Jules Ferry. Je dis que les races supérieures...

    M. Vernhes. Protégez les missionnaires, alors ! (Très bien ! à droite.)

    Voix à gauche. N'interrompez donc pas !

    M. Jules Ferry. Je dis que les races supérieures ont des devoirs...

    M. Vernhes. Allons donc !

    M. Jules Ferry. Ces devoirs, messieurs, ont été souvent méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement, quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. (Très bien ! très bien !) Mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquit­tent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation.

    M. Paul Bert. La France l'a toujours fait !

    M. Jules Ferry. Est-ce que vous pouvez nier, est-ce que quelqu'un peut nier qu'il y a plus de justice, plus d'ordre matériel et moral, plus d'équité, plus de vertus sociales dans l'Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? Quand nous sommes allés à Alger pour détruire la piraterie, et assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée, est-ce que nous faisions oeuvre de forbans, de conquérants, de dévastateurs ? Est-il possible de nier que, dans l'Inde, et malgré les épisodes douloureux qui se rencontrent dans l'histoire de cette conquête, il y a aujourd'hui infiniment plus de justice, plus de lumière, d'ordre, de vertus publiques et privées depuis la conquête anglaise qu'auparavant ?

    M. Clemenceau. C'est très douteux !

    M. Georges Périn. Rappelez-vous donc le discours de Burke !

    M. Jules Ferry. Est-ce qu'il est possible de nier que ce soit une bonne fortune pour ces malheureuses populations de l'Afrique équatoriale de tomber sous le protectorat de la nation française ou de la nation anglaise ? Est-ce que notre premier devoir, la première règle que la France s'est imposée, que l'Angleterre a fait pénétrer dans le droit coutumier des nations européennes et que la conférence de Berlin vient de traduire le droit positif, en obligation sanctionnée par la signature de tous les gouvernements, n'est pas de combattre la traite des nègres, cet horrible trafic, et l'esclavage, cette infamie. (Vives marques d'approbation sur divers bancs.)indigénat.jpg

    Voilà ce que j'ai à répondre à l'honorable M. Pelletan sur le second point qu'il a touché.

    Il est ensuite arrivé à un troisième, plus délicat, plus grave, et sur lequel je vous demande la permission de m'expliquer en toute franchise. C'est le côté politique de la question.

    Messieurs, dans l'Europe telle qu'elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux que nous voyons grandir autour de nous, les uns par les perfectionnements militaires ou maritimes, les autres par le développement prodigieux d'une population incessamment croissante ; dans une Europe, ou plutôt dans un univers ainsi fait, la politique de recueillement ou d'abstention, c'est tout simplement le grand chemin de la décadence !

    Les nations, au temps où nous sommes, ne sont grandes que par l'activité qu'elles développent ; ce n'est pas « par le rayonnement des institutions »... (Interruptions à gauche el à droite) qu'elles sont grandes, à l'heure qu'il est.

    M. Paul de Cassagnac. Nous nous en souviendrons, c'est l'apologie de la guerre !

    M. de Baudry d'Asson. Très bien ! la République, c'est la guerre. Nous ferons imprimer votre discours à nos frais et nous le répandrons dans toutes les communes de nos circonscriptions.

    M. Jules Ferry. Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, en se tenant à l'écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure, toute expansion vers l'Afrique ou vers l'Orient, vivre de cette sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c'est abdiquer, et dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c'est descendre du premier rang au troisième ou au quatrième. (Nouvelles interruptions sur les mêmes bancs. - Très bien ! très bien ! au centre.) Je ne puis pas, messieurs, et personne, j'imagine, ne peut envisager une pareille destinée pour notre pays.

    Il faut que notre pays se mette en mesure de faire ce que font tous les autres, et, puisque la politique d'expansion coloniale est le mobile général qui emporte à l'heure qu'il est toutes les puissances européennes, il faut qu'il en prenne son parti, autrement il arrivera... oh ! pas à nous qui ne verrons pas ces choses, mais à nos fils et à nos petits-fils ! il arrivera ce qui est advenu à d'autres nations qui ont joué un très grand rôle il y a trois siècles, et qui se trouvent aujourd'hui, quelque puissantes, quelque grandes qu'elles aient été descendues au troisième ou au quatrième rang. (Interruptions.)jpg_PhiloColo.jpg

    Aujourd'hui la question est très bien posée : le rejet des crédits qui vous sont soumis, c'est la politique d'abdication proclamée et décidée. (Non ! non !) Je sais bien que vous ne la voterez pas, cette politique, je sais très bien aussi que la France vous applaudira de ne pas l'avoir votée ; le corps électoral devant lequel vous allez rendre n'est pas plus que nous partisan de la politique de l'abdication ; allez bravement devant lui, dites-lui ce que vous avez fait, ne plaidez pas les circonstances atténuantes ! (Exclamations à droite et à l'extrême gauche. - Applaudissements à gauche et au centre.) ... dites que vous avez voulu une France grande en toutes choses...

    Un membre. Pas par la conquête !

    M. Jules Ferry.  ... grande par les arts de la paix, comme par la politique coloniale, dites cela au corps électoral, et il vous comprendra.

    M. Raoul Duval.  Le pays, vous l'avez conduit à la défaite et à la banqueroute. 

    M. Jules Ferry. Quant à moi, je comprends à merveille que les partis monarchiques s'indignent de voir la République française suivre une politique qui ne se renferme pas dans cet idéal de modestie, de réserve, et, si vous me permettez l'expression, de pot-au-feu...(Interruptions et rires à droite) que les représentants des monarchies déchues voudraient imposer à la France. (Applaudissements au centre.)

    M. le baron Dufour. C'est un langage de maître d'hôtel que vous tenez là.

    M. Paul de Cassagnac. Les électeurs préfèrent le pot-au-feu au pain que vous leur avez donné pendant le siège, sachez-le bien !

    M. Jules Ferry. Je connais votre langage, j'ai lu vos journaux... Oh ! l'on ne se cache pas pour nous le dire, on ne nous le dissimule pas : les partisans des monarchies déchues estiment qu'une politique grande, ayant de la suite, qu'une politique capable de vastes desseins et de grandes pensées, est l'apanage de la monarchie, que le gouvernement démocratique, au contraire, est un gouvernement qui rabaisse toutes choses...

    M. de Baudry d'Asson. C'est très vrai !

    M. Jules Ferry. Eh bien, lorsque les républicains sont arrivés aux affaires, en 1879, lorsque le parti républicain a pris dans toute sa liberté le gouvernement et la responsabilité des affaires publiques, il a tenu à donner un démenti à cette lugubre prophétie, et il a montré, dans tout ce qu'il a entrepris...

    M. de Saint-Martin. Le résultat en est beau !LDH Le statut indigène 1919 150E.jpg

    M. Calla. Le déficit et la faillite !

    M. Jules Ferry. ...aussi bien dans les travaux publics et dans la construction des écoles... (Applaudissements au centre et à gauche), que dans sa politique d'extension coloniale, qu'il avait le sentiment de la grandeur de la France. (Nouveaux applaudissements au centre et à gauche.)

    Il a montré qu'il comprenait bien qu'on ne pouvait pas proposer à la France un idéal politique conforme à celui de nations comme la libre Belgique et comme la Suisse républicaine, qu'il faut autre chose à la France : qu'elle ne peut pas être seulement un pays libre, qu'elle doit aussi être un grand pays exerçant sur les destinées de l'Europe toute l'influence qui lui appartient, qu'elle doit répandre cette influence sur le monde, et porter partout où elle le peut sa langue, ses moeurs, son drapeau, ses armes, son génie. (Applaudissements au centre et à gauche.)

    Quand vous direz cela au pays, messieurs, comme c'est l'ensemble de cette œuvre, comme c'est la grandeur de cette conception qu'on attaque, comme c'est toujours le même procès qu'on instruit contre vous, aussi bien quand il s'agit d'écoles et de travaux publics que quand il s'agit de politique coloniale, quand vous direz à vos électeurs : « Voilà ce que nous avons voulu faire » soyez tranquilles, vos électeurs vous entendront, et le pays sera avec vous, car la France n'a jamais tenu rigueur à ceux qui ont voulu sa grandeur matérielle, morale et intellectuelle (Bravos prolongés à gauche et au centre. - Double salve d'applaudissements - L'orateur en retournant à son banc reçoit les félicitations de ses collègues.)

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    En phase avec la pensée de Jules Ferry, ce sale raciste qu'il faut virer des écoles

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