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solidarité

  • L’avenir paysan était à Bilbao

    Un congrès magnifique, sympathique chaleureux et engagé, j’ai adoré, franchement il se passe de belles choses sous notre soleil… C’était à Bilbao, avec La Via Campesina, ce superbe mouvement international qui rassemble 200 millions « de paysannes et de paysans, de petits et de moyens producteurs, de sans terre, de femmes et de jeunes du monde rural, d’indigènes, de migrants et de travailleurs agricoles… ». La Via Campesina regroupe 164 organisations locales et nationales dans 73 pays d’Afrique, d’Asie, d’Europe et des Amériques. Fondée sur les principes d’unité du monde paysan et de solidarité, La Via Campesina défend l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire comme moyen pour promouvoir la justice sociale et la dignité, et elle combat ces fléaux que sont l’agriculture industrielle et les entreprises multinationales, qui détruisent les relations sociales et l’environnement.

    Le thème de congrès était « : « Nous nourrissons nos peuples et construisons le mouvement pour changer le monde ». Bien sûr, aucun écho dans notre noble presse française, qui préfère développer de puissantes analyses sur les interactions entre la durée des poignées de mains diplomatiques et le réchauffement climatique. En effet…

    Belles rencontres, discussions passionnantes, partage d’expériences, bouffe délicieuse et bon vin : tout était pilepoil ! Prochain congrès dans 4 ans, ça va être long…

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    Voici la présentation de La Via Campesina – Europe

    1/ Combien y a-t-il de paysan-ne-s en Europe?

    En Europe, un total de 12 248 000 fermes travaillent quelques 174 millions de terres arables où travaillent près de 25 millions de personnes dans des activités agricoles. Les petit-e-s paysan-ne-s sont la majorité. Seuls 2,7% des exploitations sont des grandes fermes de plus de 100 hectares. Environ 97%, soit 11 885 000 des fermes, ont moins de 100 ha. 75% des fermes moins de 10 ha et 69% moins de 5 ha. Les terres sont contrôlées par les fermes industrielles. Les fermes industrielles (2,7%) de plus 100 ha contrôlent 50% du total des terres arables en Europe. Cela signifie que 336 000 fermes contrôlent 91 millions d'hectares. Les 50% restants des terres arables sont partagées par 97% des paysan-ne-s européen-ne-s (presque 12 millions de fermes).

    2/ Les petites fermes nourrissent le peuple en Europe.

    Avec en leur possession seulement 30 à 50% des terres arables, les petits paysan-ne-s nourrissent les peuples d'Europe. En effet, ils produisent plus par unité de terre que les grands exploitants. Les données d'Eurostat démontrent ainsi que ces derniers ne produisent que 11% de la production agricole. « Dans 21 pays, les petits paysans ont une plus grande Marge brute standard (différence entre prix de vente et coût de revient) par hectare que les grandes exploitations. Dans neuf de ces pays (Bulgarie, Grèce, Espagne, Italie, Pays-Bas, Autriche, Portugal, Roumanie et Royaume-Uni), la marge par hectare des petites exploitations est deux fois supérieure à celle des grandes. »

    3/ Les petites fermes créent de l'emploi.

    Dans l'Europe des 27, les grandes exploitations ne génèrent que 5% du total de l'emploi agricole. Cela montre clairement que les paysan-ne-s et leurs familles sont décisifs dans le processus de création d'emploi. Pour produire un million de kg de lait, une ferme industrielle (de grande échelle, à forte capitalisation et basée sur l'expansion) nécessite 1,9 unité de travail alors qu'au sein de « l'économie agricole paysanne », la même quantité de lait en requiert 3,3. C'est 74% de plus que le modèle de fermes industrielles mais cela augmente en même temps l'efficacité des plus petits investissements de capitaux.

    4/ L'agriculture agroécologique paysanne utilise beaucoup moins de ressources.

    Les petites fermes sont moins intenses en ressources. Elles utilisent beaucoup moins d'énergies fossiles pour la production et la distribution. La production d'1kg de bœuf requiert 8000 Kcal sur une petite ferme et plus de 10 000 sur une exploitation industrielle. « La production bovine nourrie à l'herbe consomme 50 % d'énergie fossile en moins que les systèmes conventionnels de bovins nourris au grain. »

    5/ Les politiques publiques profitent aux grandes exploitations industrielles et favorisent une agriculture tournée vers l’exportation.

    La politique agricole commune (PAC) est l’une des principales politiques publiques en Europe. La PAC 2014-2020 équivaut à 400 milliards d’euros et représente près de 40% du budget total de l’UE. Avec 22 millions d’agriculteurs et 44 millions de producteurs qui nourrissent plus de 500 millions d’Européens, le secteur agricole est le deuxième plus grand employeur dans le secteur industriel dans l’UE. Mais le modèle actuel montre clairement un déséquilibre dans la distribution de l’aide. Les principaux bénéficiaires de la PAC sont les grands propriétaires terriens et l’agro-industrie, pas les petits agriculteurs paysans. Près de 80% des aides agricoles sont versées à environ 20% des agriculteurs de l’UE, ceux qui ont les plus grandes exploitations. En 2011, 1,5% des exploitations accaparaient 1/3 des subventions de la PAC. En 2011, l’Europe de l’Ouest avec 44% des exploitations recevait 80% des subventions de la PAC. L’Europe de l’Est, avec 56% des exploitations, recevait seulement 20%.

    6/ Qui sont les perdants de l’aide publique?

    Au cours des années, la PAC a changé de direction, passant de subventions sur les produits à une subvention sur la production, ce qui a eu des répercussions directes et profondes en termes fonciers et de concentration des terres. En 2000, les subventions sur les produits représentaient 26,6 milliards d’euros, contre seulement 4,7 milliards d’euros en 2011. Au contraire, les chiffres des subventions sur la production ont grimpé de 2 milliards d’euros pour atteindre 50,9 milliards d’euro au cours de la même période. Ce revirement est directement lié aux tendances catastrophiques de concentration de la terre au sein de l’UE durant cette même période (1/3 des exploitations ont disparu). Les subventions massives aux exportations de agro-industrie ont porté atteinte aux paysans en Europe et dans le monde durant un demi-siècle. C’est également une sérieuse menace pour la sécurité alimentaire.

    7/ Les paysan-ne-s disparaissent et la terre est concentrée dans les mains de quelques-uns.

    Entre 2000 et 2012, 4,8 Millions d'emplois équivalent temps plein ont été perdus dans l'agriculture de l'UE. L'Europe a perdu un tiers de ses petites fermes de 2003 (12 millions de fermes) à 2013 (8 millions de fermes). Dans le même temps, de plus en plus de terres sont détenues par les grandes exploitations. La terre est aussi de plus en plus utilisée pour des activités non agricoles liées à l'urbanisation, aux industries d'extraction comme les mines, le pétrole ou le gaz, aux investissements dans certaines énergies renouvelables, aux transports, au tourisme, à des centres commerciaux, etc.

    8/ Le revenu des paysan-ne-s s'effondre alors que l'industrie des intrants et la grande distribution s'enrichissent grâce à l'argent public.

    Les marges agricoles sont usurpées par l'industrie des intrants agricoles et par l'industrie de la distribution. En prenant une période suffisamment longue, de 2000 à 2016, on observe que les prix payés au agriculteur-trice-s pour leurs produits ont augmenté dans la majorité. Mais dans le même temps, les prix des intrants agricoles (fertilisants, semences, énergie et alimentation animale) ont augmenté de plus du double, comparé au prix payé aux petit-e-s producteur-trice-s pour leurs produits. Les paysan-ne-s se retrouvent coincés entre l'industrie des intrants et le secteur de la distribution et leur revenu baisse. Un tiers des petites fermes ont disparu dans la dernière décennie car il était impossible de survivre. En 2016, le revenu agricole a baissé de 0,4 % en Europe. Plus une ferme est industrialisée et intense en capital, plus elle est dépendante de l'industrie des intrants. Sur 100kg de céréales produites par une ferme allemande, 75 sont utilisés pour payés l'industrie des intrants. La valeur qui demeure ne permet pas de garantir un revenu ou une viabilité économique. Une intervention publique (européenne et étatique) est donc nécessaire. Les subventions publiques peuvent couvrir jusqu'à 50 % du revenu d'une ferme. L'agriculture industrielle survit grâce à la location des terres et aux aides de l'UE et des états. Le manque d'autonomie, associé aux coûts de production, rend l'agriculture industrielle extrêmement fragile. Sa profitabilité est en réalité la conséquence de l'intervention publique (directe ou indirecte). Dans les faits, l'intervention publique est largement dirigée pour soutenir les entreprises industrielles en amont, ainsi que l'industrie agroalimentaire et le secteur de la distribution en aval grâce aux prix réduits payés pour la production.

    9/ Les travailleur-se-s salarié-e-s, les migrant-e-s, les femmes et les jeunes sont celles et ceux qui sont le plus sévèrement impacté-e-s par les politiques agricoles négatives.

    « Les femmes en particulier possèdent moins de 20 % des exploitations, ce qui signifie qu'elles profitent encore moins d'égalité [en Espagne] que les femmes au Lesotho ou au Malawi […]. De plus, les femmes sont responsables de 98 % du travail de soins, faisant partie de la force de travail domestique et familiale invisible, ce qui fait qu'il est plus difficile pour elles d'obtenir un travail et d'acquérir l'indépendance économique » Les travailleur-se-s salarié-e-s représentent une part importante du secteur agricole et doivent aussi être considéré-e-s comme des producteur-trice-s de nourriture. Chaque année, le secteur agricole emploie dans l'Union européenne pas loin d'un demi million de travailleur-se-s saisonnier-ère-s venant de pays non-membres de l'UE. Par exemple, les travaileur-ses migrant-e-s représentent 80 % de la force de travail agricole en Espagne, la plupart venant d'Europe centrale et orientale, d'Afrique du nord et d'Amérique latine. En Allemagne, 90 % des travailleur-se-s saisonnier-ère-s sont des migrant-e-s, venant principalement de Pologne et de Roumanie. « Le femmes travailleuses migrantes sont particulièrement vulnérables. Elles sont victimes de discriminations à fois en tant que femmes et en tant que migrantes »”. Dans le secteur agricole italien, environ 430 000 travailleur-se-s sont employé-e-s chaque année via des intermédiaires illégaux (caporali). Au moins un quart d'entre eux-elles souffrent d'exploitation grave. La grande majorité sont des travailleur-se-s migrant-e-s venant d'Afrique, d'Europe de l'Est, des Balkans, d'Inde et du Pakistan.

    10/ Contre ces tendances, les paysan-ne-s et leurs alliés se battent à travers l'Europe.

    En 1969, Sicco Mansholt, Commissaire européen pour l'agriculture et pionnier de la PAC avait lancé le plan pour « moderniser » l'agriculture européenne et avait prédit que les petites fermes allaient bientôt disparaître. En 2017, les paysan-nes d'Europe sont unies au delà des classes, genres, races et au-delà des frontières. Ces nouvelles convergences des peuples a impliqué une fusion des questions et politiques agraires, sociales et environnementales. Elles ont donné lieu à de nouvelles formes de luttes et de solidarité à travers l'Europe et le monde.

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  • Père Pedro, le combat contre la pauvreté : Qui est le pauvre ?

    Père Pedro, un lazariste, a créé en 1989 l’association Akamasoa qui œuvre à Madagascar pour aider les personnes vivant dans la décharge d’Andralanitra, à dix kilomètres d’Antananarivo. En un quart de siècle, son association a construit 18 villages et est venue en aide à plus de 500 000 Malgaches en leur donnant des soins, des vêtements ou un repas. Elle héberge chaque jour 25 000 personnes.  Il vient de publier Insurgez-vous !, aux Éditions du Rocher. Nom de Dieu…

    Voici ses propos recueillis par Laureline Savoye et Pierre Ledipi, dans l’excellent Le Monde.

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    Père Pedro :

    « L’extrême pauvreté est une prison qui tue l’âme et le corps »

    Dans mon livre, je m’insurge contre l’égoïsme, l’indifférence et l’injustice qu’on voit tous les jours. Je ne peux pas m’habituer à voir l’extrême pauvreté, à voir des enfants qui ont la faim au ventre. Je ne peux pas m’habituer à voir une famille vivre dans la rue. On ne peut pas accepter cela. L’extrême pauvreté est comme une prison qui tue l’âme et le corps…

    Ma mère disait : “Si un pauvre frappe à ta porte, tu dois l’aider.” Elle était la bonté, le partage. Mon père m’a appris le travail et l’honnêteté. Vers 15-16 ans, j’ai eu envie de suivre Jésus, l’ami des pauvres.

    Il y a toujours une place pour un pauvre à Akamasoa. On n’a jamais demandé à quelqu’un sa religion, sa race, son origine. Si vous êtes pauvre, que vous aimez vos enfants et que vous voulez sortir de la rue… alors venez : vous avez votre place chez nous ! 

    J’ai vu des enfants se battre avec des animaux

    Lorsque je suis arrivé sur la décharge la première fois, j’ai vu des enfants se battre avec des animaux pour trouver quelque chose à manger. Le soir, je n’ai pas pu dormir et j’ai demandé à Dieu de m’aider. Mais je n’avais pas d’argent… J’y suis retourné le lendemain. Au milieu d’une cabane faite de cartons et de plastiques est née Akamasoa. Je savais qu’il fallait privilégier l’éducation des enfants et surtout leur alimentation. On a coutume de dire qu’un sac vide ne tient pas debout. »

    Sur la décharge, j’ai vu des anges. Comment peut-on laisser des anges au milieu des ordures ? Il y avait 800 familles qui vivaient là et tout autour. Dans chacune, il y avait de un à sept enfants morts. Alors, nous avons pris les mères par la main et leur avons dit : “S’il te reste encore un enfant, on va tout faire pour que tu vieillisses à côté de lui.” 

    Assister un pauvre, c’est le dominer davantage

    J’ai rassemblé quelques exclus parmi les plus motivés de la décharge et leur ai dit : “Je ne viens pas vous assister car j’ai trop de respect pour vous.” Assister un pauvre, c’est le dominer davantage. La pauvreté n’est pas une fatalité. Ce sont les hommes, les politiques, les élus et tous ceux qui ont des responsabilités dans la communauté qui l’ont créée. Ce sont des humains qui n’ont pas fait leur rôle et qui ont fait que la société a commencé à se décomposer, à se déchirer et à faire en sorte que tous les liens de solidarité s’effritent, surtout dans les grandes villes. On a perdu la sagesse des ancêtres. 

    A Akamasoa, les adultes doivent accepter de travailler s’ils veulent rester. Nous avons créé des carrières qui accueillent jusqu’à un millier de personnes. Quand j’ai vu le courage de ces gens-là, j’ai été ébloui.

    Tout commence par un lien de confiance

    Vingt règles ont été décidées pour vivre ensemble et la première est de ne pas voler. Parce que, quand on se vole les uns les autres, on se décourage et plus personne ne souhaite travailler. Les autres règles concernent la vie en commun comme l’interdiction de drogue, des insultes… 

    Les villageois m’ont donné un pouvoir qui est basé sur la confiance. Quand vous faites le bien autour de vous et que les gens voient que vous êtes honnête, authentique et que vous tenez vos promesses, alors ils sont prêts à vous suivre partout, jusqu’à la mort. Tout commence par un lien de confiance.

    Il faut agir plus vite que le FMI

    Les aides qui viennent de l’extérieur sont trop lentes. Les grands organismes tels que la Banque mondiale, l'Union Européenne ou le FMI [Fonds monétaire international] aident les populations. Mais si aujourd’hui on commence à discuter avec eux, c’est dans trois ans que l’aide sera débloquée. En trois ans, combien de gens vont mourir ? Il faut agir plus vite. A Akamasoa, nous construisons chaque année quinze nouvelles salles de classe, parce que chaque année il y a 500 nouveaux élèves. Il faut oser, se lancer, se risquer à faire le bien. Nous faisons une société où les gens s’entraident, se font confiance et où la ville est propre.

    La messe doit être joyeuse, sinon on s’endort

    Dieu est amour et il est vivant. Alors on ne doit pas être triste ! Lors de la messe le dimanche matin, on est près de 10 000 pour chanter, danser. Si on était triste, on s’endormirait. Nous avons créé une liturgie où tout le monde participe, les parents, les enfants, les ouvriers. Ce n’est pas un spectacle, mais une célébration de la vie, de l’amour de Dieu, et elle nous donne la force pour la semaine qui vient.

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  • Quatre millions de personnes non ou mal logées

    Incroyable mais vrai : il n’y a pas que les riches qui ont des problèmes ! Les pauvres, aussi, à commencer par le logement, et là rien de fictif, comme l’explique le rapport de la Fondation Abbé Pierre.  Le rapport est aussi complet, instructif et accablant. Voici les chiffres des 4 millions de personnes non ou mal logées.

    896 000 personnes privées de logement personnel

    D’abord le chiffre le plus lourd : 143 000 personnes sont sans domicile, et vivent en situation d’hébergement, en CADA, en abri de fortune, à l’hôtel ou à la rue. Ça correspond à des villes comme Grenoble, ou Angers ou Dijon.

    643 000 personnes sont hébergées chez des tiers de manière très contrainte :

    - 69 000 personnes de 17 à 59 ans hébergées par des personnes sans lien de parenté direct ;

    - 339 000 personnes de plus de 25 ans contraints, après une période de logement autonome, de revenir habiter chez leurs parents ou grands-parents faute de logement autonome ;

    - 153 000 majeurs de plus de 25 ans chez leurs parents incapables de décohabiter pour raisons financières ;

    - 83 000 personnes de plus de 60 ans hébergées chez un tiers sans lien de parenté direct.

     

    2 819 000 personnes vivent dans des conditions de logement très difficiles.

    Le rapport explique la situation à partir de trois grands critères :

    - 2 090 000 sont privées de confort, car leur logement ne possède pas d’eau courante, de WC intérieurs, de douche, de moyen de chauffage ou de coin cuisine, ou leur façade est très dégradée, avec des fissures profondes, avec tout ce que cela entraine pour l’humidité, les perditions d’énergie et l’hygiène ;

    - 934 000 personnes vivent en surpeuplement dit « accentué », c’est-à-dire qu’il leur manque deux pièces par rapport à la norme de peuplement.

    - 206 600 personnes en habitat mobile vivent dans de mauvaises conditions, faute d’accès à une offre d’habitat adapté, à savoir terrain familial locatif, logement social adapté, terrain privé pour installer des caravanes.

    *   *   *

    C’est dommage que nous ne soyons pas en période de campagne pour les présidentielles, car je suis sûr que cette préoccupation essentielle pour les personnes passionnerait les candidats, qui rivalisent d’audace pour combattre cette tragédie, indigne de notre pays.

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  • Nice : Les juges condamnés à appliquer la loi

    21019648_20130715174709218.jpgEn critiquant le procureur et les juges, nos amis de la vallée de la Roya, regroupés autour du très sympathique Cédric Herrou se trompent de cible. Et entretiennent un discours qui n’est pas bon : « le délit de solidarité a été abrogé, et nous sommes quand même poursuivis… Ce procès est scandaleux… ». Avec une presse qui embraie, globalement à côté de la plaque.

    Les faits reprochés à Cédric Herrou sont bien établis : il a effectué de nombreux trajets en transportant des migrants, a hébergé plusieurs personnes chez lui, et en a mis d’autres à l’abri dans un centre de vacances désaffecté de la SNCF, avant que la préfecture n’en obtienne l’expulsion, en octobre, sous pression des élus du coin.

    Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, a expliqué l’affaire à l’excellent La Croix : « Cédric Herrou va chercher des étrangers à Vintimille, en Italie, et les aide ensuite à franchir la frontière. Ces nombreux allers et retours n’en font évidemment pas un passeur au sens classique du terme, puisqu’il ne réclame aucune contrepartie financière à ceux qu’il aide. Reste qu’il a mis en place un dispositif qui, concrètement, facilite le franchissement de la frontière. Cédric Herrou s’inscrit dans une démarche militante, une démarche politique tout à fait respectable par ailleurs. Simplement, en l’état actuel du droit, faire ainsi fi des frontières, c’est contraire à la loi. »

    On arrive à la loi applicable, et jouent deux textes.

    D’abord l’article L. 622-1 du Ceseda (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile).

    « Toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d'un étranger en France sera punie d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 Euros ».

    Donc, on ne parle pas de l’aide à un étranger entré, mais le fait de faciliter l’entrée.

    Joue ensuite l’article L. 622-4, modifiée par une loi « socialiste » - donc une entourloupe – la loi du 31 décembre 2012 qui définit une liste d’immunités, et compte surtout le 3°:

    « Sans préjudice des articles L. 621-1, L. 621-2, L. 623-1, L. 623-2 et L. 623-3, ne peut donner lieu à des poursuites pénales sur le fondement des articles L. 622-1 à L. 622-3 l'aide au séjour irrégulier d'un étranger lorsqu'elle est le fait :

    « 1° Des ascendants ou descendants de l'étranger, de leur conjoint, des frères et sœurs de l'étranger ou de leur conjoint, sauf si les époux sont séparés de corps, ont un domicile distinct ou ont été autorisés à résider séparément ;

    « 2° Du conjoint de l'étranger, sauf si les époux sont séparés de corps, ont été autorisés à résider séparément ou si la communauté de vie a cessé, ou de la personne qui vit notoirement en situation maritale avec lui ;

    « 3° De toute personne physique ou morale, lorsque l'acte reproché était, face à un danger actuel ou imminent, nécessaire à la sauvegarde de la personne de l'étranger, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace ou s'il a donné lieu à une contrepartie directe ou indirecte ».

    Le procureur explique : « On tombe ainsi sous le coup de la loi si on les emmène en voiture à une gare pour les aider à continuer leur périple. En revanche, on peut tout à fait prendre à bord de son véhicule des étrangers errant dangereusement sur une route. C’est même un devoir ». J’ajoute un devoir renforcé s’il s’agit de mineurs, qui ont un droit à être protégé par l’État.

    Donc, il est bien clair que faciliter ou tenter de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger en France est un délit, puni d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende. C’est la loi, et les juges appliquent la loi.

    Donc, la seule vraie question est la loi, c'est-à-dire le maintien d’une loi qui sanctionne « une démarche militante tout à fait respectable », pour reprendre les mots du procureur. Pour commencer, les militants de la Roya seraient bien inspirés de poser la question de modifier la loi aux trois héros de la gauche moderne, Hamon, Peillon et Montebourpif… Trois faux-culs inconsistants, traitres au devoir de solidarité, qui est la génome de la gauche. Je souligne que la loi du 31 décembre 2012 a été votée avec leurs signatures.

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  • Un mur anti-étrangers en France

    Aïe aïe aïe, c’est la décrépitude ! En cette fin d’année 2016, on va construire en France un mur pour bloquer les étrangers. Je suis consterné. Consterné par cette décision, et consterné par le consensus qui l'accueille. Invraisemblable… Comment être tombé si bas ? Trump en parle, mais nous, nous le faisons. C’est dingue !

    C’est à Calais, un truc de plus pour bloquer la fameuse « jungle », 7.000 personnes à ce jour. Ce sera un mur en béton d’un kilomètre, haut de 4 mètres, équipé de caméras de surveillance et d'un système «anti-franchissement type OTAN». Excellente référence !

    Le but est bien sûr la sécurité, la nouvelle déesse pervertie de notre République malade, car si l’on veut empêcher les migrants d'accéder à la rocade menant au port de Calais, prolongeant le système de clôture actuel, c’est pour « sécuriser les automobilistes ». A l’extérieur, le mur sera végétalisé, pour faire écolo, mais à l’intérieur, le mur restera lisse pour éviter «aux migrants de grimper», selon les techniciens de la Direction interdépartementale des routes de la région qui est le maître d'ouvrage. Donc c’est aussi pour leur sécurité. Bande de faux-culs…

    Le coût sera d’environ trois millions d'euros, outre l’entretien de la surveillance informatique, financé par la Grande-Bretagne. Le ministre de l’Immigration, Robert Goodwill, explique que ce mur prend place parmi d’autres équipements « de sécurité » pour un montant de 20,2 millions d’euros. 20,2 millions d’euros pour 7.000 personnes. Oki ?

    Pour Jean-Marc Puissesseau, boss du port Boulogne-Calais ce mur est «une satisfaction, l'espoir de se protéger des assauts des migrants et d'envisager un avenir plus serein». Si toutefois il n'y avait pas de démantèlement de la jungle par les autorités dans les prochains mois, il demanderait au gouvernement français «la réalisation totale du mur jusqu'à l'A16». T’as raison, Jean-Marc, faut pas mollir…

    Voilà où nous en sommes.

    Trois burkinis sur la plage de Nice, c’est une atteinte aux valeurs de la République, et tout le bastringue.

    Un mur de 4 mètres de haut comme réponse de deux pays riches – 5eme et 6eme puissances du monde, regroupant plus de 120 millions d’habitants – à 7.000 personnes en grande précarité, demandant une chance pour reconstruire leur vie, ça ne pose aucune atteinte aux valeurs de la République, ni au bastringue.

    Là, chères amies, chers amis, on voit qu’il y a du dégât…

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