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  • Chômeur immolé par le feu : La violence de la loi sociale

    Un suicide bouleverse, et face à ce geste personnel, rien n'est possible d'autre que le recueillement et la compassion. Mais, il s'agit du geste d'un chômeur qui s'immole par le feu devant son agence Pôle emploi, ce qui nous parle beaucoup, et il faut avancer sur le terrain des réalités.

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    Le personnel de Pôle emploi n’est pas en cause, tout le montre.

    Cet homme de 43 ans était très déterminé. Il avait annoncé son geste par mail, apportant bien des précisons sur sa motivation. Une première annonce, puis le report d’un jour.

    Voici ces deux mails.

    Mardi 12 février, 10 h 12 : « Aujourd'hui, c'est le grand jour pour moi car je vais me brûler à Pôle emploi. J'ai travaillé 720 h et la loi, c'est 610 h. Et Pôle emploi a refusé mon dossier ».

    Mardi 12 février, 12 h 55 : « Je suis allé à Pôle emploi avec 5 litres d'essence pour me brûler, mais c'est fermé le 12/02/2013 ; alors ça sera demain le 13 ou le 14, car ce serait vraiment préférable au sein de Pôle emploi merci ».

    Les services de secours étaient bien présents, très vigilants. Mais sa détermination a fait le reste. Il est parvenu à s’approcher de l’agence, s’est aspergé d’essence et a mis le feu. Le désespoir total.la-republique-sociale-1946.jpg

    Le désespoir qui conduit à préférer la mort ? Impossible d’en parler sans être un intime, et encore... Mais, notre devoir est d’aller le plus loin possible sur le chemin de la compréhension, car la trame est une injustice d’une grande violence, et le drame est que cette injustice est légale.

    Les meilleures explications sont pour le moment venues de Stéphane Guillou, représentant CGT Pôle Emploi-Pays de Loire. On apprend que, demandeur d'emploi indemnisé, notre ami avait repris une activité sans la déclarer à Pôle Emploi, continuant ainsi à percevoir de manière inchangée ses indemnités.

    Stéphane Guillou explique : « Il est allé lundi faire valoir ses droits aux allocations. Mais ceux-ci lui ont été refusés car il n'a pas déclaré pendant son indemnisation des reprises d'activités. Il était persuadé que ce travail allait lui permettre d'obtenir de nouveaux droits. Les gens, parfois par ignorance, ne déclarent pas une période d'activité professionnelle et bénéficient simultanément de l'indemnisation chômage. Dans ce cas, non seulement le trop perçu doit être remboursé mais la dite période d'activité n’ouvre pas à de nouveaux droits à l'assurance-chômage ». Et le syndicaliste dénonce une « double peine ».

    J’essaie de résumer. Ce chômeur indemnisé a eu, suite à des démarches personnelles, l’occasion de retrouver un travail de quelques semaines, auprès de patrons réguliers. L’emploi a été déclaré à l’URSSAF, mais pas au Pôle emploi, et le salaire s’est cumulé à l’indemnisation chômage. Aucune fraude, et bien au contraire, notre ami pensait que cela renforcerait ses droits. Mais cette activité a eu pour effet de l'obliger à rendre un trop perçu, ce que dans une certaine limite on peut admettre, mais surtout, lui a fait perdre le bénéfice de l’indemnisation.

    Cet homme était un juste, ces derniers messages l'attestent : il réclame l'allocation chômage en faisant état du nombre de ces heures travaillées. Il a juridiqement tort ? Admettons,... mais cela laisse intacte la vraie question, qui est l'obnubilation des responsables de Pole emploi sur la réglementation. Tout le monde avait compris l détermination de cet homme. Il suffisait de lui accorder le bénéfice de la bonne foit, et de régler l'affaire dans la discrétion en lui accordant cette prise en charge: il serait encore vivant. 

    Cette obnubilation sur le réglement alors que la vie d'un homme est en jeu est dramatique.

    Le Parlement doit se saisir de cette question, et tout vérifier. Il y a eu des commissions d’enquête pour moins que cela. Je rappelle cette donnée, si banalisée : les lois sociales sont telles que seul un chômeur sur deux est indemnisé. Ce n’est plus un drame personnel, c’est une société qui se perd.  

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    La République universelle démocratique et sociale - Le Pacte

    Frédéric Sorrieu, 1848, Musée Carnavalet, Paris

  • La Cour des Comptes condamne l’indemnisation du chômage

    Coûteux, inefficace et inégalitaire : La Cour des Comptes condamne à la relégation le système d’assurance chômage, et alerte les pouvoirs publics. Le blog n’est pas (encore) un pouvoir public, mais il s’est quand même alerté, car le chômage est le problème numéro 1 pour la France.

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    Le cadre économique et social

    Par rapport à la moyenne de l’OCDE, l’activité économique  en France a relativement résisté à la crise, mais l’augmentation du chômage à partir de 2009 a été nette, surtout dans les catégories les plus fragiles.

    La Cour relève deux spécificités :

    les employeurs se sont adaptés à la baisse d’activité en diminuant les effectifs plutôt qu’en diminuant le nombre d’heures travaillées, alors que l’Allemagne a contenu l’augmentation du chômage par un recours plus fréquent au chômage partiel ;

    - il se dégage un dualisme du marché du travail, avec des travailleurs relativement protégés et d’autres plus exposés (emploi temporaire, mobilités fréquentes et non volontaires).

    Un régime difficilement soutenable

    Le  régime d’indemnisation du chômage mis en œuvre depuis la nouvelle convention de 2009 est plus protecteur que dans beaucoup d’autres pays, mais, selon la Cour ce régime n’est plus soutenable.

    D’abord, le coût. En 2010, le déficit était de 9 milliards d’euros, et il est attendu à 18,5 milliards en 2013. La Cour souligne le coût du régime d’indemnisation des intermittents du spectacle, dont le déficit annuel s’élève à 1 milliard d’euros au profit de 3 % seulement des demandeurs d’emplois.

    Ensuite, la pertinence. Seulement 44,8% des demandeurs d’emplois sont indemnisés, en raison notamment de l’arrivée en fin de droits d’un part élevée de chômeurs. Plus grave encore, la Cour écrit : « L’articulation avec les dispositifs de solidarité (allocation de solidarité spécifique, RSA) est restée complexe et conduit à des ruptures dans la prise en charge de demandeurs d’emplois ». Bref, le système tient car des chômeurs ne peuvent faire valoir leurs droits...

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    Des dispositifs peu efficaces

    Les instruments de politique de l’emploi sont obsolètes, et d’une efficacité décevante. L’indemnisation du chômage partiel – « activité partielle de longue durée » (APLD) – est complexe et peu attractif. Les contrats aidés, une spécificité française, ne marchent pas et n’ont jamais.

    La formation professionnelle continue requiert des financements considérables (plus de 31 milliards d’euros), dont près de la moitié est consacrée à l’indemnisation des stagiaires pendant la formation. « Cet effort a tendance à reproduire, voire amplifier, les inégalités engendrées par le fonctionnement du marché du travail, la formation bénéficiant plus aux salariés déjà les mieux formés. L’effort de formation des demandeurs d’emploi est particulièrement insuffisant »

    Les contrats de professionnalisation, avec une formation en alternance, ont été peu orientés vers les moins diplômés, en contradiction avec les objectifs poursuivis. De même, le contrat de sécurisation professionnelle (CSP) ne joue que pour les salariés licenciés, et pas pour ceux qui arrivent en fin de contrat à durée déterminée ou de mission d’interim.

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    La Gouvernance

    Vient le moment de bravoure, avec la gouvernance : « Les actions menées par l’Etat, les régions, les partenaires sociaux, ainsi que leurs opérateurs (Pôle emploi, OPCA, etc.) se superposent sans véritable coordination ». La politique de l’emploi, c’est pour l’Etat, mais la formation professionnelle continue est organisée par les partenaires sociaux, en lien avec les régions, avec une multiplicité de centres de décision, et la Cour appelle à une « simplification radicale ».

    Au total, le système est pour la Cour inadapté à un contexte de chômage durablement.

    La Cour liste une série de 26 propositions, dont voici les principales :

    - réviser l’ensemble des paramètres permettant de rétablir la situation financière du régime d’assurance chômage et notamment le régime des intermittents du spectacle ;

    - rendre plus coûteuses les contributions des employeurs ayant le plus recours aux contrats courts (CDD et intérim) ;

    - accroître les incitations au retour à l’emploi ;

    - renforcer la cohérence des prestations versées.

    Rien de bien neuf diront ceux qui se coltinent ces questions au jour le jour. Ouaip, sauf que là, le médecin a posé un diagnostic global, et qu’il appelle à un traitement d’ensemble. Qui le fera ? 

     

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  • 30 000 places de plus en prison : Et puis quoi, encore ?

    001.jpgC’est à ce genre de truc qu’on se rend compte qu’il n’y a plus d’opposition en France. Sarko annonce la construction de 30 000 places de prison supplémentaires d’ici 2017, et ça passe comme une lettre à la poste. Avec les 50 000 places actuelles, on atteint un niveau record d’occupation d’environ 65 000 détenus ; avec les 80 000 places, on arrivera à 100 000. Et tout le monde s’en fout ! La société a oublierait-elle ce qu’est la liberté ?

     

    Aubry voulait être la « présidente de la sécurité » : elle est aux anges. Hollande veut prendre le temps pour remettre à plat le système pénal. Avant de remettre à plat, on enferme, c’est plus prudent. Question justice, ces leaders décérébrés, junkies des sondages d'opinion, peuvent prendre leur carte à l’UMP.

     

    Le premier argument du laïus, c’est que ces places sont nécessaires pour résorber le retard dans l’exécution des peines. Argument faux : ces courtes peines, au titre de la loi pénitentiaire, concernent des concitoyens peu dangereux et elles doivent être exécutés sous le régime d’un aménagement : surveillance électronique, placement extérieur ou semi-liberté, travail avec le comité de probation. La prison vient en cas d’échec, et l’alternative à la prison permet, dans ce cadre contraignant d’entreprendre un travail utile. Ces peines coûtent moins, en investissement comme en fonctionnement, et elles sont la meilleure solution contre la récidive. Il faut renforcer les services sociaux : efficace, mais pas valable électoralement.

     

    L’Observatoire des prisons rappelle les chiffres : « Les taux de récidive les plus élevés concernent les détenus qui ont purgé la totalité de leur peine en prison : 63% de récidive dans les cinq ans pour les libérés en fin de peine sans aménagement ; parallèlement, les condamnés à des peines alternatives récidivent moins (45%) ».

     

    Le second argument est l’entretien de cette illusion totale que tout ira mieux quand on aura enfermé les dangereux. A 50 000 places, la société va mal ; à 80 000 places, ce sera le bonheur de la sécurité. Et, avec l’approbation silencieuse de la « Gauche », Sarko accrédite l’idée que la société va si mal qu’il faut augmenter de 60% le nombre de  places en prison. Bonne vieille politique de la peur.

     

    S’interroger sur les chemins qui conduisent au basculement délinquant ? S’intéresser aux causes réelles de la récidive, après l’étude circonstanciée des dossiers ? On peut toujours approfondir, mais ces questions sont bien connues, et la réponse est l’intensification du travail social, pour préserver à la privation de liberté son sens, qui est celui de l’exception.

     

    Mais les temps ont changé. Priver de liberté est devenu banal, et tous les leaders politiques se retrouvent pour dire que si on punissait plus, ça irait mieux. L’avenir passe par la punition.

     

    « Cette procédure qui guette ceux que la société rejette » : Léo Ferré  vivait à une époque heureuse, humaine. Aujourd’hui il devrait chanter : « Cette prison qui guette ceux que la société rejette ». J’espère que le grand poète ferait encore salle comble, mais parfois j’en doute.

     

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  • Les affiches de campagne de DSK

    En exclusivité sur le blog, et grâce à notre équipe d'investigation en eaux troubles, voici les affiches de la campagne de DSK. Enfin, le socialisme devient moderne, et dessine la nouvelle donne sociale. Un message fort...

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  • Les anarchistes ? Le désespoir ?

    Deux attentats signés par un groupe anarchiste italien. Et des attentats qui ne sont  pas rien : au cœur de Rome, deux ambassades, la Suisse et le Chili, et deux blessés.

    Quelques heures plus tard, un communiqué de la Fédération anarchiste informelle (Federazione Anarchica Informale) revendique : « Nous avons décidé de faire entendre de nouveau notre voix par des mots et des actes, nous détruirons le système de domination, vive les FAI, vive l'Anarchie ! » Alors, des actes isolés, que l’on oubliera vite, ou le début de quelque chose ? Difficile de dire, car on ne dispose que de bien peu d’informations.

    La Fédération anarchiste informelle est connue depuis 2003, avec à son actif une série d’attentats à l’explosif entre les années 2003 et 2005, mais elle était en sommeil depuis. Alors, un coup spectaculaire, venu de nulle part et destiné à rester sans suite ? Ces structures sont micropuciennes, et il ne s’agit pas de fantasmer sur des réseaux et des chefs clandestins qui n’existent pas.

    Pour autant, comment ne pas voir que le marécage économique et social dans laquelle patauge l’Europe induit la révolte et la violence ? Et que sur ce terreau, vont s’improviser des groupes portant des étiquettes aléatoires mais activant le feu de la violence. Violence qui n’a jamais rien amené d’autre que le raffinement de la répression, et qui s’avère une ressource inespérée, en réaction, pour l’opinion conservatrice.  

    Face aux difficultés des temps présents, les dirigeants politiques se montrent incapables de parler, justes bons à débiter les formules à la con de leurs chargés de com’ et à faire les cacous en sortant de leur belles bagnoles bien brillantes, pour filer vers d’improbables discussions du Conseil européen.

    Ces attentats s’inscrivent dans un contexte. La violence a été très présente en France, le mois dernier. Elle était aussi à Londres, à Athènes ou à Rome. Et peut-être avez-vous hier vu cette scène terrible d’un homme, Adrian Sobaru, se jetant du balcon surplombant l'hémicycle du Parlement roumain, en plein séance, en hurlant en direction d’Emil Boc, le premier ministre : « Boc, tu as volé les droits des enfants ».

    Adrian a été grièvement blessé, mais ses jours ne sont pas en danger. Il est le père de deux enfants, dont un est autiste. A la suite des mesures d'austérité adoptées par le gouvernement en juillet dans le cadre du plan négocié avec le FMI, sa famille a perdu une partie de l'aide destinée aux soins de son fils.

    2010 était mauvais, et 2011 le sera. Même si dans cette situation difficile, l’Europe garde de beaux atouts, mais il faut arrêter de se mentir. Nous ne sommes partis pour plusieurs années difficiles, au mieux de stagnation, et la priorité doit être la solidarité.  

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    La violence sociale
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