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  • Carnaval de Rio : Strings et crucifix vont cohabiter

    carnival_06.jpgLes juges de Rio de Janeiro autorisent le retour des crucifix sur les chars du carnaval. Un décret municipal, qui jugeait cette cohabitation contre nature, vient d’être annulé.

    Il fait chaud à Rio, surtout quand on danse la samba un soir de carnaval, avec quelques caipirinha au fond du gosier. Alors, on en vient vite aux tenues légères,… et c’est la malédiction qui attend les magnifiques danseuses brésiliennes : le costume, léger voire très léger, se limite parfois au string et à quelques plumes. Ajoutons que le carnaval est une fête grandiose, qui ne se limite pas aux données strictement intellectuelles. Ainsi, le gouvernement brésilien a prévu de distribuer plus de 20 millions de préservatifs pendant les cinq jours du carnaval. Quelle santé !

    Là où ça se complique, c’est que le carnaval de Rio emballe l'ambiance dans des terres très catholiques. Un ode à Eve, et une Eve épicée, certes, mais la cohabitation charnelle, et somme toute assez fiévreuse, entre les seins nus des danseuses et les symboles sacrés catholiques, faisait tousser plus d’un. Le carnaval, cette grande fête païenne, ne laisse pas l’Eglise indifférente. Les dates des 5 jours de la fête sont d’ailleurs calées sur le calendrier chrétien, du vendredi précédent la semaine du Carême au mercredi des Cendres.

    Les amours contrariés de l’Eglise et du festival ont commencé en 1989,  quand une école de samba avait représenté sur son char peuplé de mendiants une réplique de la statue du Christ Rédempteur, le symbole de Rio. Devant les protestations,  la statue avait été recouverte d'un grand voile noir, genre burqa XXL, agrémenté d’une banderole qui plastronnait : « Même interdit, regardez-moi ! »

     

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    Ca n’avait pas fait rire tout le monde, et au fil du temps, les écoles de samba se sont imposées une sorte d’autocensure. Ce ne sont pas les danseuses qui se rhabillées, rassurez-vous, mais les symboles catholiques qui se sont raréfiés. Avec, en point d’orgue, un décret du maire de Rio de mars 2007, interdisant l'utilisation de ces symboles sur les chars du défilé. Un peu de morale mal placée, mais problème,… avec un argument de droit.

    Le plus grand pays catholique du monde proclame la liberté religieuse avec l’article 5 de la Constitution : « Est inviolable la liberté de conscience et de foi, étant assuré le libre exercice de cultes religieux, la protection des locaux de culte et leurs liturgies, dans la forme de la loi ». Ca, c’est parfait. Mais après ça se complique, et en particulier avec l’article 208 du Code pénal qui interdit de « vilipender publiquement les objets de culte ». Une infraction cousine du blasphème.   

    Voici ce texte (Merci à notre équipe de traducteurs):

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    Outrage au culte religieux et empêchement ou perturbation de tout acte avec rapport à celui-ci.

     

    Article 208 -  Se moquer publiquement d'une personne, au motif de sa croyance ou de sa fonction religieuse, empêcher ou perturber une cérémonie ou pratique religieuse, vilipender acte ou objet ayant rapport avec un culte religieux:

     

    Peine - Détention, d'un mois jusqu'à une an, ou amende.

     

    Paragraphe unique - S'il y a emploi de la violence, la peine est augmentée d'un tiers, sans préjudice de la violence correspondante.

    C’est dire que le décret municipal ne venait pas seulement du Saint-Esprit.

     

    Le syndicat CGT des danseuses aux seins nus a saisi la justice, et le tribunal de Rio vient d’annuler ce texte, estimant qu’il violait la liberté d'expression et constituait une « censure préalable ». S'il y a abus, la justice pourra être saisie, mais pas d'interdiction préalable.

     

    Cette décision, comme l’explique l’AFP, a une véritable portée.  Un historien, Luis Antonio Simas, explique que les symboles religieux indiens et africains étaient admis dans les défilés et que seules les représentations liées au catholicisme faisaient l'objet d'interdiction. L’écrivain Alberto Mussa, rappelant que, jusqu'en 1920, chanter de la samba était un délit, confirme : « Le carnaval est lié à la culture afro-brésilienne. La censure est un héritage du comportement d'une élite qui éprouve encore de la répulsion pour le passé amérindien et africain ».

     

    Un recul de la censure, et un clin d’œil à l’histoire. La fête peut commencer. Suivez le guide…

     

     

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