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  • Merci à tous ces amis de Gauche qui ont voté Juppé

    Une fois de plus, c’est la délicieuse Marie qui avait raison.

    Elle avait mis de côté, et depuis longtemps, une pièce de 2 euros, et l’avait précieusement protégée, repliée dans une page de l’Huma qui annonçait la publication des œuvres complètes de Pierre Laurent aux Editions fatiguées du Parti de la (tur)lutte des classes.

    Jour après jour, elle avait surveillé les déclarations de Juppé, tremblant de peur qu’une saillie de fin de discours ne vienne alerter son conomètre. Un magnifique appareil fabriqué par la Coopérative catalane de solidarité ouvrière, en 1936, hérité de son perpignanais de grand-père. Un conomètre qui avait failli exploser quand l’Assemblée du Front Populaire avait voté les pleins pouvoirs à Pétain, le 10 juillet 1940, mais qui avait résisté : c’est vous dire la qualité du bidule.

    Jour après jour, elle avait surveillé aussi les discours de Sarko, et trop souvent le conomètre tintait, avec cette stridence qui donnait le sentiment que même le métal souffrait.

    Elle avait cherché à tester les discours de Fillon, mais le conomètre, qui n’est pas programmé pour les nanotechnologies, était resté silencieux.

    Le 20 au matin, Marie s’est levée tôt. Elle est allée faire un peu de planche à voile au soleil levant, car la mer, c’est quand même la sagesse à portée de main, et c’était magnifique.

    Quand elle est rentrée à la maison, les trois enfants dormaient encore, et elle les a embrassés affectueusement. Son veinard de mari, pourtant pas trop chaud pour l’opération, l’a encouragée : Marie a le feeling, et les statistiques du conomètre étaient trop parlantes pour en rester au discours.

    - Un café, pour la route ?

    - Non, le souci de l’avenir des enfants sera mon carburant.

    Au bureau de vote, elle est passée en toute tranquillité, avec son trench Tommy Hilfiger et le foulard qu’elle porte quand elle reçoit les directeurs de collection de sa maison d’édition.

    - Valeurs de Droite ?

    - No problem, baby...

    - A voté.

    - Gilles, je t’assure, c’est fait.

    - Classe…

    - On verra ce soir, mais je crois que ce sont les 2 euros les mieux investis de ma vie.

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  • « T’es allé te magouiller avec Sarkozy ! »

    Quand c’était pour Roland Dumas, Le Monde (des fouineurs) publiait les PV d’audition dans les 48 heures. Pour Nicolas Bismuth, il faut attendre trois mois, et la coalition de trois chevau-légers de la presse France Inter, France 3 et Libérationpour nous livrer le miel des PV d’audition. Il fallait s’y attendre : avec ce retour en politique, nous allons recommencer les grandes leçons collectives de procédure pénale. Bon, voici ce document « pur sucre ». Mais attention, un PV n’est pas la vérité judiciaire. Il faut, dans l’esprit du contradictoire, confronter les PV et les pièces, et les PV entre eux,… comme celui de l’épouse de Gilbert Azibert, qui passe un savon à son chéri : « T’es allé te magouiller avec Sarkozy ! ». Pas Sarko, …Bismuth ! Ah, les femmes…

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    - Il y a un certain nombre de conversations entre Thierry Herzog et vous, dans lesquelles il vous rend compte de démarches faites par Gilbert Azibert auprès des magistrats de la Cour de cassation et dont on peut déduire qu’il a discuté avec eux pour tenter de les influencer. Qu’avez-vous su de ces démarches ?

    « Je ne crois pas une minute à cette thèse, déclare Nicolas Sarkozy. Je connais trop l’indépendance des magistrats vis à vis de leurs propres collègues. Influencer qui ? Les magistrats de la chambre criminelle ? Tout le monde sait qu’ils sont dix. Il va influencer dix magistrats de la chambre criminelle ? Pour un enjeu aussi médiocre ? À la chambre criminelle, les seules influences concernant mon affaire sont venues des magistrats de la Cour de cassation qui siègent également à la Cour de justice de la République qui souhaitent que la saisie de mes agendas ne soit pas annulée. Les seules influences politiques qu’il y ait eu, ce sont celles-ci. La presse s’en était même fait l’écho. Je trouve même incroyable, pour tout dire, en termes de droit, qu’un magistrat ayant eu à connaître de mes agendas dans le cadre de ses fonctions au sein de la Cour de justice de la République, c’est à dire qu’il les a acceptés à l’examen de la Cour de justice de la République, puisse délibérer en tant que membre de la chambre criminelle de la Cour de cassation. Pour le moins, il aurait dû se déporter. On ne peut pas être juge et partie. Voilà les seules influences qui ont existé. Pour le reste, je ne sais rien des démarches qu’auraient engagées Monsieur Azibert. »

    « Je vais vous dire trois choses, poursuit Nicolas Sarkozy. La première c’est que je doute [que Gilbert Azibert] les ait faites. [NDR : ces démarches] Mon expérience de la vie et des hommes montre qu’il y a souvent un réel décalage entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Deuxième chose que j’ai à vous dire, c’est qu’à aucun moment je n’ai demandé à Monsieur Azibert une quelconque démarche d’influence auprès de qui que ce soit. Troisième chose : je vous demande de réfléchir à qui je suis et à ce qu’a été ma carrière. Si j’avais besoin d’informations ou d’influence, ferais-je appel à Monsieur Azibert, qui est du parquet civil, alors que je suis devant le siège pénal ? Croyez-vous que je ne pouvais pas téléphoner au premier président de la Cour de cassation, Vincent Lamanda, que je connais depuis vingt-cinq ans, alors qu’il était premier président de la Cour d’appel de Versailles et que j’étais maire de Neuilly ? Croyez-vous que je n’aurai pas pu téléphoner à Monsieur [Jean-Claude] Marin, procureur général près la Cour de cassation, que j’ai nommé ? Je n’avais nul besoin de l’influence de Monsieur Azibert, qui en l’occurrence n’en avait pas, comme l’a montré le résultat final. Dois-je me réjouir pour ma défense d’avoir perdu devant la Cour de cassation ? Vous voyez bien que la thèse que vous présentez est une insulte à mon intelligence. Par ailleurs, je respecte trop l’institution, Cour de cassation, Monsieur Lamanda et Monsieur Marin, pour avoir fait la moindre démarche auprès d’eux. Alors reste une question : pourquoi aurais-je utilisé l’influence présumée d’un homme que j’ai vu trois fois dans ma vie, alors que je n’ai pas utilisé mes relations auprès d’hommes que je connais depuis des années et qui sont au sommet de l’institution ? Me croit-on stupide à ce point ? M’imagine-t-on si maladroit ? Je vais donc aller chercher un conseiller à la Cour de cassation, qui part à la retraite, que j’ai vu trois fois, alors que je m’interdis d’appeler les plus hautes autorités de la Cour de cassation avec qui j’ai un lien personnel ? Est-ce que cela ne vous frappe pas ?

    - Pourquoi Gilbert Azibert évoque-t-il avec Thierry Herzog les rencontres qu’il peut avoir avec des conseillers qui siègent dans la formation [de la Cour de cassation] examinant votre pourvoi ?

    « Je ne crois absolument pas que Gilbert Azibert ait fait des démarches. Thierry Herzog veut, à la veille de l’audience, me rassurer sur l’ambiance à la Cour de cassation. Il me dit que tout va bien, alors que ce n’est pas vrai. Si ces démarches étaient avérées, pourquoi se sont-elles avérées à ce point inexactes ? La meilleure façon de vous démontrer que ces démarches n’ont pas été réalisées, c’est que tout sera démenti. Thierry Herzog me dit que tout allait bien. Mon avocat a voulu me rassurer, me faire plaisir. Je ne sais pas ce que Gilbert Azibert a dit à Thierry Herzog. Les propos rassurant que me tenait Thierry Herzog à la mi-février seront démentis à la mi-mars. »

    - Pourquoi n’intervenez-vous pas auprès de Thierry Herzog pour que Gilbert Azibert cesse ses « démarches » rapportées par votre avocat ?

    « Je ne veux pas me justifier sur des écoutes entre moi et mon avocat. Je ne suis pas en contact avec Monsieur Azibert. Mon avocat essaye de me rassurer en me disant que tout va bien. Comme il n’a aucun contact lui-même à la Cour de cassation et qu’il a son ami Azibert qui lui dit que tout va bien, alors qu’entre parenthèses tout va mal… Mais que voulez-vous que je fasse ? Je ne sais pas qui il voit. Je ne vous souhaite pas de procès, mais quand vous avez un procès, vous souhaitez le gagner ou tout au moins avoir les informations d’ambiance sur l’évolution de l’affaire qui vous concerne. »

    - Il apparaît selon cette conversation que Gilbert Azibert irait au contact d’un conseiller qui siège dans la formation qui examine votre pourvoi. Pourquoi vous n’empêchez pas de telles démarches ?

    « Tout ça m’apparaît parfaitement fumeux. Je rappelle qu’il s’agit d’une conversation entre un avocat et son client. Je vois surtout dans cette conversation la volonté de Thierry Herzog de me donner des bonnes nouvelles et en aucun cas la description d’une démarche précise d’influencer qui que ce soit. »

    Le jour de l’audience de la Cour de cassation, le 11 février 2014, Nicolas Sarkozy apprend par son avocat Patrice Spinosi un élément qu’il juge « intéressant » : le délibéré va se faire dans la continuité, c’est à dire que les magistrats devraient rendre leur décision à l’issue de cette audience. «  On pourrait peut-être appeler Gilbert ? » suggère alors au téléphone Nicolas Sarkoy à Thierry Herzog.

    - Pour quelle raison est-il si intéressant que cela d’appeler Gilbert, alors que le délibéré était en cours ?

    « Je n’ai aucun souvenir de cela. Je voulais qu’il appelle Gilbert pour avoir les impressions d’audience. Mon avocat me dit que ça s’est très bien passé. Ils délibèrent dans la foulée, c’est qu’ils y attachent une certaine importance. Je demande donc à Thierry Herzog de contacter Gilbert pour connaître ses impressions de l’audience. Je vous en apporte la preuve. Me Spinosi me dit que ça s’est très bien passé. Je l’ai félicité de sa prestation. Il m’indique que le délibéré est dans la continuité. Comment voulez-vous qu’une personne extérieure puisse influencer un délibéré qui est dans la continuité, c’est à dire qui est en train de se dérouler ? Toute influence était parfaitement impossible dans ces conditions. »

    - Techniquement le délibéré débute à l’issue de l’audience et se termine le jour du rendu de l’arrêt. La décision est prise durant ce temps qui, pour votre dossier, a duré du 11 février au 11 mars. De plus, il semblerait que le débat entre les magistrats examinant le dossier Bettencourt ait été prolongé jusqu’au lendemain. Il était donc possible pour Gilbert Azibert d’entrer en contact avec des magistrats ayant examiné votre pourvoi. Qu’en pensez-vous ?

    « Franchement, je n’en sais rien. Je ne lui ai rien demandé. Il ne m’a rien dit. Pour moi, cela me paraît tout à fait invraisemblable qu’on puisse influencer l’avis de dix magistrats siégeant ensemble. Cela n’a aucun sens, surtout sur une question de principe qui, encore une fois, n’avait aucun impact sur ma situation de justiciable. »

    - Dans la continuité de la conversation précédente, Thierry Herzog vous informe qu’il a fini par avoir Gilbert et que ce dernier « ira à la chasse demain ». Que signifie « aller à la chasse » dans ce contexte ?

    « À l’évidence, c’est la chasse aux informations et cela fait référence aux impressions d’audience. »

    - Dans cette même conversation, Thierry Herzog évoque les propos de Gilbert qui en aurait « un troisième » qu’il devait voir le lendemain « pour savoir avant qu’ils délibèrent ». Gilbert devait voir un troisième quoi ? Avant quel délibéré si ce n’est celui de la Cour de cassation qui occupait chacune des conversations interceptées sur les lignes Bismuth ?

    « Vous me posez les mêmes questions, je vous ferai donc les mêmes réponses, en ajoutant que c’est un viol du secret des conversations entre un avocat et son client. »

    - En réponse à la question d’avoir des nouvelles de la Cour de cassation, Thierry Herzog répond : « Non, non… mais euh. Je pense que dès que Gilbert aura quelque chose, il me… il me rappelle. » Comment Gilbert pourrait communiquer légalement des informations sur l’état du pourvoi le 15 février, alors que le pourvoi doit être rendu le 11 mars ?

    « Je n’ai aucune idée. Mais là encore, ce sont des informations d’ambiance. Dans tous les palais, dans toutes les Cours, il y a une ambiance, un contexte. Le fonds de ma conviction, c’est qu’en vérité Monsieur Azibert n’avait que très peu d’informations. D’ailleurs, ma conviction s’en trouve confortée par l’écart violent entre les propos optimistes qu’il tenait à mon avocat et ce que fut la décision de la Cour. »

    - Le 22 février 2014, vous demandez encore des nouvelles de la cassation à Thierry Herzog qui répond une nouvelle fois par la négative, justifiant cela par l’absence de Gilbert. Comment expliquez-vous systématiquement ramener toutes vos interrogations relatives à ce pourvoi à Gilbert Azibert ?

    « Pas du tout. Les retranscriptions que vous faites se rapportent à cela, mais vous avez sélectionné tout ce qui concerne Gilbert Azibert, cela donne le sentiment que je suis focalisé là-dessus. Mais si vous reprenez toutes les conversations, vous vous rendrez compte que nous avions bien d’autres conversations avec Thierry Herzog, Monsieur Azibert n’étant qu’une infime partie de nos échanges. »

    Dans cette conversation du 22 février 2014, Thierry Herzog vous précise que Gilbert Azibert a vu « un autre conseiller qu’il n’avait pas vu avant ». Pourquoi Gilbert Azibert se vante-t-il auprès de Thierry Herzog d’avoir contacté tous ces magistrats ?

    « Demandez-lui. »

    - Quand avez-vous eu connaissance que votre ligne Bismuth était sous surveillance ?

    « Quand il y a eu la perquisition chez Herzog. Comment aurais-je pu le savoir ? »

    - Pourquoi tenez-vous des conversations sur les lignes Bismuth pour préparer les conversations que vous avez sur la ligne officielle ?

    « Parce que je me doute qu’on est écouté sur la ligne officielle. »

    - Quelqu’un vous a-t-il informé des écoutes judiciaires de vos téléphones ?

    « Non personne. Le bruit qui circulait était que j’étais sur écoute, et depuis longtemps. Ce bruit circulait dans les rédactions. »

    - Concernant la connaissance de l’écoute de votre ligne Bismuth, très étrangement dans les heures qui suivent le retour de Thierry Herzog de son voyage précipité à Monaco, le 26 février au matin, vous évoquez Gilbert Azibert avec lui, pour la première fois sur votre ligne officielle que vous savez sur écoutes de longue date. Comment expliquez-vous avoir évoqué ce jour-là un sujet que vous aviez pris soin de n’évoquer que sur les lignes Bismuth jusque-là ?

    « C’est très simple. Connaissez-vous la maitrise qu’il faut lorsqu’on apprend qu’on est écouté depuis neuf mois ? La vigilance n’est pas la même. Il y a un moment où on se relâche. Si j’avais su que Bismuth était écouté, vous pensez que je ne l’aurai pas su avant ? Si j’avais eu un informateur, il n’aurait certainement pas attendu un mois pour m’informer. Donc je n’ai eu aucun informateur et prononcer le nom de Monsieur Azibert ne m’apparaissait pas constitutif d’un délit, quel qu’il fut. »

    - Cette première évocation de Gilbert Azibert sur votre ligne officielle n’a-t-elle pas de lien avec la visite monégasque impromptue que vous rend votre avocat dans la nuit du 25 au 26 février ?

    « En aucun cas. Dans la nuit ? C’est absurde, c’était en fin d’après-midi. Et ensuite nous avons dîné ensemble, avec ma femme et lui. À mon souvenir, il doit arriver vers dix-sept heures-dix-huit heures. Il est reparti chez lui à Nice à 22 heures, après qu’il ait dîné avec nous. Où est la nuit ? »

    - Quelle était la raison de ce voyage précipité à Monaco pour Me Herzog ?

    « C’est très simple. Même si je n’ai pas à me justifier de quand je vois mon avocat, à moins que ce soit un délit de voir son avocat. Serais-je le seul justiciable à ne pouvoir voir son avocat, où et quand je veux ? Mais je vais malgré tout vous répondre. Ce jour-là, Me Herzog m’a dit avoir déjeuné avec un journaliste d’un hebdomadaire, « Le Point » me semble-t-il. Ce journaliste lui a annoncé que « les écoutes Buisson » allaient sortir et que dans ces écoutes, certaines concernaient des enregistrements privés de mon épouse. Mon avocat souhaitait donc nous voir, mon épouse et moi, pour décider de ce que nous devrions faire si ces écoutes étaient publiées. Son avis était clair : il souhaitait attaquer juridiquement Patrick Buisson. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait dans les jours qui ont suivi. Cette discussion devait avoir lieu avec ma femme et moi et nécessitait que nous en discussions. Cette discussion était d’autant moins un problème que, comme vous le savez, Thierry Herzog habite Nice et qu’entre Nice et Monaco, en février, il y a à peine un quart d’heure de voiture. Donc il est venu. Nous avons parlé de l’action judiciaire à engager, nous avons eu l’accord de ma femme. Il a dîné avec nous et il a regagné son domicile de Nice. Je précise que ce voyage à Monaco n’avait rien d’impromptu pour moi, puisqu’il avait fait l’objet d’une réservation pour une thalassothérapie à l’hôtel de Paris, durant huit jours, pour ma femme, ma fille et moi, un mois auparavant. »

    - Cela correspond à la date de l’ouverture de la présente information [judiciaire]. N’y a-t-il là qu’une coïncidence ?

    « Comment voulez-vous que je sache qu’une information judiciaire est ouverte ? Si j’en crois les informations que vous me donnez, la décision d’une ouverture d’information me concernant a été prise le 25 dans la matinée, mais n’a été formalisée que le 26. Comment voulez-vous que mon avocat qui a pris son billet pour me rejoindre à Monaco en fin de matinée, le 25, ait pu être informé en quelque sorte en direct de la décision de principe de l’ouverture d’une information judiciaire contre X. C’est absurde. Personne ne peut croire une seconde que le cabinet du garde des Sceaux, le cabinet du ministre de l’Intérieur, que le parquet financier ait pu avoir la moindre fuite à l’endroit de mon avocat. Non pas le jour même, mais la veille de l’ouverture formelle de cette information ! J’affirme que ni mon avocat ni moi n’étions au courant de cette ouverture. J’affirme qu’il n’est pas venu à Monaco pour me parler de cela, mais bien pour me parler de ma stratégie de défense s’agissant des « fuites Buisson. » Enfin… Vous écoutiez mes téléphones, vous écoutiez les téléphones de mon avocat. J’étais à Monaco depuis déjà quatre jours. Comment voulez-vous que je sois informé de ce qui se passe au moment à Paris, c’est à dire à mille kilomètres de là. J’apporte donc le démenti le plus formel à votre question. »

    - Aviez-vous eu connaissance des projets de réorientation de la carrière professionnelle de Gilbert Azibert vers la principauté de Monaco ?

    « Absolument pas jusqu’au moment où je me suis rendu à Monaco, où j’ai dit à Thierry Herzog que j’envisageais de passer des vacances à Monaco. Je ne me souviens pas de la conversation exacte, mais quand Thierry Herzog a su que j’allais à Monaco, il m’a alors fait part de la candidature ancienne de Gilbert Azibert à un poste dont je n’ai pas compris la nature précise. C’était quelque temps avant mon déplacement à Monaco. (…) Je ne sais pas si Monsieur Azibert postulait pour le Conseil d’Etat ou la Cour de cassation. Thierry Herzog m’avait dit qu’il voulait un poste sur Monaco. La question était de savoir où en était sa candidature. »

    - Savez-vous quand la décision a été prise, et par qui, concernant la nomination en question ?

    « Pas du tout. J’ignorais la nature exacte du poste envisagé par Gilbert Azibert et j’ignorais par qui la décision devait être prise à Monaco. »

    - Vous a-t-il été demandé de faire jouer vos relations afin d’appuyer la demande de Gilbert Azibert pour obtenir le poste qu’il souhaitait ?

    « Thierry Herzog, si mon souvenir est exact, m’a demandé de voir où en était sa candidature et si, dans ce cas, il était possible d’obtenir des renseignements sur ses chances d’obtention du poste. C’est le souvenir que j’en ai, mais je ne peux pas vous préciser quand a eu lieu cette demande. »

    - Pourquoi demandez-vous à Thierry Herzog, le 22 février 2014, sur la ligne Bismuth de ne pas évoquer sur la ligne officielle, que vous savez tous les deux sur écoutes, le fait que vous vous rendez à Monaco ?

    « Je ne voulais pas que mon séjour à l’hôtel de Paris, à Monaco, soit connu des autorités politiques françaises, du ministère de l’intérieur et de la place Vendôme. Je ne voulais pas qu’instantanément se déclenche une campagne « Sarkozy va passer une semaine à l’hôtel de Paris à Monaco ». Ceci dit, cela s’est avéré totalement inefficace, dans la mesure où j’ai pris avec ma famille un petit hélicoptère pour aller du Cap Nègre à Monaco. À l’arrivée, un membre du personnel de l’héliport de Monaco nous a pris en photo, et nous faisions la une de « Voici » la semaine suivante. »

    - Cette précaution n’a donc pas de lien avec un « coup de pouce » sollicité par Gilbert Azibert par l’intermédiaire de Thierry Herzog ?

    « Est-ce que vous croyez que je prends huit jours à l’hôtel de Paris avec mon épouse et ma fille pour donner un coup de pouce à Monsieur Azibert ? Ce serait une démarche bien étrange et surtout bien longue pour un coup de pouce. »

    Lors d’une conversation téléphonique entre Nicolas Sarkozy et son avocat, intercepté par les enquêteurs sur la ligne Bismuth, Thierry Herzog explique que Gilbert Azibert souhaiterait décrocher un poste à Monaco. « Je l’aiderai, lui répond alors Nicolas Sarkozy (…) T’inquiètes pas. Dis-lui. Appelle le aujourd’hui en disant que je m’en occuperai, parce que je vais à Monaco et je verrai le Prince »

    « C’est quinze jours avant mon déplacement à Monaco. C’est donc la preuve que le déplacement n’était pas organisé dans le but d’aider Monsieur Azibert. Mais c’est lorsque Thierry apprend que je vais à Monaco qu’il me parle des souhaits de Gilbert Azibert. Dans cette conversation, Gilbert Azibert me fait demander, via Thierry Herzog, où en est sa candidature. J’ai appris par la suite qu’au moment où Thierry Herzog m’en parle, Gilbert Azibert avait déjà déposé sa candidature. Je réponds à Thierry Herzog que cela ne pose aucun problème, s’agissant de quelqu’un dont mon propre avocat utilise les conseils sur une procédure pendante devant la Cour de cassation. J’ajoute que Thierry qui est un ami très proche m’a cent fois demandé pour des gens qu’il aime ou qu’il connaît si je pouvais les aider. C’est une démarche qui m’est apparue d’une banalité extrême. Et je lui réponds, comme souvent avec Thierry Herzog : « Bien sûr, ne t’inquiète pas, je le ferai. » Puis, j’arrive à Monaco. »

    « Deux jours après mon arrivée, j’appelle le ministre d’Etat qui s’appelle Michel Roger pour lui dire deux choses : « Félicitations », parce qu’il a été confirmé peu de temps auparavant par le Prince. La seconde [chose], je lui ai dit que Carla et moi étions à Monaco pour la semaine et que si le Prince était là, nous serions heureux de le rencontrer. Je vous précise que mon épouse est une ancienne résidente monégasque, à l’époque où elle était mannequin. Elle connaît très bien le Prince. Et moi, compte tenu de mes anciennes fonctions, je connais très bien le Prince. Donc j’ai appelé Michel Roger au téléphone. Comme je n’ai pas son téléphone, j’ai demandé au directeur de l’hôtel de Paris : « Pouvez-vous dire à Michel Roger que je souhaite lui parler ? » Donc ça se passe ni sur le Bismuth, ni sur le portable normal. La communication a été passée par l’intermédiaire du téléphone de l’hôtel. Michel Roger me rappelle tout de suite. Je le félicite et je lui demande si le Prince est là, précisant que Carla et le Prince se tutoient. Monsieur Roger me répond que malheureusement le Prince est en Californie. « Il me charge de vous transmettre ses amitiés », me dit Monsieur Roger, mais vous ne pourrez pas le voir. Je le remercie, lui demande de transmettre mon amical souvenir au Prince et je raccroche. Dans ces conditions, comment vouliez-vous que je puisse parler de Gilbert Azibert ? À ce moment-là, je ne parle pas d’Azibert, non parce que je crains d’être accusé de trafic d’influence, mais parce que la conversation, dans sa brièveté, ne s’y prête guère. J’ajoute que j’aurais été bien en peine de présenter à mon interlocuteur la fonction qu’il envisageait. Si nous avions eu un déjeuner d’une heure et demi, peut-être que l’occasion se serait présentée. En l’occurrence, c’était inenvisageable. Vous pouvez demander à l’hôtel de Paris, faire les fadettes [les appels téléphoniques]. La communication a duré quatre minutes, peut-être cinq. Je ne me voyais pas évoquer Monsieur Azibert dans ce cadre. La preuve c’est que le 7 mars 2014, une dépêche AFP sort émanant des services judiciaires de la Principauté, selon laquelle Gilbert Azibert n’avait fait l’objet d’aucune intervention pour obtenir un poste au Conseil d’Etat de Monaco. Plus loin, ils disent : « Monsieur Azibert a bien été candidat à un poste à la Cour de révision », équivalent à Monaco de la Cour de cassation. La dépêche précise qu’au terme du processus de recrutement, sa candidature n’a pas été retenue. Il est également ajouté qu’il n’y a eu aucune intervention pour le poste à la Cour de révision. Ce communiqué indique qu’il n’y a aucune intervention au bénéfice de Gilbert Azibert pour les deux postes : Cour de révision et Conseil d’Etat.

    « En résumé, voilà le « raccourci » qu’on peut faire de « mon affaire. Premièrement, j’espérais une décision positive de la Cour de cassation sur mon pourvoi, je ne l’ai pas eue. Monsieur Azibert espérait une intervention de ma part pour savoir où en était sa candidature, je ne l’ai pas fait. Enfin, Monsieur Azibert espérait obtenir le poste, il ne l’a pas eu. Pour un présumé trafic d’influence, c’est un résultat étrange ! »

    - Visiblement, les propos de Thierry Herzog ne portent pas sur une prise d’information, mais plutôt pour un « coup de pouce ». La demande de Gilbert Azibert n’était-elle pas plutôt poussée que simplement savoir où en était sa candidature ?

    « Si j’avais eu à faire une intervention, que je n’ai pas faite, j’aurais commencé par demander où ça en était, ne serait-ce que pour savoir les chances d’une telle demande de prospérer. Donc, dans mon esprit, au moment où j’ai répondu ça, il était question d’une prise d’information. Si j’avais été amené à faire une intervention de cette nature, j’aurais commencé par vérifier là où en était sa candidature, ce que je n’ai même pas fait, comme en atteste le communiqué des services officiels de Monaco. »

    - Que signifie, selon vous, qui connaissez bien Thierry Herzog, pour lui, l’expression « donner un coup de pouce » ?

    « Si je peux aider un candidat qui est son ami, je l’aide. Un « coup de pouce » est le contraire du passage en force. Un « coup de pouce », c’est une aide finale sur une candidature qui est déjà très bien engagée. En l’occurrence, ce n’était pas le cas puisque j’ai appris par la suite que sa candidature n’était pas bien engagée. »

    - Thierry Herzog indique dans cette conversation avoir rassuré Gilbert : « Tu rigoles, avec tout ce que tu as fait ! » À quoi est-il fait référence ?

    « À tout sauf à un pacte. Il faut demander à Thierry Herzog, mais c’est une phrase « bateau ». Cela fait référence à tout sauf à quelque chose de précis. Ce sont des expressions qu’on emploie au téléphone, d’une banalité extrême. »

    - Ce « coup de pouce » venait-il en rétribution de quelque chose ?

    « Non, je suis formel. J’ai d’ailleurs passé mon temps à expliquer le contraire. Ce « coup de pouce » n’a pas eu lieu. J’en ai apporté la preuve. »

    Nous avons intercepté des propos de Thierry Herzog dans lesquels il déclarait concernant les projets monégasques de Gilbert Azibert : « J’ai demandé à Sarkozy, parce que Gilbert c’est un brave type, euh… voilà. Je lui ai dit : puisque tu es à Monaco, regardes. Il nous a rendu des services. » Selon vous, à quels services Thierry Herzog fait-il référence ?

    « Il faut le demander à Thierry Herzog. Je me pose la question : quels services nous a-t-il rendus ? »

    - Dans cette même conversation, Thierry Herzog précise les services que vous aurait rendus Gilbert. Il vous aurait notamment renseigné sur les « magouilles » au sein de la Cour de cassation. Le mot « magouilles » est son propre terme. La croyance en des « magouilles » au sein de la Cour de cassation vous a-t-elle incité à tenter d’influer, vous aussi, pour obtenir une décision qui vous soit favorable ?

    « Mais non ! Je n’emploierai pas le terme de magouille mais plutôt de pressions, pour faire référence à ce que je vous ai déjà évoqué concernant les magistrats siégeant à la Cour de cassation et à la Cour de justice de la République. »

    - Nous avons également intercepté une conversation entre Gilbert Azibert et Thierry Herzog, le 3 mars 2014, dans laquelle Me Herzog informe Gilbert Azibert que la démarche qu’il avait sollicitée avait bien été faite à Monaco. Comment expliquez-vous ces propos de Me Herzog ?

    « Je me l’explique d’autant moins que j’ai souvenir d’avoir dit au téléphone à Thierry Herzog que je n’avais pas fait la démarche. Je lui avais expliqué que je ne le sentais pas. Je lui ai dit au téléphone, et je suis sûr que c’était avant le 3 mars. D’ailleurs, vous me confirmer posséder une écoute en date du 26 février attestant que j’ai bien dit à Thierry Herzog que je n’avais pas fait d’intervention pour Monsieur Azibert. »

    - Dans ce cas, comment expliquez-vous que votre conseil tienne de tels propos à Gilbert Azibert ?

    « Parce qu’il voulait être gentil avec son interlocuteur. Cela illustre parfaitement ma réponse d’il y a quelques heures : il y a un fossé qui sépare ce que disent les gens de ce qu’ils font. En tout cas, moi je suis formel, et vous en avez la preuve, j’informe Thierry Herzog que je n’ai pas fait l’intervention. »

    - Dans cette même conversation du 3 mars entre Thierry Herzog et Gilbert Azibert, votre conseil indique avoir appris « certaines choses » l’ayant conduit à « raconter certaines choses au téléphone. » L’explication de votre coup de téléphone à votre avocat pour indiquer que vous n’aviez « pas senti » de faire l’intervention souhaitée par Gilbert Azibert ne résulte pas de ces choses qu’évoque Thierry Herzog ?

    « Vous avez la preuve qu’il n’y a pas eu d’intervention de ma part à Monaco. Vous avez une écoute de moi disant à mon avocat que je n’ai pas fait d’interventions. Et vous avez vu que Monsieur Azibert n’a pas eu le poste. Et vous me demandez quoi ? Si j’ai fait semblant de dire à mon avocat que je n’avais pas fait la démarche ? »

    - En quoi Gilbert Azibert a « bien bossé » au point que Thierry Herzog se sente obligé de vous en référer ?

    « Thierry Herzog ne « m’en réfère » pas. C’est une conversation à bâtons rompus. Je me demande d’ailleurs en quoi « Gilbert Azibert a bien bossé » si j’en juge par le résultat de la Cour de cassation. Qu’est-ce que ça serait s’il avait mal bossé ! »

    - Thierry Herzog précise encore ses propos en indiquant concernant Gilbert Azibert : « Et surtour, ce qu’il a fait, c’est le truc à l’intérieur quoi… » Quel truc fait par Gilbert Azibert a suffisamment d’importance pour que Thierry Herzog vous en rende compte ?

    « Il ne m’en rend pas compte. C’est une conversation quotidienne, on dirait de bistrot si elle ne se tenait pas au téléphone, sans élément précis et qui est fondé sur l’optimisme impénitent de mon ami Thierry Herzog qui est enthousiaste et qui veut me faire plaisir. Mais tout ceci a été contredit à chaque étape de la procédure par les faits. »

    - Dans la conversation en date du 30 janvier 2014, Thierry Herzog affirme que Gilbert Azibert avait eu accès à « l’avis qui ne sera jamais publié du rapporteur destiné à ses collègues. » Comment expliquez-vous que Gilbert Azibert ait pu avoir accès à ce document couvert par le secret du délibéré, auquel même [l’avocat général à la Cour de cassation] n’a pas eu accès ?

    « Je ne me l’explique pas. Ma conviction étant que jamais Gilbert Azibert ne l’a eu entre les mains. Je pense que Thierry Herzog confond le rapport du rapporteur et l’avis du rapporteur. Le rapport du rapporteur, on en a eu connaissance le 27, mais l’avis du rapporteur, jamais Thierry Herzog n’en a parlé. Je pense qu’il confond le rapport et l’avis. »

    - Voici les propos que Thierry Herzog vous adresse, le 30 janvier 2014 :

    Thierry Herzog : « Bon alors, j’ai eu Gilbert, ce matin… »

    Nicolas Sarkozy : « Humm, humm. »

    Thierry Herzog : « Il me dit que d’après lui, oui. Parce qu’il a eu accès à l’avis qui ne sera jamais publié du rapporteur destiné à ses collègues, euh… et que cet avis conclue que pour toi à la cassation, et à la… au retrait de toutes les mentions relatives à tes agendas. »

    Ces propos ne laissent que peu de place au doute, reprend l’enquêteur. Pourquoi Gilbert Azibert communique à Thierry Herzog l’opinion confidentielle du conseiller rapporteur ?

    « Posez la question à Gilbert Azibert ou à Thierry Herzog, répond Nicolas Sarkozy, mais moi je n’en sais rien. J’observe que ça ne correspond pas à la réalité puisqu’à ma connaissance, la Cour de cassation a dit « non. » Et c’est rarissime quand la Cour de cassation désavoue son rapporteur. Donc je ne crois pas que Gilbert Azibert ait eu connaissance de cet avis. Et sauf à me démontrer que cet avis positif existait, à ma connaissance la chambre criminelle a dit « non », c’est donc que le rapporteur n’avait pas un avis favorable. »

    - Toujours dans cette conversation, après que Patrice Spinosi ait transmis le réquisitoire de [l’avocat général à la Cour de cassation] à Thierry Herzog, ce dernier l’aurait interrogé sur les chances d’aboutir du pourvoi. Thierry Herzog vous précise : «  Alors, je lui ai dit, sans savoir ce que je sais, je lui dis, quand c’est comme ça, c’est qu’on a des chances sérieuses, d’après toi ? » Que savait Thierry Herzog à ce moment-là et qu’il ne fallait pas confier à Patrice Spinosi, si ce n’est des informations internes à la Cour de cassation, obtenues par le biais de Gilbert Azibert ?

    « Il n’y a aucune information qui ait été obtenue puisque toutes les informations de Thierry concluaient à une réponse favorable de la Cour de cassation. C’est le contraire qui s’est passé. Je résume. Gilbert Azibert dit à plusieurs reprises à Thierry Herzog que la Cour de cassation va statuer dans le sens du pourvoi que j’ai déposé. Or, la Cour de cassation statue dans le sens inverse. Quelle conclusion faut-il en tirer si ce n’est que les informations communiquées par Gilbert Azibert n’étaient pas des informations mais des bruits de couloirs, étayés sur aucun fait. Soit on communiquait à mon avocat les bonnes informations, et dans ce cas-là, j’aurai du gagner devant la Cour de cassation. Soit les informations données à mon avocat n’étaient pas des informations fiables, donc ne provenaient pas de personnes ayant un devoir de secret, parce qu’au final, nous avons perdu devant la Cour de cassation. Donc tout au long de cette procédure, j’ai été alimenté par mon avocat d’informations qui se sont avérées fausses. J’en tire la conclusion qu’elles n’étaient pas des informations au sens où vous l’entendez, mais des bruits de couloir qui ne correspondaient à aucune réalité. »

    - Vous évoquez avec Thierry Herzog un ami, qui a une femme un peu compliquée, qui a eu accès aux conclusions de l’avocat général. Ces simples précisions suffisent à Thierry Herzog pour comprendre à qui vous faites référence. De qui s’agit-il ?

    « Je ne vois pas. »

    - Vous indiquez que cet ami vous aurait confié que pour « le conseiller rapporteur, ça se présentait bien aussi. » Qu’est-ce que cela signifie ?

    « Je n’en sais rien. »

    - Toujours concernant cet ami, Thierry Herzog indique qu’il est passé le voir à son cabinet le jeudi, probablement le jeudi 30 janvier. À l’occasion de cette visite, Thierry Herzog aurait choisi de ne pas lui parler de l’autre « correspondant. » Qui est cet autre « correspondant » dont Thierry Herzog voulait dissimuler le rôle ?

    « Je ne vois pas. »

    - Cet ami aurait évoqué avec Thierry Herzog des bruits, évoquant du lobbying de certains… Pouvez-vous préciser ?

    « Il s’agit de lobbying contre moi. Il y en a plein la presse. »

    - Thierry Herzog vous indique que Gilbert Azibert a rendez-vous avec un des conseillers « pour bien lui expliquer ce qu’il faudrait. » Comment avez-vous compris cette formule ?

    « Tout ceci ne correspond à aucune réalité, comme l’a montré la suite. »

    - Pourquoi ne pas avoir tenté, via Thierry Herzog, de dissuader Gilbert Azibert d’influencer les conseillers chargés du dossier Bettencourt ?

    « Je n’ai jamais pensé que Gilbert Azibert influençait qui que ce soit. J’ai toujours pensé que Thierry était bien gentil d’accorder un crédit important à ce qui lui était raconté. »

    - Dans cette conversation, vous demandez à Thierry Herzog de confirmer un point concernant la conversation qu’il vient d’avoir quelques minutes auparavant avec Gilbert Azibert : « Mais il confirme que le rapporteur est pour nous ? » Que signifient ces propos ?

    « Ils signifient d’abord que je n’ai aucune certitude quant à l’avis du rapporteur. Si j’avais eu cet avis, pourquoi poserai-je cette question ? Cela confirme aussi que je n’attache pas de crédit aux informations que me rapporte Thierry. J’essaye de comprendre et de connaître la réalité des pressions exercées sur la Cour à ce moment-là par ceux qui ne veulent pas que mon pourvoi prospère. Je suis informé qu’il y a des pressions. Je veux savoir quelle est l’ambiance à ce moment-là. »

    - « Rechercher l’ambiance », cela inclue-t-il d’obtenir l’avis personnel du conseiller rapporteur ?

    « L’avis, à l’évidence, non. »

    - Lorsque vous demandez si le rapporteur est « pour vous », cela ne signifie-t-il pas que vous cherchez à obtenir l’opinion de ce magistrat ?

    « Cela signifie surtout que je n’ai pas d’information, donc que je n’ai pas eu accès à un avis, donc il n’y a pas eu de violation du secret professionnel. Mais si je cherchais à les connaître, c’est que je ne les avais pas. Je n’ai jamais eu accès à l’avis du rapporteur. Ni avant, ni pendant, ni après. Par simple déduction, et avec un peu d’expérience, je sais que dans toutes les Cours, l’avis du rapporteur a tendance à être suivi, ce qui est normal puisque de tous les magistrats qui ont à statuer sur une affaire, le rapporteur est celui qui connaît le mieux le dossier. Thierry Herzog me passe l’information tout au long de la procédure que le rapporteur serait pour l’accueil de mon pourvoi. À l’arrivée, la Cour est contre. Je n’en tire pas la conclusion que l’avis du rapporteur allait dans le même sens, mais il y a quand même quelque chose qui ne va pas. Si j’en crois ces informations qui n’en sont pas, l’avocat général est pour le pourvoi, le rapporteur serait pour le pourvoi. À l’arrivée, le pourvoi est rejeté. Il y a peut-être quelque chose qui ne va pas. »

    - Thierry Herzog peut-il avoir pris votre demande pour une instruction l’invitant à obtenir communication de cet avis ?

    « Depuis trente ans que Thierry Herzog est mon avocat, jamais je ne lui ai demandé de faire quelque chose d’illégal. Ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer pour le seul motif d’obtenir satisfaction à un pourvoi auquel je n’attachais pas une grande importance. D’ailleurs, Thierry Herzog est trop honnête pour me proposer quelque chose d’illégal. »

    - Vous informez Thierry Herzog des informations vous étant remontées selon lesquelles les magistrats enquêtant sur la Libye envisageraient une perquisition chez vous. Vous demandez alors à votre conseil de prendre contact avec « nos amis » pour qu’ils soient « attentifs. » Qui sont ces amis qui doivent être attentifs aux projets de perquisition que vous vous attendez à subir ?

    « Je ne me souviens plus de mes propos. Pouvez-vous me lire la conversation ? » (Nicolas Sarkozy prend connaissance de l’écoute téléphonique du 1er février 2014)

    - Nous renouvelons la question : qui sont ces amis ?

    « J’observe tout au long de la conversation que je ne crois pas du tout à la réalité de cette perquisition. Je dis : « ça m’étonne », « ça me semble très bizarre ». Quand je dis : « Prends contact avec nos amis », c’est avec les journalistes qui suivent ça avec attention, avec lesquels Thierry Herzog est en contact et qui ont montré qu’ils étaient très informés des initiatives de certains magistrats. »

    - Qui sont ces journalistes ?

     « Ça, je ne peux pas le dire. »

    - Vous précisez que pour effectuer une perquisition, « ils sont obligés de passer par lui ». Il semble qu’il ne s’agisse pas de journalistes. Cette phrase ne renvoie-t-elle pas à quelqu’un d’autre ?

    « À qui ? »

    - Vous êtes avocat. Le Bâtonnier doit être nécessairement informé. Vos amis peuvent-ils faire partie de l’ordre des avocats ?

    « Mes locaux de la rue de Miromesnil ne sont pas couverts par mon statut d’avocat. D’ailleurs, si j’avais des informateurs, j’aurais été avisé de la perquisition que vous avez réalisée chez Thierry Herzog. »

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