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racisme

  • Joyeux délire contre le festival Nyansapo

    Faire rempart à Le Pen... Leur maître mot… alors qu’ils ne font que se coucher devant Le Pen. Nouvelle illustration avec « l’affaire » du festival Nyansapo

    Que pasa ?

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    Un groupe militant très actif, le collectif Mwasi, organise un festival « afroféministe européen », du 28 au 30 juillet, en louant un lieu parisien, géré par une association. 

    On parait découvrir le débat sur l’afroféminisme, alors c’est un truc de juste 50 ans, lancé autour des mouvements noirs US et de la personne d’Angela Davis, qui explique que pour combattre le racisme, il faut renverser tout le système capitaliste. Le programme est joyeux, festif, mais la teneur est très intello, tendance politique, sous-tendance activiste. Très salutaire... L’objectif est de « construire des stratégies et des solidarités durables, grâce à l'organisation de concerts, d'ateliers, de tables rondes sur des thèmes comme « l'Afroféminisme dans la lutte anti-négrophobie, dépolitisation et blanchiment de l'intersectionnalité, comprendre le racisme et le sexisme contre les femmes noires… ». Les participants viennent de loin, et il ne faut pas perdre de temps avec le bavardage. Aussi, selon une tradition dans ce type de mouvements, un bon nombre de débats sont réservés, ici aux femmes blacks, et quelques autres aux blacks. C’est l’idée d’un nécessaire huis clos pour permettre à des paroles minoritaires et bafouées de s’exprimer. Un truc archi-répandu, comme au temps du MLF, ou encore de Nuit Debout. Un débat est connu, très bien connu. Mais s'il s'agit de femmes black, ça coince. Cherchez l'erreur.

    Donc, si je vais au festival Nyansapo, c’est que j’en connais la philosophie. Je serais bien accueilli, je pourrais discuter, manger, boire, participer à certains débats et à toutes les discussions informelles qui sont l'atout de ce genre de réunion. Simplement, d’autres débats sont réservés, et je ne pourrais pas dire que je suis surpris car ce festival militant est « afroféminsite ». Les « afroféminsites » se réunissent, où est le problème ? Si je vais à un festival de naturistes, il faudra au bout d’un moment que je foute à poil, ou sinon je resterai en salle d’attente, ce n’est pas plus compliqué que cela.

    Après, vient l’emballement de « tout le monde couché devant le FN », air connu. Le secrétaire départemental du FN à Paris, Wallerand de Saint-Just, balance un communiqué pour dénoncer la tenue d’un « festival interdit aux Blancs » ; la LICRA et SOS Racisme disent qu’en effet, quelle horreur, il faut réagir ; et Anne Hidalgo annonce qu’elle veut l’interdiction ce festival « interdit aux Blancs ». Le rempart anti-FN marche à merveille…

    Délirant…

    Tout d’abord, le collectif Mwasi n’est pas un service public, mais une association qui défend des opinions minoritaires. Mwasi ne gère pas une piscine municipale mais organise un festival militant, avec des réunions de travail dédiées à sa cause. Les organisateurs sont d’ailleurs plutôt cool en ouvrant une réunion politique si orientée à tous les publics. À ma connaissance, il n’est pas possible d’entrer à un congrès du PS ou des Républicains si on n’est pas invité... Discrimination ? Si j’organise un festival de jazz réservé aux blacks, ou que je loue un appartement réservé aux blancs, je fais de la discrimination. Mais quand sur une base militante, je conduis une action déterminée, je suis libre de m’organiser pour conforter mon groupe, ce n’est pas plus compliqué que cela, et c’est parfaitement en règle avec la loi. Faut-il un représentant de la direction dans toute réunion de la CGT ? Faut-il un catho au conseil d'administration de chaque mosquée ?

    Ensuite, l’objet de ce festival est à la liberté d’expression, si chère liberté d’expression qui est un pilier de l’État de droit dans une démocratie. Puis un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme de 1976 (Handyside), on sait que cette liberté vaut pour toutes les opinions, et mêmes celles qui choquent, qui heurtent ou qui inquiètent. La grande chance d’une démocratie est que toutes les idées puissent exprimer, ce qui permet de toutes les connaître, et le cas échéant de les combattre. Or, la réaction de Hidalgo, c'est la censure : on ne discute pas, on interdit… La seule réponse valable est de garantir cette liberté d’expression, en renforçant sa sécurité par la police si nécessaire. Et s’il y a des abus, faites un recours pour que ces abus soient jugés, no problem, mais on en parlera au tribunal, preuves à l'appui... La censure, c’est exactement le refus de débattre, car on a peur de l’argument. Le FN, la LICRA, SOS Racisme et la mairie de Paris ont tous  les moyens pour enclencher tous les débats qu’ils veulent, avec accès non-stop aux grands médias… Alors qu’ils se lancent, qu’ils développent leurs idées, qu’ils disent tout le mal qu’ils pensent de ce festival, lequel répondra et d'autant plus facilement que son action se fonde sur les grands et nobles principes des luttes sociales. Mais la censure... Demande d'interdiction d'un festival... Quand même...

    Ça serait d'ailleurs intéressant de connaître les savantes explications de la LICRA et de SOS Racisme, qui n’ont jamais rien fait contre la montée en puissance du FN. Le bilan  électoral montre qu’ils ont tout faux, mais ils continuent de professer…

    Bien triste, mais on peut essayer d’en rire. Aussi je me permets de signaler au FN, à la LICRA, à SOS Racisme et à la mairie de Paris que les loges franc-maçonnes se réunissent régulièrement, notamment à Paris, dans des réunions non-mixtes, à 95 % masculines, et à 80% blanches. Et les tiers n’ont même pas le droit de participer à leurs délicieux convents... Que fait donc la police ?

  • Alexis de Tocqueville enseigné dans les écoles Jules Ferry : apologie de crimes avec récidive

    9782213623160FS.gifDans notre brave société des « valeurs » et du « vivre ensemble », peut-on imaginer que les élèves se voient enseigner le respect d’un auteur vantant le massacre de populations civiles par nécessité politique, dans des écoles portant le nom d’un théoricien de l’inégalité des races ? D’un autre monde ? Et pourtant…

    Sur ce blog, le cas de Jules Ferry, mentor de Hollande, est bien connu, avec son célèbre discours à l’Assemblée nationale le 28 juillet 1885 : « Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (...) Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. » L’inégalité des races, donc le moteur du nazisme… Mais pas de problème, ce fin politique était par ailleurs un gentil garçon, alors maintes et maintes écoles ont été baptisées Jules Ferry. Cherchez l’erreur.

    Moins connu est le cas de son aïeul, Alexis de Tocqueville, penseur et acteur politique de la merveilleuse France du XIXème, exquis auteur De la démocratie en Amérique, ouvrage admiré… qui occulte comme une insignifiante banalité l’extermination du peuple indien d’Amérique du Nord.

    Mais notre génie, adoré de Sciences-Pipeau, s’était aussi lâché sur l’Algérie, comme chaud partisan de l’invasion en 1830.

    En 1798, le criminel de guerre Bonaparte Naboléon s’était – enfin – pris une dérouillée en Égypte, et l’Algérie se présentait comme l’occasion d’une revanche. D’où l’invasion de l’Algérie en 1830, avec la résistance populaire ordonnée autour de l’Émir Abd el-Kader, et en réponse les crimes de l’armée française exterminant les populations civiles et détruisant leurs biens. Notre précieux penseur était un fervent soutien, comme il l'exprime dans son livre Travail sur l’Algérie, en 1841 : « J'ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n'approuve pas, trouver mauvais qu'on brûlât les moissons, qu'on vidât les silos et enfin qu'on s'emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre ».

    En 1846, il poursuit en faisant l’apologie de l’apartheid, seul régime envisageable pour le bonheur des blancs : « Il doit donc y avoir deux législations très distinctes en Afrique parce qu’il s’y trouve deux sociétés très séparées. Rien n’empêche absolument, quand il s’agit des Européens, de les traiter comme s’ils étaient seuls, les règles qu’on fait pour eux ne devant jamais s’appliquer qu’à eux ».

    Eh oui, ça plait ou ça ne plait pas, mais c’est comme ça : dans les écoles portant le nom d’un précurseur des théories nazies sur l’inégalité des races, on donne une place en or à un apologiste des crimes contre l’humanité contre le peuple algérien, dans le contexte de la colonisation.  

    Tocqueville et Ferry, de leur temps, déconnaient à plein bourrin, c’est une chose. Mais que deux siècles plus tard, l’histoire officielle continue de masquer cette réalité et idolâtre ces partisans du crime, c’est grave et cela dit beaucoup de choses.

    Ce dessous un excellent texte d’Olivier Le Cour Grandmaison, publié dans Le Monde Diplomatique en juin 2001.

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    Quand Tocqueville légitimait les boucheries

    Olivier Le Cour Grandmaison

    La guerre d’Algérie a une longue histoire. Elle commence le 31 janvier 1830 lorsque Charles X décide de s’emparer d’Alger. Officiellement, il s’agit de venger une offense faite au consul de France par le dey Hussein et de détruire la piraterie qui sévit dans la région. Officieusement, l’objectif est de restaurer le prestige de la royauté et de prendre pied en Afrique du Nord pour éviter de laisser le champ libre à l’Angleterre. La monarchie de Juillet hérite du fardeau.

    L’« aventure » coûte cher, elle mobilise des effectifs militaires importants et elle rapporte peu. Des voix nombreuses s’élèvent à l’Assemblée pour exiger le retrait des troupes françaises, d’autres pour leur maintien et une occupation limitée, d’autres enfin préconisent la domination, la guerre à outrance indispensable pour détruire la puissance d’Abd el-Kader et ruiner les tribus qui le soutiennent. A la fin de l’année 1840, les partisans de cette politique l’emportent.

    Le 29 décembre, le général Thomas Bugeaud, qui vient d’être nommé gouverneur de cette colonie, arrive en Algérie. La véritable conquête débute avec massacres, déportations massives des populations, rapt des femmes et des enfants utilisés comme otages, vol des récoltes et du bétail, destruction des vergers, etc. Louis-Philippe d’abord, Louis-Bonaparte ensuite récompenseront les officiers par de prestigieuses promotions. Les monceaux de cadavres kabyles et algériens (1) permettent aux généraux de l’armée d’Afrique de faire de brillantes carrières.

    « J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre », écrit Alexis de Tocqueville avant d’ajouter : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux (2). »

    Ainsi s’exprime celui qui a écrit de la démocratie en Amérique lorsqu’il rédige, en octobre 1841, après avoir séjourné dans le pays, son Travail sur l’Algérie. La colonisation en général et celle de l’Algérie en particulier lui tiennent à cœur. Deux lettres, plusieurs discours sur les affaires extérieures de la France, deux voyages, deux rapports officiels présentés, en mars 1847, à la Chambre des députés, à quoi s’ajoutent de nombreuses observations et analyses disséminées dans sa volumineuse correspondance. Tocqueville théorise l’expansion française en Afrique du Nord.

    Fidèle à sa méthode, il rassemble une documentation importante, car il projette de rédiger un ouvrage sur l’Inde et la colonisation anglaise pour la comparer à celle menée par les Français dans la Régence d’Alger comme on disait alors. Enfin, il étudie le Coran et, au terme de ses lectures, conclut que la religion de Mahomet est « la principale cause de la décadence (...) du monde musulman ». Il faut donc tenir Tocqueville pour une figure importante de la colonisation moderne à laquelle il a consacré beaucoup de temps et d’énergie entre 1837 et 1847.

    Qu’en disent les spécialistes français ? Peu de choses. Soit ils feignent d’ignorer ce corpus fort riche, soit ils euphémisent les positions de leur idole afin de ne pas nuire à son image de libéral et de démocrate (3). Il est vrai que la fréquentation assidue de De la démocratie en Amérique et de L’Ancien Régime et la Révolution est plus propice aux canonisations académiques que l’examen précis des textes qui portent sur l’Algérie. Ces textes, pourtant tous publiés, ne hantent pas les membres de l’honorable république des lettres qui explorent la pensée de Tocqueville, et s’émerveillent de la subtilité de ses analyses. On y apprend pourtant beaucoup sur certaines de ses conceptions et, plus largement, sur les premières années de la conquête, sur les origines et l’organisation de l’État colonial. On y découvre le Tocqueville apôtre de la « domination totale » en Algérie et du « ravage du pays (4) ».

    L’importance qu’accorde Tocqueville à la conquête de ce pays s’appuie sur des analyses de la conjoncture internationale et de la place de la France dans le monde, d’une part, et sur l’évolution des mœurs nationales, d’autre part. L’écrivain n’a que mépris pour la monarchie de Juillet qu’on découvre, sous sa plume, médiocre et pusillanime. Néfaste pour les affaires intérieures du pays, ce régime l’est plus encore pour les affaires extérieures en une période où la crise de l’Empire ottoman, en Afrique et au Proche-Orient notamment, bouleverse la situation dans les régions concernées et crée des occasions nouvelles pour les puissances européennes. Encore faut-il, pour s’en saisir, faire preuve d’audace et ne pas craindre l’Angleterre.

    Mettre un terme au déclin de la France, restaurer son prestige et sa puissance, telle est l’obsession de Tocqueville qui est convaincu que, en l’absence d’une vigoureuse politique de conquêtes, le pays sera bientôt relégué au second rang et la monarchie menacée dans son existence même. Dans ce contexte, se retirer d’Algérie serait irresponsable. Il faut y demeurer, et le gouvernement doit encourager les Français à s’y installer pour dominer le pays et contrôler aussi la Méditerranée centrale, grâce à la construction de deux grands ports militaires et commerciaux : l’un à Alger, l’autre à Mers El-Kébir.

    La réalisation de ces desseins est propre à restaurer l’orgueil national qui est attaqué par « l’amollissement graduel des mœurs »d’une classe moyenne dont le goût des « jouissances matérielles » se répand dans l’ensemble du corps social en lui donnant « l’exemple de la faiblesse et de l’égoïsme (5) ». La guerre et la colonisation se présentent donc comme des remèdes aux maux sociaux et politiques qui affectent la France. C’est pourquoi Tocqueville se prononce pour des mesures radicales qui doivent permettre de s’emparer sans coup férir de l’Algérie et de rompre avec dix ans d’atermoiements.

    « La guerre d’Afrique est une science »

    Dominer pour coloniser et coloniser pour assurer la pérennité de la domination, telles sont les orientations qu’il n’a cessé de défendre. Quant aux moyens, ils sont dictés par les fins... Abd el-Kader se déplace constamment dans le pays en s’appuyant sur de nombreuses tribus qui lui procurent des hommes, des armes et de la nourriture ; il faut traquer le premier sans relâche et, surtout, anéantir les structures économiques et sociales des secondes afin d’atteindre les fondements de la puissance de ce chef et de ruiner son prestige.

    Après s’être prononcé en faveur de l’interdiction du commerce pour les populations locales, Tocqueville ajoute : « Les grandes expéditions me paraissent de loin en loin nécessaires : 1° Pour continuer à montrer aux Arabes et à nos soldats qu’il n’y a pas dans le pays d’obstacles qui puissent nous arrêter ; 2° Pour détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd el-Kader (6). »

    L’auteur de De la démocratie en Amérique approuve sans réserve et défend, publiquement et à plusieurs reprises, les méthodes de Bugeaud. Elles consistent à mettre le pays à sac, à s’emparer de tout ce qui peut être utile pour l’entretien de l’armée en « faisant vivre ainsi la guerre par la guerre », comme l’affirme le général Lamoricière, et à repousser toujours plus loin les autochtones de façon à s’assurer de la maîtrise complète des territoires conquis. Ces objectifs une fois atteints par l’emploi d’une terreur de masse autoriseront l’implantation et le développement de nombreuses colonies de peuplement, qui rendront impossible le retour des anciennes tribus.

    Tocqueville ne compte pas uniquement sur la puissance du sabre, il entend couvrir ces usurpations et les étendre par le recours à la force du droit. Il prévoit la mise en place de tribunaux d’exception qui, au moyen d’une procédure qu’il qualifie lui-même de « sommaire », procéderont à des expropriations massives au profit des Français et des Européens. Ainsi pourront-ils acquérir des terres à bas prix et faire vivre des villages que l’administration coloniale aura pourvus de fortifications, d’une école, d’une église et même d’une fontaine, précise le député de Valognes, soucieux du bien-être matériel et moral des colons. Regroupés en milices armées dirigées par un officier, ils assureront la défense et la sécurité de leurs personnes et de leurs biens cependant que le réseau formé par ces villages permettra de tenir efficacement les régions conquises. Quant aux populations locales, repoussées par les armes puis dépouillées de leurs terres par les juges, elles décroîtront sans cesse, affirme Tocqueville.

    Tel qu’il le conçoit, tel qu’il s’est structuré aussi, l’Etat colonial se présente d’emblée comme un double Etat d’exception par rapport au régime qui prévaut dans la métropole : il repose sur deux systèmes politico-juridiques de nature différente qui s’organisent, en dernière analyse, sur des fondements raciaux, culturels et cultuels. Celui qui est applicable aux colons leur permet de jouir seuls de la propriété et de la possibilité d’aller et venir mais d’aucune des libertés politiques, car toutes doivent être suspendues en Algérie, selon Tocqueville. « Il doit donc y avoir deux législations très distinctes en Afrique parce qu’il s’y trouve deux sociétés très séparées. Rien n’empêche absolument, quand il s’agit des Européens, de les traiter comme s’ils étaient seuls, les règles qu’on fait pour eux ne devant jamais s’appliquer qu’à eux (7). »

    C’est clair, précis et concis. Les hommes venus de cette Europe glorieuse et éclairée ont droit aux droits ; quant aux autres, aux « barbares », ils ne sauraient goûter aux plaisirs de l’égalité, de la liberté et de l’universalité de la Loi. Ni aujourd’hui ni demain puisque Tocqueville ne fixe aucun terme à cette situation. Aussi n’est-il pas surprenant que le second système, celui qui est applicable aux Kabyles et aux Arabes, ressortisse à un état de guerre permanent destiné à les maintenir sous le joug brutal des colons et d’une administration dotée de pouvoirs exorbitants.

    En 1847, après plusieurs années de conflits impitoyables, Tocqueville écrit avec emphase : « L’expérience ne nous a pas seulement montré où était le théâtre naturel de la guerre ; elle nous a appris à la faire. Elle nous a découvert le fort et le faible de nos adversaires. Elle nous a fait connaître les moyens de les vaincre et (...) d’en rester les maîtres. Aujourd’hui on peut dire que la guerre d’Afrique est une science dont tout le monde connaît les lois, et dont chacun peut faire l’application presque à coup sûr. Un des plus grands services que M. le maréchal Bugeaud ait rendus à son pays, c’est d’avoir étendu, perfectionné et rendu sensible à tous cette science nouvelle (8). » Les crimes de l’armée et de l’Etat français en Algérie, les discriminations érigées en principe et inscrites dans le droit : des exceptions ? Une longue histoire.

    Olivier Le Cour Grandmaison

     

    Auteur de Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial,Fayard, Paris, 2005.

     

    (1) Dans un ouvrage qui appartient à la littérature apologétique, Pierre Montagnon écrit à propos des victimes : « 500 000 ? Un million ? La vérité doit se situer entre ces chiffres. Diminuer serait amoindrir une terrible réalité. » La Conquête de l’Algérie, Paris, Pygmalion, 1986, p. 414. A rapporter au nombre total d’habitants estimé, selon l’historienne Denise Bouche, à « environ trois millions d’habitants » en 1830. D. Bouche. Histoire de la colonisation française, tome II, Paris, Fayard, 1998, p. 23.

    (2) Alexis de Tocqueville, Travail sur l’Algérie. in oeuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1991, p. 704 et 705.

    (3) A l’exception notable de Tzvetan Todorov qui a présenté plusieurs textes de Tocqueville sur l’Algérie. Cf. De la colonie en Algérie, Complexe, Bruxelles 1988 et, du même auteur, Nous et les Autres, Seuil, Paris, 1989, « Tocqueville », pp. 219-234.

    (4) Alexis de Tocqueville, Travail sur l’Algérie, op. cit, p. 699 et 706.

    (5) Alexis de Tocqueville, Lettre à John Stuart Mill, 18 mars 1841, in oeuvres complètes, Correspondance anglaise, tome VI, 1, Gallimard, Paris, 1954, p. 335.

    (6) Alexis de Tocqueville. Travail sur l’Algérie, op. cit, p. 706.

    (7) Idem, p. 752.

    (8) Alexis de Tocqueville, « Rapports sur l’Algérie », in œuvres complètes, op. cit, p. 806.

     

  • « Le temps judiciaire joue pour Fillon » : Ah bon ?

    Hier, notre belle presse nous expliquait doctement que, vu le calendrier, Fillon ne risque pas de mise en examen avant le premier tour de l’élection présidentielle. Donc, en gros, le Parquet fait de la gesticulation. C’est un peu plus compliqué...

    Fillon entretient cette « vérité alternative » en affirmant qu’il renoncera s’il est mis en examen. Sous-entendu, « les juges n’auront pas le temps de me mettre en examen, et donc je serai candidat ».  Sauf que dans un dossier aussi simple, la mise en examen, qui peut être très rapide, n’est pas un passage obligé..

     

    I

    L’AFFAIRE…

     

    Nous sommes sur une affaire simple. Il s’agit de savoir si une série de contrats de travail, bien rémunérés, avaient une contrepartie effective au bénéfice de celui qui paye, ou s'il y avait la volonté de bénéficier d’une rémunération indue. Dans une telle affaire, l’auteur de l’infraction et le receleur sont indissociables.

    - François, t’es tout rouge…

    - Je l’aime…

    1/ Le volet « assemblée »

    Outre sa rémunération, un député dispose d’une somme de 9.561 € par mois pour rémunérer des collaborateurs, jusqu’à cinq. Selon le règlement de l’Assemblée nationale, le collaborateur joue « le rôle que chaque député lui fixe à l’intérieur de l’équipe qu’il a recrutée ». L’emploi doit donc correspondre à un travail prédéterminé.

    - Dis, François, pourquoi du tousses ?

    - Je ne tousse pas, je chantonne...

    L’infraction, c’est le détournement de fonds publics (Code pénal, art. 432-15), qui sanctionne le fait de faire bénéficier d’une rémunération sans travail effectif, le bénéficiaire étant alors receleur.

    - Là, tu parles de moi, je suis choquée !

    - Non, Pénélope, j’explique juste la loi pénale.

    On voit déjà l’argumentation : l’homme politique ne détient pas l’argent. Il propose, mais ne dispose pas. Juridiquement, la dépense est le fait de la compta de l’Assemblée… Sauf que dans un arrêt du 30 mai 2001 (n° 00-84102), la Cour de cassation, en chambre criminelle, a jugé que le critère était d’avoir la « disposition de la dotation sur laquelle était imputée la dépense ». Donc, l’Assemblée ordonne la dépense dès lors que le critère formel est respecté – embauche dans la famille, selon les critères réglementaires – mais c’est le député qui a sa disposition « l’imputation de la dépense ».

    2/ Le volet « La Revue des deux mondes »

    On change d’infraction, pour se retrouver avec un grand classique, l’abus de biens sociaux, car le payeur est un organisme privé.

    Là aussi se pose la question du travail effectif au service de la revue.

    3/ La prescription

    La prescription, de trois ans pour de telles infractions ? Selon une jurisprudence établie, elle joue à partir du moment où les autorités de poursuites ont été en moyen d’apprécier la possibilité de l’existence d’une infraction. Selon le règlement de l’assemblée, l’embauche de l’épouse est licite… Ce sous réserve que cet emploi corresponde à une prestation effective au service du parlementaire, en fonction du rôle qui lui a été donné par ce parlementaire, donc impossible de savoir. De plus, au regard de la séparation des pouvoirs, le Parquet, autorité judiciaire, ne peut pas d'emblée se mêler du travail parlementaire.

    Donc pas de prescription. J’ajoute que les parlementaires viennent de voter une loi pour remettre en cause ce régime de la prescription, mais la règle ne jouera que pour l’avenir. C’est marron pour Fillon

     

    II

    L’ENQUETE

     

    1/ Une enquête trop rapide ?

    C’est la critique la plus idiote. Le Parquet, lisant la presse, découvre des éléments susceptibles de constituer des infractions pénales, et en application de l’article 40 du code de procédure pénale, il peut ouvrir une enquête.

    Le Parquet n’est pas exactement un demeuré, et il comprend vite que, du fait de ces révélations, il se retrouve au cœur de la présidentielle.

    Il peut faire semblant de n’avoir rien entendu, et laisser passer six mois pour que la présidentielle se déroule tranquillement… Sauf qu’une telle affaire porte violemment atteinte à l’ordre public, et va amener à des réactions tous azimuts. En charge de l’application de la loi pénale, il se doit d’agir pour assurer sa maîtrise des poursuites en fonction des événements qui marquent l’opinion. C'est une manière de forger l’adhésion à la loi – et à l’esprit de justice – ce qui est la base la société.

    Aussi, l’ouverture immédiate d’une enquête préliminaire après des révélations d’impact national est le plus logique des actes de procédure.

    2/ Comment prouver la réalité de ce travail ?

    C’est l’enjeu de l’enquête. Quand il y a tout d’un système à reconstituer, cela peut justifier d’une instruction, mais avec cette affaire, la matière de l’enquête paraît assez simple.

    Volet parlementaire

    S’il y un travail effectif, on va retrouver une masse d’appels téléphoniques et d’e-mails, montrant ce travail, comme pour tout un chacun, outre les agendas et les documents. Facile à vérifier car Fillon a donné le cadre : relecture de discours, prise de rendez-vous, participation des manifestations publiques, et revue de presse. Et puis toutes sortes de précisions pratique sur ce travail: le lieu, les interlocuteurs, l'organisation... Pas besoin de juge d’instruction pour une telle enquête.

    Fillon lui-même reconnait que c'est simple. Il a dit qu'il avait toutes les preuves, mais qu'il les réservait à la justice, et il a mandaté son avocat pour apporter un premier lot de preuves aux enquêteurs.

    Fillon travaillait avec son épouse, et lui versait les 4.750 € prévus par le statut. Faisons les crédules, et admettons. Mais quand Fillon devient ministre, et qu’il est remplacé par son suppléant, Marc Joulaud, Madame abandonne son héros de mari, pour se dévouer à Marc Joulaud, et celui-ci est tellement admiratif du travail qu’il double la paie, pour arriver aux 8.000 € par mois. Là encore, la police va demander de justifier des appels téléphoniques, des échanges de e-mails, et des agendas, avec le suppléant devenu député.

    Le Marc Joulaud n’est manifestement pas trop costaud. En juin 2012, il s’est pris une raclée devant Stéphane le Foll, qui l’a emporté avec 59,45 %. Depuis, il a été recyclé parlementaire européen, ce qui est un scandale de plus, avec ce pseudo-souverainiste de Fillon qui considère le Parlement européen comme la maison de retraite de son suppléant.

    Volet « Revue des deux mondes »

    Même simplicité de l’enquête pour la collaboration avec le suppléant, et a Revue des deux mondes. Tu montres ton contrat, la réalité de ton travail via les échanges de mails, ou ça chauffe...

     

    III

    ALORS, LES SUITES PENALES ?

     

    Les enquêteurs n’ont que peu de témoins extérieurs à entendre, et les investigations sont simples. Aussi, une audition de toutes les personnes concernées d'ici quinze jours est possible. Sous la pression médiatique, Fillon va d'ailleurs bientôt demander à être entendu, genre je n'ai rien à cacher.

    1/ La mise en examen n’est pas un passage obligé

    Nous sommes actuellement dans la phase de l’enquête préliminaire, sous la direction du Parquet. L’enquête préliminaire, c’est le travail policier de base. Si on passe à l’information judiciaire, sous le contrôle du juge d’instruction, on accède à de nouveaux moyens d’investigation, mais dans la mesure où l’enquête préliminaire, par les interrogatoires et les investigations courantes, dont les perquisitions, permet d’en savoir suffisamment, il n'y a pas lieu de saisir un juge d'instruction... et donc il n'y a pas de mise en examen. Lorsqu’une personne est entendue dans le cadre de l’enquête préliminaire, elle a désormais droit à l’assistance d’un avocat, alors tout va très bien.

    - Les procédés simplistes de mon collaborateur ne nécessitent pas de passer par une mise en examen, réservée aux affaires sérieuses !

    - T'as raison, Sarko.

    Aussi, c’est méconnaître la procédure pénale que de relativiser cette phase. Dans l’immense majorité des cas, plus de 90 %, l’enquête préliminaire suffit pour prendre la décision d'orientation du dossier. Si l’enquête préliminaire laisse apparaître des éléments concrétisant les charges, le Parquet peut alors faire citer directement les personnes concernées devant le tribunal correctionnel.

    2/ Une mise en examen, s'il le faut, peut intervenir rapidement

    C’est seulement si l'affaire parait trop complexe qu’il est alors nécessaire de mettre fin à l’enquête préliminaire pour ouvrir une information judiciaire, confiée à un juge d’instruction.

    Si le juge instruction découvre qu’il existe des charges sérieuses contre telle ou telle personne, il a alors l’obligation de prononcer la mise en examen, qui est un droit de la défense. Et il doit alors le faire sans délai, pour que le procès soit équitable.

    *   *   *

    Donc keep cool. Le sabreur des 500 000 emplois n’a pas eu le temps de détruire les services publics de la police et de la justice, qui sauront traiter au mieux cette curieuse et argentée histoire familiale.

    Après, à supposer que tout ceci soit légal, la destruction politique va jouer tout son effet, et c'est bien parti. Comment un gus, qui connaît tout de cette histoire familiale, peut-il oser se porter candidat à l’élection présidentielle ? Fillon, qui vantait son exemplarité va s’effondrer dans les sondages, ce qui va très vite créer la rébellion au sein des Républicains. Ils attendent leur heure, et ne laisseront pas passer 2017. Mais alors qui pour remplacer Fillon : Juppé ? Sarko ? Raffarin, Wauquiez ? Dati ?

  • Elie Domota : A l’égard des Noirs, le négationnisme est toléré

    Le 28 août à Sablé-sur-Sarthe, le presque président de la République François Fillon affirmait joyeusement que « la France n'est pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord ». Partage de culture pour un crime contre l’humanité, le révisionnisme peinard…

    France 2 avait invité Elie Domota, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) à apporter la contradiction à François Fillon, mais l’ami Elie a osé dire qu’il s’agissait de propos racistes, et le reste de son intervention a été rendu inaudible. L’Humanité l’a interrogé, pour qu’il puisse exposer son point de vue. Point de vue que l’approuve sans réserves.

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    Fondamentalement, M. Fillon est un colon. 

    Entretien de Elie Domota avec Sébastien Crépel

     

    Vous avez accusé jeudi François Fillon d’avoir tenu des propos racistes quand il a déclaré à Sablé-sur-Sarthe, le 28 août : « La France n'est pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord », mais les téléspectateurs de France 2 n’ont pas pu entendre la fin de votre réponse. Qu’entendez-vous par là ?

    Elie Domota - Lors de la préparation de l’émission, France 2 m’avait assuré que je disposerais d’un temps de parole pour développer mes arguments, mais cela n’a pas été le cas. Ce que je voulais dire à François Fillon, c’est que ces propos sont tenus par trop de responsables politiques. Il faut rappeler qu’en 1635, lorsque des mercenaires sont envoyés par Richelieu, ils ont pour mission de coloniser la Guadeloupe et la Martinique. Il s’ensuit une longue décennie d’assassinats, de viols de meurtres et de massacres des Indiens sur l’île. C’est comme cela que le royaume de France est devenu propriétaire de la Guadeloupe, par le sang et par le meurtre. François Fillon appelle cela le « partage de la culture » ; moi, j’appelle cela conquête coloniale, meurtre et vol des terres. La France est alors allée chercher des Africains pour les déporter et les réduire en esclavage durant 400 ans. Toujours en vertu du « partage de la culture » selon M. Fillon, ont ensuite été organisés de véritables « élevages de nègres » pour en finir avec les révoltes d’esclaves, car Il est plus facile de dominer un être humain dès la naissance que de dominer un adulte qui connaît ses origines pour créer un être soumis. Il faut attendre la Révolution française pour que la première abolition de l’esclavage voie le jour en Guadeloupe. Mais en 1802, les troupes de Napoléon rétablissent l’esclavage. J’aurais aussi voulu rappeler à François Fillon que cette guerre a coûté aux forces guadeloupéennes des milliers de victimes avec, cerise sur le gâteau, plus de trois cents décapités en place publique à Pointe-à-Pitre. La France n’a certes pas inventé la décapitation, mais elle l’a commise contre des Guadeloupéens, qui étaient des Français. C’était encore la République à l’époque ! Et en 1848, lors de la deuxième abolition de l’esclavage, la République a déclaré que c’était une atteinte à la dignité humaine, mais elle a indemnisé les propriétaires, et non leurs victimes. La colonisation, c’est la violence pour s’approprier le bien d’autrui, parce qu’on considère qu’autrui est inférieur. Cette conception perdure, camouflée dans une prétendue mission civilisatrice de la France, de Jules Ferry à Nicolas Sarkozy, Manuel Valls ou François Fillon aujourd’hui. Fondamentalement, M. Fillon est un colon. Il a la même philosophie, il se considère comme un être supérieur par rapport aux "sauvages" auxquels on a appris ce qui lui semble bon à ses yeux.

    François Fillon vous a répondu que si la colonisation vue selon les « critères d’aujourd’hui » est effectivement condamnable, il refuse la « repentance », estimant que la France n’a inventé ni l’esclavage ni la colonisation, que bien d’autres pays ont aussi pratiqués. N’est-ce pas relativiser le crime qu’a constitué la colonisation ?

    Elie DomotaTout à fait, il est même dans une attitude d’apologie de crime contre l’humanité. Imagine-t-on François Fillon déclarer que les troupes allemandes sont venues occuper la France pour partager leur culture germanique ? Jamais cela ne lui viendrait à l’esprit. Mais à l’égard des Noirs en général, le négationnisme est toléré. François Fillon doit cesser de vanter pour autrui ce qu’il ne voudrait pas pour lui-même. On ne demande à personne de pleurer sur notre sort. M. Fillon, tout comme l’ensemble des Français, ne sont ni responsables ni coupables de cette histoire, mais ils en ont hérité, et le gouvernement français, quel que soit son bord politique, doit l’assumer et ne pas se voiler la face en prétendant que, sous prétexte qu’ont été construits des routes, des chemins de fer et des dispensaires, la France a oeuvré au développement du pays. Car la colonisation repose toujours sur le principe que le colonisé est inférieur à vous, que sa culture et sa musique, sa langue ne sont rien, et qu’au final lui-même n’est rien, et qu’il faut donc lui imposer votre langue, votre religion, vos coutumes. C’est une entreprise de déshumanisation, de négation des individus. Tuer des gens et prendre leur bien n’est pas du partage de culture, en 1635 comme en 2016.

    A Sablé-sur-Sarthe, François Fillon a également déclaré que l’école ne devrait pas « apprendre aux enfants à comprendre que le passé est source d'interrogations » et à « faire douter de notre histoire ». N’est-ce pas là aussi une volonté de nier, jusque dans les programmes scolaires, ce qu’a été réellement la colonisation ?

    Elie Domota - On retrouve cette pression sur l’enseignement de l’histoire visant à exonérer la France de ses responsabilités en tant que puissance coloniale et esclavagiste, et même, à la limite, à rendre les victimes responsables de leur situation. Un exemple : en mai 2015, François Hollande est venu inaugurer le mémorial ACTe à Pointe-à-Pitre. Qu’y voit-on ? Que ce sont les Africains qui ont vendu leurs frères, et que les Européens, passant par là, les ont donc achetés comme esclaves. Comme si les bateaux étaient arrivés par hasard ! Deuxième chose, il est dit que c’est grâce à la religion chrétienne que les Noirs sont sortis de l’idolâtrie. Rien sur la bulle du pape Nicolas V qui, en 1454, a encouragé le pillage des terres et les meurtres des païens ! L’apprentissage est aussi une question de domination.

    Vous avez demandé à François Fillon qu’il se prononce en faveur de l’annulation des textes qui, à partir de 1848, indemnisent les anciens propriétaires d’esclaves, mais il a refusé, au nom, là aussi, de son désaccord avec la « repentance »…

    Elie Domota - Cela n’a rien à voir avec la repentance. Nous demandons une remise en état pour que le vivre-ensemble ait un sens. Nous disons à M. Fillon : êtes-vous prêts à annuler ces textes pour oeuvrer à une redistribution des terres pour que nous vivions dans une société plus juste et équitable, et à cette question il répond non. A partir de 1848, le pouvoir des propriétaires blancs a été renforcé, et les anciens esclaves ont été jetés dans la précarité, et aujourd’hui, nous sommes toujours dans la même configuration. Les héritiers des maîtres d’esclaves sont propriétaires des usines, ils siègent dans les conseils d’administration des banques, et les descendants d’esclaves sont pour la plupart ouvriers. Nous demandons que toutes les terres acquises de façon criminelle fassent l’objet d’une redistribution. Comment peut-on venir nous parler, sinon, de liberté, d’égalité et de fraternité ?

    Quelles actions envisagez-vous pour obtenir cette « remise en état » ?

    Elie Domota Nous avons demandé en mai 2015 au tribunal de nommer un groupe d’experts pour évaluer le préjudice subi par les colonisés, et de mettre à l’étude une réforme agraire pour la redistribution des terres acquises dans le cadre de l’esclavage et de la colonisation. Nous avons accompagné cette requête de deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) pour savoir si les textes qui prévoient l’indemnisation des propriétaires d’esclaves sont conformes à la Constitution française. En droit français comme dans le droit international d’ailleurs, le criminel ne peut pas tirer bénéfice de son crime, il est sanctionné et et la victime est indemnisé. Mais un an et demi plus tard, nous n’avons toujours pas de réponse. Le dossier est encore devant le tribunal de Pointe-à-Pitre, alors qu’il faut en moyenne deux mois à une QPC pour être présentée devant la Cour de cassation…

  • Un mur anti-étrangers en France

    Aïe aïe aïe, c’est la décrépitude ! En cette fin d’année 2016, on va construire en France un mur pour bloquer les étrangers. Je suis consterné. Consterné par cette décision, et consterné par le consensus qui l'accueille. Invraisemblable… Comment être tombé si bas ? Trump en parle, mais nous, nous le faisons. C’est dingue !

    C’est à Calais, un truc de plus pour bloquer la fameuse « jungle », 7.000 personnes à ce jour. Ce sera un mur en béton d’un kilomètre, haut de 4 mètres, équipé de caméras de surveillance et d'un système «anti-franchissement type OTAN». Excellente référence !

    Le but est bien sûr la sécurité, la nouvelle déesse pervertie de notre République malade, car si l’on veut empêcher les migrants d'accéder à la rocade menant au port de Calais, prolongeant le système de clôture actuel, c’est pour « sécuriser les automobilistes ». A l’extérieur, le mur sera végétalisé, pour faire écolo, mais à l’intérieur, le mur restera lisse pour éviter «aux migrants de grimper», selon les techniciens de la Direction interdépartementale des routes de la région qui est le maître d'ouvrage. Donc c’est aussi pour leur sécurité. Bande de faux-culs…

    Le coût sera d’environ trois millions d'euros, outre l’entretien de la surveillance informatique, financé par la Grande-Bretagne. Le ministre de l’Immigration, Robert Goodwill, explique que ce mur prend place parmi d’autres équipements « de sécurité » pour un montant de 20,2 millions d’euros. 20,2 millions d’euros pour 7.000 personnes. Oki ?

    Pour Jean-Marc Puissesseau, boss du port Boulogne-Calais ce mur est «une satisfaction, l'espoir de se protéger des assauts des migrants et d'envisager un avenir plus serein». Si toutefois il n'y avait pas de démantèlement de la jungle par les autorités dans les prochains mois, il demanderait au gouvernement français «la réalisation totale du mur jusqu'à l'A16». T’as raison, Jean-Marc, faut pas mollir…

    Voilà où nous en sommes.

    Trois burkinis sur la plage de Nice, c’est une atteinte aux valeurs de la République, et tout le bastringue.

    Un mur de 4 mètres de haut comme réponse de deux pays riches – 5eme et 6eme puissances du monde, regroupant plus de 120 millions d’habitants – à 7.000 personnes en grande précarité, demandant une chance pour reconstruire leur vie, ça ne pose aucune atteinte aux valeurs de la République, ni au bastringue.

    Là, chères amies, chers amis, on voit qu’il y a du dégât…

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