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robin des bois

  • L’autoréduction : Un jeu dangereux

    ROBIN%20DES%20BOIS%20ET%20SES%20JOYEUX%20COMPAGNONS.jpg« Partez sans payer, et ne payez jamais ». Mieux que le crédit différé, c’est l’autoréduction, un pratique sociale qui a fait son retour avec les fêtes de fin d’année.

     

    31 décembre, dans un Monoprix du centre de Paris : forte affluence et grosse recette. Parmi la foule qui se presse, un groupe de clients qui remplissent leurs caddies jusqu’à ras-bord – treize caddies – et se présentent vers la sortie. Et là, ça se complique. Les clients, des militants, expliquent qu’ils ne veulent pas payer car il s’agit de faire un petit prélèvement, quasi indolore, sur le chiffre d’affaires du magasin, pour redistribuer aussitôt ces victuailles à des personnes qui ne peuvent se les offrir, en vue d’un réveillon amélioré. Discussion avec le responsable du magasin, pas vraiment d’accord. Un embouteillage se forme, les clients s’interrogent, certains s’apprêtent peut-être à faire demi-tour. Banco, les caddies pleins peuvent passer sans ambages, et la généreuse distribution commence : à la Bourse du travail, occupée par les sans-papiers, au gymnase Merry, où sont installés des mal-logés, et lors d'un « réveillon des luttes » dans le XIXe arrondissement. Montant de l’opération : 5.000€.

     

    Monoprix a expliqué à la presse : « Le 31 décembre est une journée très importante pour une enseigne comme la nôtre. Le directeur du magasin et les salariés ont fait en sorte que cet incident soit le plus court possible et qu'il ne dégénère pas. Les discussions étaient difficiles et très tendues, et ils ont été obligés de céder. » L’un des militants modère : « Nous sommes sortis entourés par les forces de l'ordre. Nous avons eu le temps d'expliquer notre démarche aux clients. » Monoprix a décidé de ne pas en rester là, et a déposé une plainte contre X pour « vol avec violences et insultes. »

     

    La presse fait état d’autres affaires de même nature. On appelle cette pratique « l’autoréduction », et il faut prévoir de nouveaux coups. L’idée, c’est un mouvement collectif pour imposer une réduction du prix. Bien conduit, ça peut être très efficace. On trouve deux schémas. 24.jpg

     

    Le premier est assez simple : personne ne paie. C’est le refus en masse d’honorer des factures, par exemple des loyers ou des fournitures estimées trop chères. En droit, c’est un refus de payer, qui n’a rien de pénal. Les récalcitrants s’exposent à des recours en justice, mais qui sont difficiles à gérer s’ils sont nombreux et portent sur des sommes faibles. Et le jugement rendu, il faut encore exécuter, ce qui n’est pas simple à l’encontre de quelqu’un d’insolvable. Ajoutez un petit soupçon d’agitation politique et sociale…

     

    Le deuxième est plus compliqué, et plus risqué. C’est le genre de l’opération Monoprix. Je ne peux en dire davantage sur les modalités, car les versions divergent. La justice se prononcera. Mais les réponses du droit sont assez claires.

     

    Dans un supermarché, les produits restent la propriété du magasin jusqu’au passage en caisse,… ou au moment où ils sont glissés dans la poche au lieu d’aller dans le caddie, et ça c’est du vol. Après, il faut distinguer.

     

    1. Je paie, je deviens propriétaire et tchao. Ca reste le modèle courant, et recommandé.

    2. Je ne paie pas, je parlemente, et le directeur me laisse passer parce qu’il est sensible à la cause, hypothèse peu probable, ou qu’il veut gérer l’affaire en douceur et ne pas éveiller l’attention des clients. Une dizaine de caddies de perdus, mais le joli flux reprend son cours. Dans cette hypothèse, pas de poursuites possibles. Le vol, dit l’article 311-1 du Code pénal, c’est « la soustraction frauduleuse de la chose d'autrui ». Je n’ai rien soustrait : j’ai demandé gentiment, et on m’a gentiment dit oui.

    robin_des_bois_prince_des_voleurs_robin_hood_prince_of_thieves_1990_reference.jpg3. Avec mes petits copains, nous n’avons ni menacé, ni frappé, ni brusqué, mais notre manège, quarante personnes aux plaidoyers vivaces sur les misères du capitalisme, et un ton qui dépasse celui de la courtoisie, ont fait céder le directeur. Bref, il a eu les chocottes, du genre « je ne veux pas d’ennuis ». Et c’est sous la pression, pas vraiment amicale, que le directeur a laissé passer. Ici, commence le seuil de l’infraction pénale : violences légères ayant permis le vol, en imposant de facto un passage sans payer.

    C’est l’article R. 624-1 qui a la réponse. Les violences légères, sans atteindre matériellement la personne visée, sont cependant de nature à l’impressionner vivement et à provoquer une émotion sérieuse. La référence est un arrêt de la Cour de cassation, chambre criminelle, du 18 février 1976 : « En visant les violences et voies de fait exercées volontairement, le législateur a entendu réprimer notamment celles qui, sans atteindre matériellement la personne, sont cependant de nature à provoquer un choc émotif. » Le vol est pour celui qui réalise l’acte de soustraction, délit instantané, et celui qui déguste ensuite le fruit du délit devient coupable de recel.

    Les personnes poursuivies évoqueraient sans doute « l’état de nécessité », mais la partie n’est pas gagnée. L’article 122-7 du Code pénal écarte la responsabilité de la personne qui « face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace. » Premier critère : le péril doit concerner la personne elle-même, ce qui n’est pas le cas avec nos Robins des bois. Il reste la possibilité de convaincre nos sociaux-modernes députés UMP de voter une nouvelle exception de culpabilité qui serait « l’état de nécessité par solidarité », mais ça n’est pas gagné d’avance !

    Ah, une dernière chose, mais elle va de soit : supprimer les aventures de Robin des Bois, ce bandit, des ouvrages destinés à notre jeunesse. Sauf à sombrer dans l’apologie d’infraction, et ça, ce n’est pas le genre de la maison.

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