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social

  • Le modèle social président

    Fillon était lundi soir au jité de France 2. Pour triompher de sa jolie victoire ? Non,… pour défendre la Sécurité sociale : « Je le dis ce soir, je prends l'engagement de faire en sorte que toutes les personnes qui doivent être protégées, qui ont des revenus modestes ou moyens, ne seront pas moins remboursées demain qu'aujourd'hui. L'objectif, c'est de regarder s'il n'y a pas, sur certains types de soins, des personnes qui ont des revenus convenables qui peuvent participer un peu plus».

    - Wahou, Fillon, t’as rejoint le Parti communiste, et tu veux faire payer les riches... Fais gaffe à nos lèvres gercées, t’es trop drôle.

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    En 2001, séguiniste défroqué et insipide, Fillon est recruté par Raffarin comme ministre des Affaires sociales. Un bilan plus que moyen, et une branlée aux régionales de 2004,… mais Raffarin lui offre une bouée de sauvetage comme ministre de l'Éducation nationale. Va suivre une réforme Fillon que tout le monde a oublié, sauf lui. Arrive le référendum européen, en mai 2005, pour lequel Fillon soutient le « oui », trahissant Séguin, avec le résultat que l’on sait. Raffarin démissionne et laisse la place au bellâtre Villepin, qui reprend Sarko au gouvernement, mais vire l’inutile Fillon. Lequel vexé comme un pouls explique que « on ne souviendra de rien du mandat de Chirac, sauf de mes réformes ». Ah bon ?

    Quand Sarko se déclare contre Villepin, il prend comme collaborateur ce rescapé. Collaborateur qui va tout approuver et tout signer pendant une campagne et un quinquennat, même sa propre humiliation. 

    Et on se retrouve en 2016. Tricard dans les sondages, il a besoin d'un positionnement marketing. Toutes les places enviables étant prises, il se résout à l’incarnation de Thatcher, avec une déclaration d’amour à la Manif pour tous.

    La semaine dernière encore, Fillon voulait redéfinir les rôles respectifs de l’assurance maladie et de l’assurance privée, expliquant que les remboursements de l'assurance maladie allaient être réservés aux « affections graves ou de longue durée », le reste devant être financé par l'assurance privée. Et comme si ça ne suffisait pas, le mec annonçait la purge des patients « par l’introduction d’une franchise maladie universelle ». Donc tu payes, et on te soigne après.

    C’était samedi. Lundi, c’est déjà l’inverse. La France, c’est ça : un modèle social. Tu piges ? Quand tu es malade, on te soigne sans que tu paies, car tu as fait l’effort par tes cotisations, toi, tes parents, tes enfants ou tes amis. Loin des slogans aussi triomphateurs qu'avachis, la Sécu, c'est la forme vivante de la solidarité, et ça, c'est notre vie.

    Fillon est une mise bien incertaine... et on verra ce qu'il pèse face à un Hollande qui va se présenter,... sans passer par la primaire, j'en fais le pari. 

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  • Elle a perdu son âme, par Cécile Laborde

    La République est menacée par un communautarisme national, qui place la question de l’identité avant la liberté, l’égalité et la fraternité. Cécile Laborde est Professeure de théorie politique à l’Université de Londres, auteure de « Français, encore un effort pour être républicains ». Pas la peine d’être d’accord sur tout pour s’intéresser… Voici une très intéressante tribune publiée dans Libération.

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    Creusement des inégalités, ascenseur social en panne, défiance à l’égard des élites, vague sans précédent d’attentats terroristes islamistes, négligence de la question sociale, crise de l’intégration, victoire sans appel des mouvements populistes xénophobes aux États-Unis et au Royaume-Uni : rarement une période préélectorale aura été aussi lourde d’angoisses et de dangers.

    Un des dangers qui menacent la République française est sa mutation, sournoise mais profonde, en communautarisme national. En particulier, la progression inquiétante d’une laïcité purement identitaire vient mettre à mal le républicanisme, tradition de liberté politique, d’égalité sociale, de citoyenneté laïque et de démocratie.

    La laïcité identitaire est à la fois contre-productive et contraire à l’esprit du républicanisme. Contre-productive, car à jeter en permanence la suspicion sur l’appartenance des musulmans à la communauté nationale, elle fait d’abord le jeu à la fois de Daech et des Trump, Farage et Le Pen, sans faire avancer d’un iota le progrès social. Contrairement à l’esprit du républicanisme ensuite, qui est un principe universaliste et égalitaire, et non communautarisme et identitaire : la République est d’abord une communauté de citoyens, pour reprendre la belle formule de Dominique Schlatter.

    Plusieurs d’entre nous plaident depuis quelques temps pour un républicanisme de la non-domination, qui repenserait les trois termes de la devise républicaine à l’aune de cet idéal.

    La liberté d’abord, conçue non comme émancipation de la religion, mais comme non-domination : non-emprise du citoyen par des pouvoirs arbitraires, économiques, théocratiques, administratifs, politiques, patriarcaux. À trop se focaliser sur des signes et vêtements dont le port, en soi, une bafoue aucun droit, on laisse les « dominations ordinaires » se développer sans vergogne : violence domestique, inégalités d’accès à l’emploi, dégradation du statut des femmes dans les banlieues, discrimination au faciès, insécurité générale sur le marché de l’emploi

    L’égalité ensuite, conçue non comme devoir de réserve religieuse incombant aux citoyens, mais comme découlant de la neutralité religieuse stricte de l’État et des institutions publiques. Les dérogations aux règles communes ne sont pas acceptables quand les règles en question protègent des intérêts fondamentaux : droit à la santé, égalité entre les sexes et les sexualités, droit à l’éducation. Mais quand les règles soi-disant communes reflètent un héritage culturel, particulier et non-universalisable, les accommodements et dérogations ne sont pas déraisonnables. Les demandes de juifs ou de musulmans d’absences pour congé religieux, de menus sans porc ou d’écoles privées, ne sont pas des demandes de statut spécial, mais bien des rétablissements de l’égalité dans un contexte de domination catho-laïque.

    La fraternité enfin, conçue comme un principe, non d’assimilation culturelle, mais d’inclusion égalitaire. Il est légitime et même nécessaire, dans une République, que les citoyens s’identifient à leur communauté politique : la radicalisation salafiste pose sur ce point un défi aux fondements de la fraternité républicaine. Mais il faut aussi que les termes de l’intégration proposée ne tracent pas une frontière entre ceux qui sont spontanément et naturellement français, et ceux dont l’origine de la région, la couleur de peau, le prénom les pratiques vestimentaires ou alimentaires trahissent un déficit d’appartenance à une communauté nationale ethnicisée.

    La République est en danger. Quand la réponse politique à chaque vague d’attentats islamistes est une énième proposition de régulation du port de vêtements féminins, il devient clair, non seulement que la République a perdu son âme, mais qu’elle s’expose à un danger fatal : celui d’être mis à bas par ceux qui ne sont tenus par aucune de ses promesses, et qui ne proposent que d’illusoires remèdes identitaires ou profonds maux politiques, économiques et sociaux dont souffre la France.

  • Christophe Guilluy : « Faire passer les classes populaires pour fascisées est très pratique »

    Pas facile d’y voir clair par les temps qui courent, et les avis éclairant sont recherchés,… sans qu’il soit besoin d’être d’accord sur tout… Voici un très intéressant entretien de Christophe Guilluy avec Clément Pétreault, dans Le Point. Christophe Guilluy est un géographe, auteurs de nombreux ouvrages, dont le dernier Le Crépuscule de la France d'en haut, 2016, Flammarion.

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    Entretien avec Christophe Guilluy

    Le Point.fr : L'élection d'un populiste comme Donald Trump ne semble pas vous étonner. Un tel scénario pourrait-il advenir en France ?

    Christophe Guilluy : Étant donné l'état de fragilisation sociale de la classe moyenne majoritaire française, tout est possible. Sur les plans géographique, culturel et social, il existe bien des points communs entre les situations françaises et américaines, à commencer par le déclassement de la classe moyenne. C'est « l'Amérique périphérique » qui a voté Trump, celle des territoires désindustrialisés et ruraux qui est aussi celle des ouvriers, employés, travailleurs indépendants ou paysans. Ceux qui étaient hier au cœur de la machine économique en sont aujourd'hui bannis. Le parallèle avec la situation américaine existe aussi sur le plan culturel, nous avons adopté un modèle économique mondialisé. Fort logiquement, nous devons affronter les conséquences de ce modèle économique mondialisé : l'ouvrier – hier à gauche –, le paysan – hier à droite –, l'employé – à gauche et à droite – ont aujourd'hui une perception commune des effets de la mondialisation et rompent avec ceux qui n'ont pas su les protéger. La France est en train de devenir une société américaine, il n'y a aucune raison pour que l'on échappe aux effets indésirables du modèle.

    Vous considérez que personne n'a vu venir le phénomène Trump ou le Brexit, car les représentations des classes populaires sont erronées…

    Dans l'ensemble des pays développés, le modèle mondialisé produit la même contestation. Elle émane des mêmes territoires (Amérique périphérique, France périphérique, Angleterre périphérique…° et de catégories qui constituaient hier la classe moyenne, largement perdue de vue par le monde d'en haut.

    Oui, la perception que des catégories dominantes – journalistes en tête – ont des classes populaires se réduit à leur champ de vision immédiat. Je m'explique : ce qui reste aujourd'hui de classes populaires dans les grandes métropoles sont les classes populaires immigrées qui vivent dans les banlieues c'est-à-dire les minorités : en France elles sont issues de l'immigration maghrébine et africaine, aux États-Unis plutôt blacks et latinos. Les classes supérieures, qui sont les seules à pouvoir vivre au cœur des grandes métropoles, là où se concentrent aussi les minorités, n'ont comme perception du pauvre que ces quartiers ethnicisés, les ghettos et banlieues... Tout le reste a disparu des représentations. Aujourd'hui, 59 % des ménages pauvres, 60 % des chômeurs et 66 % des classes populaires vivent dans la « France périphérique », celle des petites villes, des villes moyennes et des espaces ruraux.

    Pour expliquer l'élection de Trump, les médias américains évoquent « la vengeance du petit blanc ». Un même désir de vengeance pourrait-il peser dans la prochaine élection française ?

    Faire passer les classes moyennes et populaires pour « réactionnaires », « fascisées », « pétinisées » est très pratique. Cela permet d'éviter de se poser des questions cruciales. Lorsque l'on diagnostique quelqu'un comme fasciste, la priorité devient de le rééduquer, pas de s'interroger sur l'organisation économique du territoire où il vit. L'antifascisme est une arme de classe. Pasolini expliquait déjà dans ses Écrits corsaires que depuis que la gauche a adopté l'économie de marché, il ne lui reste qu'une chose à faire pour garder sa posture de gauche : lutter contre un fascisme qui n'existe pas. C'est exactement ce qui est en train de se passer.

    C'est-à-dire ?

    Il y a un mépris de classe presque inconscient véhiculé par les médias, le cinéma, les politiques, c'est énorme. On l'a vu pour l'élection de Trump comme pour le Brexit, seule une opinion est présentée comme bonne ou souhaitable. On disait que gagner une élection sans relais politique ou médiatique était impossible, Trump nous a prouvé qu'au contraire, c'était faux. Ce qui compte, c'est la réalité des gens depuis leur point de vue à eux. Nous sommes à un moment très particulier de désaffiliation politique et culturel des classes populaires, c'est vrai dans la France périphérique, mais aussi dans les banlieues où les milieux populaires cherchent à préserver ce qui leur reste : un capital social et culturel protecteur qui permet l'entraide et le lien social. Cette volonté explique les logiques séparatistes au sein même des milieux modestes. Une dynamique, qui n'interdit pas la cohabitation, et qui répond à la volonté de ne pas devenir minoritaire. 

    Donc pour vous les élites essaieraient de « rééduquer le peuple » plutôt que de le régler ses problèmes ?

    La bourgeoisie d'aujourd'hui a bien compris qu'il était inutile de s'opposer frontalement au peuple. C'est là qu'intervient le « brouillage de classe », un phénomène, qui permet de ne pas avoir à assumer sa position. Entretenue du bobo à Steve Jobs, l'idéologie du cool encourage l'ouverture et la diversité, en apparence. Le discours de l'ouverture à l'autre permet de maintenir la bourgeoisie dans une posture de supériorité morale sans remettre en cause sa position de classe (ce qui permet au bobo qui contourne la carte scolaire, et qui a donc la même demande de mise à distance de l'autre que le prolétaire qui vote FN, de condamner le rejet de l'autre). Le discours de bienveillance avec les minorités offre ainsi une caution sociale à la nouvelle bourgeoisie qui n'est en réalité ni diverse ni ouverte : les milieux sociaux qui prônent le plus d'ouverture à l'autre font parallèlement preuve d'un grégarisme social et d'un entre-soi inégalé.

    Vous décrivez le modèle économique libéral comme « prédateur » du modèle républicain… Vous y allez un peu fort !

    Nous, terre des lumières et patrie des droits de l'homme, avons choisi le modèle libéral mondialisé sans ses effets sociétaux : multiculturalisme et renforcement des communautarismes. Or, en la matière, nous n'avons pas fait mieux que les autres pays.

    Seul le FN semble trouver un écho dans cette France périphérique...

    Le FN n'est pas le bon indicateur, les gens n'attendent pas les discours politiques ou les analyses d'en haut pour se déterminer. Les classes populaires font un diagnostic des effets de plusieurs décennies d'adaptation aux normes de l'économie mondiale et utilisent des candidats ou des référendums, ce fut le cas en 2005, pour l'exprimer.

    Comment percevez-vous le phénomène Macron ?

    Il y a au moins une chose qu'on ne peut pas lui reprocher : il n'avance pas masqué ! Il ne cherche pas à faire semblant de tenir un discours « de gauche ». Il dit : « pour s'en sortir, il faut encore plus de libéralisme » ce qui est assez cohérent intellectuellement et assez représentatif de ce qu'est devenue la gauche.

  • «Casseurs» : Renverser l’accusation

    Une excellente tribune publiée dans Libé du 26 mai 2016, décrivant la stratégie du gouvernement qui, perdu devant un mouvement auquel il ne pige rien – style l’article 2 horizon indépassable du débat social – qui se crée des adversaires merveilleux, à savoir des groupes organisés voulant détruire notre brave société… Eux qui sont, d’une manière ou d’une autre, au pouvoir depuis 35 ans n’ont évidemment aucune responsabilité dans les problèmes que rencontre le pays, car ces problèmes sont le fait d’ennemis de l’intérieur… Le spectacle d’un gouvernement qui, sans autre pensée que sa survie, se radicalise.

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    «Casseurs» : renverser l’accusation

    Voilà deux mois que le gouvernement ne sait plus que faire pour venir à bout d’un mouvement auquel il ne comprend rien. Après avoir usé jusqu’à la lie la rhétorique anticasseur, il inaugure depuis la semaine dernière une nouvelle stratégie afin d’écraser ce qui lui résiste. Cette stratégie consiste à isoler, sur les suggestions des services de renseignement, des «groupes organisés» constitués policièrement en «associations de malfaiteurs», puis à les accuser de faits dont on exagère la gravité afin de pétrifier tant la population que ceux qui luttent. Ainsi, on annonçait jeudi 19 mai l’arrestation à Rennes d’un groupe de 20 «casseurs»,  jeunes  «radicalisés»  appartenant à la «mouvance anarcho-autonome», une «association de malfaiteurs» qui s’apprêtait à «saboter» le métro de la ville. Renseignements pris, le sabotage en question était une action de blocage économique décidée en assemblée générale interprofessionnelle et menée de concert avec la CGT-Route qui bloquait les axes routiers en périphérie de la ville. L’«association de malfaiteurs» se réunissait dans les locaux de Sud-Solidaires et s’apprêtait, en fait, à coller des autocollants sur les composteurs de billets, voire, pour les plus extrémistes, à y introduire de la mousse expansive.

    C’est une manœuvre identique qui a été déployée à Paris le 18 mai suite à l’attaque d’une voiture sérigraphiée de la police par des manifestants. Alors que le syndicat de police Alliance privatisait la place de la République et faisait des «selfies» aux côtés de Marion Maréchal-Le Pen, d’Eric Ciotti et de Gilbert Collard, une contre-manifestation sauvage, repoussée à coups de gaz lacrymogènes, s’élançait dans les rues de Paris. C’est dans ces conditions qu’une voiture de police prise dans la circulation a dû essuyer un concentré de cette colère que l’on voit éclater depuis deux mois, à chaque manifestation. Qu’à force de se faire brutaliser, les plus pacifiques des manifestants en soient venus à entonner les slogans «Tout le monde déteste la police», «Même la police n’aime pas son travail», «Que fait la police, ça crève les yeux», devrait à tout le moins interroger. Suite à l’incendie du véhicule, le gouvernement allumait un contre-feu en gonflant l’incident en «tentative d’homicide volontaire». A cet effet, on occultera opportunément qu’à la vue des premiers manifestants, le policier a sorti son arme de service, voulant les repousser, et que ces mêmes manifestants ont aidé la policière à sortir du véhicule ; on transformera le bout de plastique dont se défend le policier en «barre de fer», des manifestants en «association de malfaiteurs» et on ira chercher des coupables présélectionnés par les services de renseignement parmi les militants de l’Action antifasciste Paris-Banlieue (AFA), que l’on essayait depuis une bonne semaine d’interdire de manifester. Et tous les médias de reprendre en chœur cette construction grotesque. Qu’importe qu’après deux jours de garde à vue, le ministère de l’Intérieur lui-même concède dans les pages du Monde qu’il n’y a, en l’état, aucun élément permettant de lier ces quatre militants à l’incendie de la voiture.

    On comprend mieux à présent le sens de la déclaration de Manuel Valls au Sénat mardi 17 mai : «Ces Black Blocs, ces amis de monsieur Coupat, toutes ces organisations qui au fond n’aiment pas la démocratie, qui la contestent, qui en contestent les principes, trouveront la plus grande détermination de l’Etat, de la police et de la justice.» Ce qui était alors en préparation, à Rennes comme à Paris, était une manœuvre identique à celle qu’avaient tentée Michèle Alliot-Marie et Alain Bauer à l’époque du raid antiterroriste de Tarnac : cibler sur les conseils des services de renseignement un groupe d’opposants à éliminer, leur imputer des faits controuvés, construire sur cette base une «association de malfaiteurs» et tabler sur le suivisme et la lâcheté médiatiques pour faire passer l’accusation dans l’opinion.

    Si, à l’époque, cette manœuvre a fini par piteusement échouer, c’est parce que nombreux furent celles et ceux qui, derrière le discours policier et gouvernemental, devinaient l’opération politique. Ce qui se prépare en ce moment, ce sont des «affaires de Tarnac » en série. C’est pourquoi nous appelons à soutenir les mis en examen de Rennes ou de Paris, ainsi que les lycéens, étudiants et manifestants mis en examen et qui parfois attendent en préventive leur comparution. Nous appelons à déjouer toute tentative de les isoler et de les instrumentaliser et à lutter pour l’abandon des charges extravagantes pesant sur eux : bref, à renverser l’accusation.

    Parmi les premiers signataires :

    Jean-Claude Amara Droits devant !, Loïc Artiaga Maître de conférences, Ludivine Bantigny Historienne, Emmanuel Barot Philosophe, Nicolas Bautès Universitaire, Daniel Blondet Militant anti-impérialiste, Christophe Bonneuil Historien, Simon Borja Chercheur en science politique, Ali Boulayoune Sociologue, Jérôme Bourdieu Economiste, Houria Bouteldja Militante politique, Jean-Pierre Bouyxou Ecrivain et journaliste, Eric Brun Sociologue, Joël Cabalion Sociologue, Vanessa R. Caru Chercheuse au CNRS, Manuel Cervera-Marzal Sociologue, Grégoire Chamayou CNRS, Déborah Cohen Historienne, Dominique Connan Chercheur, Simon Cottin-Marx Corédacteur en chef de la revue Mouvements, François Cusset Historien et écrivain, Christine Delphy Sociologue et féministe, Gérard Delteil Ecrivain, Emmanuel Deronne Enseignant-chercheur, Nathalie DesquenesJournaliste, Béatrice Dezy Enseignante, Paul Dirkx Sociologue, Elsa Dorlin Philosophe, Joss Dray Photographe, Julien Dufour Doctorant en sociologie, Cédric Durand Economiste, Annie Ernaux Ecrivaine, Jean-Baptiste Eyraud Militant associatif,Samantha Faubert Hispaniste, Alain Frappier Illustrateur,Désirée Frappier Scénariste, Bernard Friot Sociologue et économiste, Franck Gaudichaud Politologue, Vincent GaySyndicaliste et enseignant, François Gèze Editeur, Pierre-Henri Gouyon Professeur au Muséum national d’histoire naturelle, Nacira Guénif Sociologue et anthropologue, Nicolas Haeringer Militant associatif, Hugo Harari-Kermadec Economiste, Eric Hazan Editeur, Hervé Huntzinger Historien, Nicolas Jaoul Chercheur au CNRS, François Jarrige Historien, Francis Juchereau Responsable associatif, Leslie Kaplan Ecrivaine, Razmig Keucheyan Sociologue, Stathis Kouvelakis Philosophe, Jean-Sébastien Kroll-Rabotin Enseignant-chercheur en école d’ingénieurs, Rose-Marie Lagrave Sociologue, Patrice LardeuxMilitant CGT, Mathilde Larrère Historienne, Michelle Lecolle Linguiste, Olivier Le Cour Grandmaison Universitaire, Marius Loris Historien et poète, Pascal Maillard Universitaire et militant, Philippe Marlière Politiste, Guillaume Mazeau Historien, Daniel Mermet Journaliste et écrivain, Fabienne Messica Consultante, Bénédicte Monville-De Cecco Conseillère régionale Ile-de-France (EE-LV), Olivier Neveux Historien d’art,Nicolas Oppenchaim Sociologue, Yves Pagès Ecrivain et éditeur, Ugo Palheta Sociologue, Eugénia PalierakiHistorienne, Luca Paltrinieri Philosophe, Willy Pelletier Sociologue, Irène Pereira Sociologue, Christine Poupin Porte-parole du NPA, Serge Quadruppani Ecrivain, Thierry Ramadier Directeur de recherches au CNRS, Manuel Rebuschi Enseignant-chercheur en philosophie, Marie Rivière Comédienne, Olivier Roueff Chercheur en sociologie au CNRS, Alexandre Rosenstein Etudiant en sociologie, Kristin Ross Historienne, Catherine Samary Economiste, Pierre SauvêtreChercheur en sociologie, Guillaume Sibertin-Blanc Philosophe, Jacques Testart Biologiste, Sylvie Tissot Sociologue, Marcomczak Enseignant-chercheur, RémyToulouse Editeur, Enzo Traverso Historien,Patrick Vassort Sociologue, Anne-Laure Vernet Enseignante-chercheure en arts plastiques, Nicolas Vieillescazes Editeur, Olivier Vinay Agrégé de biologie et vétérinaire, Sophie Wahnich Directrice de recherches au CNRS, Willem Dessinateur, Philippe Zarka Astrophysicien.

  • 49-3, un jeu de dupes

    187550799-amelie-de-chastel-jeux-de-dupes-nous-deux-196.jpgAux dernières élections législatives partielles, à Nantes, le taux d’abstention était de 75 %. Un vrai chiffre qui parle : à quoi sert le Parlement ? La décision d’El Blanco de recourir au 49-3 n’a pas de quoi encourager l’électeur…

    Alors, ce 49-3, comment ça marche ?

    L’Assemblée nationale a deux types de fonctions : d’une part le vote des lois, d’autre part, le contrôle politique du gouvernement.

    Lorsque l’opposition estime que le gouvernement doit être renversé, elle peut déposer une motion de censure. Si cette motion recueille une majorité absolue de votes, soit 289 voix, le Premier ministre doit remettre au Président de la République la démission de son gouvernement (art. 50).

    Bravo, c’est très démocratique : l’Assemblée, qui représente le peuple, assure son contrôle sur le gouvernement…

    Sauf que c’est bidon. Le scrutin majoritaire à deux tours, qui est le régime pour les législatives, dégage de nettes majorités, et il faut envisager une scission de la majorité réunir cette majorité absolue capable de renverser le gouvernement. C’est arrivé une seule fois en 1962, quand De Gaulle voulait faire passer son projet d’élection du président de la République par le suffrage universel. 

    Mais là nous sommes dans le cadre du vote d’une loi…

    Oui, et ça c’est toute la spécificité du 49-3. Le gouvernement décide de jouer son avenir sur un projet de loi, en engageant sa responsabilité politique. Donc il n’y a plus de débat sur la loi mais un débat de politique générale, et si la motion de censure est rejetée, le projet du gouvernement devient une loi, sans qu’il n’y ait de débat sur le texte.

    Donc, tout le travail législatif passe à la trappe ?

    Exactement. Voici le texte exact de cet article 49 alinéa 3 : « Le Premier ministre peut, après délibération du Conseil des ministres, engager la responsabilité du Gouvernement devant l'Assemblée nationale sur le vote d'un projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l'alinéa précédent ».

    C’est un coup de force du gouvernement ?18922640.jpg

    C’est surtout une marque de faiblesse. Le gouvernement est en difficulté pour faire voter la loi réformant le Code du travail, et le débat parlementaire peut amener des modifications importantes au texte, en tenant compte notamment de toutes les protestations qui s’élèvent à travers le pays. D’où le choix du 49-3 : il n’y a pas la moindre chance que la motion de censure que va déposer l’opposition l’emporte, et la loi va ainsi être adoptée d’un bloc.  

    Mais les "frondeurs" sont très opposés à l’utilisation du 49-3…

    Certes, mais ça ne change rien : ils ne voteront pas la motion de censure que va présenter la Droite. Et si jamais un député le fait, il est sûr qu’il n’aura plus jamais l’investiture du PS pour être réélu. Ca calme…

    C’est quand même une bonne opportunité pour la Droite ?

    Ça va lui permettre de faire un petit cirque politique pour dire que le gouvernement est faible… mais une victoire éventuelle de la motion de censure serait pour une catastrophe, conduisant à des législatives anticipées pour lesquelles elle n’est pas prête, et qu’elle ne souhaite pas.

    Donc c’est un jeu d’ombres, entièrement négatif ?

    Un jeu de dupes… Ce spectacle à l’Assemblée nationale est affligeant. Et la réforme du Code du travail va être adoptée sans débat législatif. Un aveu grave de faiblesse, parce que ce texte, ce n’est pas rien… C’est la vie de tous au travail.

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