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  • Bonne blague : La CGT ne serait pas représentative

    Après Juppé et Sarko, El Blanco a trouvé le big argument : la CGT, c’est une minorité, et donc, le pays ne doit pas subir le blocage d’une minorité. Il est exact que la France s’illustre par un faible taux de syndicalisation, estimé à 8 % de la totalité des fonctionnaires et des salariés, répartis en deux groupes quasiment égaux. Pas facile d’avoir les chiffres exacts, mais on se retrouve avec la CFDT à 750.000 adhérentes, la CGT à 700.000 et FO à 500.000. Des chiffres en baisse régulière depuis 30 ans. Au total, seuls 8% des salariés sont syndiqués.

    Ça, c’est pour les adhérents. Pour les élections professionnelles, le scrutin connait de bonnes participations, et la CGT se retrouve en tête : en 2013, les chiffres étaient de 26,7% pour la CGT, 26% pour CFDT et 14% pour Force Ouvrière.

    Alors, peut mieux faire ? Sûrement, mais il faut aussi comparer, et regardons du côté des politiques.

    Sarko voulait 500.000 adhérents pour Les Républicains, mais en 2015, il plafonnait à 170.000, devançant le PS à 131.000 et le FN à 60.000.

    Philippe Martinez a donc là aussi raison : « À elle seule, la CGT a plus d'adhérents que l'ensemble des partis politiques en France et c'est eux qui nous parlent de légitimité. Il y a des taux de participation bien plus importants aux élections professionnelles que dans les élections politiques ».

    Le dernier grand événement médiatique du monde politique était l’ascension du mont Beuvray par Montebourpif : environ 100 personnes, et trois députés, dont sa compagne. Et la presse a fait des tonnes sur cet événement fantastique.  

    L’adhésion populaire ? Au premier tour de la partielle de Strasbourg, avec un taux d’abstention de 77%, Eric Elkouby (PS) est en tête avec 6,66 % des électeurs inscrits, suivi par la candidat Rep à 4,15 %, le FN à 2,28 % et l’écolo à 2,02 %. Oki ? Le député sera-t-il représentatif ?

    Alors qu’en pense notre excellent El Blanco, un expert avec son glorieux 5,63 % à la primaire de 2012 ?

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  • Cette grosse blague qu’est l’UNEF

    Hier à Matignon, ils étaient trop mignons sur la photo, les petits bouffons du « gouvernement » et les amusants délégués de UNEF, à se faire leurs jolis sourires.

    William Martinet, président de l’UNEF, avait pris sa tronche des grands jours – genre la cause ouvrière sur mes épaules – satisfait « d'un cap important » pour l'insertion des jeunes, avec des promesses entre 400 et 500 millions € par an,… dont on ne sait rien du financement du premier centime, mais peu importe. Tout sourire, et soudain il reprend son masque grave : « Mais tout ça ne lève pas tous les désaccords, notamment sur la loi travail ». Tu parles, la page est tournée... L’UNEF, une pouponnière du PS, est juste un outil pour manipuler les mouvements étudiants et tuer les mouvements sociaux. Et il y a du métier.

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    Cambadélis, l’actuel premier secrétaire du PS, a été président de l’UNEF de 1980 à 1984. Christophe Borgel, responsable des élections au PS, a lui été président de 1988 à 1991, et Pouria Amirshahi, député « frondeur », a été président de l’UNEF de 1994 à 1998, puis président de la MNEF, de 1999 à 2000.

    Carine Seiler a été présidente de l’UNEF entre 1998 et 2001 puis présidente la LMDE, la mutuelle étudiante qui a pris la suite de la MNEF en faillite, et elle est désormais consultante pour le PS. Bruno Julliard, leader du mouvement contre le CPE, a été président de l’UNEF de 2005 à 2007, pour être ensuite nommé en 2008 secrétaire à l’éducation du Parti socialiste, responsable de l’enseignement scolaire dans l’équipe de campagne de François Hollande, et désormais adjoint de Hidalgo.

    Jean-Baptiste Prévost, président de l’UNEF de 2007 à 2011, a été nommé par Sarko en novembre 2010 au Conseil économique, social et environnemental, avant de devenir sous Hollande membre du cabinet de Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur en 2013, puis conseiller social et à la vie étudiante au sein du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem.

    Emmanuel Zemmour, président de l’UNEF entre 2011 et 2014, est conseiller auprès de la maire de Paris, chargé de la «Participation citoyenne, la démocratie locale et la vie.

    Parmi les membres influents de l’UNEF, je cite aussi François Hollande, Lionel Jospin, Julien Dray, Harlem Désir, Benoît Hamon, Jack Lang, Manuel Valls, Le Guen, Jean-Yves Le Drian, Michel Rocard, Pascal Cherki, Mathieu Hanotin… et j’attends les démentis.

    Pour devenir président de l’UNEF, il faut le soutien des grands frères, et William Martinet a joué sur celui de de l’ex-président Pouria Amirshahi, pour être élu en décembre 2013. Valls, nommé en mars 2014, trop fier, n’a rien fait pour donner les petites places qu’attendaient les cadors de l’UNEF – la retraire étudiante vient vite ! – et de plus, il a validé l'absorption de la LMDE par la mutuelle Intériale, contrôlée par un encadrement issu des effectifs de la police.

    Il fallait donc une petite punition : l’UNEF a fait semblant de rejoindre les grandes confédérations syndicales CGT, SUD et FO,… pour les larguer à la première occasion, car si on peut jouer, il ne faut pas faire de mal à la maison mère, le PS.

    J’exagère ? Ah bon. Regardons comment se finance l’UNEF. Avec les cotisations de ses adhérents ? Les étudiants, tous fauchés, cassant leur tirelire pour la grande histoire du syndicalisme étudiant ? Quelle blague ! Non, c’est bien plus prosaïque.

    Le financement de ce syndicat, c’est vous et moi, par le biais de la réserve parlementaire, c'est-à-dire ces fonds publics alloués aux députés, que ceux-ci distribuent à leur guise. Pour 2015, trois députés « frondeurs », tous trois anciens boss de l’UNEF, Pascal Cherki, Pouria Amirshahi et Mathieu Hanotin, ont versé respectivement à l’UNEF 70.000 €, 10.000 € et 10.000 €.

    - L’accord d’hier signifie donc qu’il y a eu un deal entre les « frondeurs » et le gouvernement, pour casser le mouvement social ?

    - Oui, c’est ça.

    - Avec en contrepartie, quelques investitures garanties aux législatives de 2017 ?

    - Oui, c’est ça.

    - Donc, finalement, tous les cadres du PS vont se retrouver derrière la candidature de Hollande, car c’est leur seule chance pour sauver leur place ?

    - Oui, c’est ça.

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  • Terrorisme : Déclaration de la CGT, 18 novembre 2015

    Très intéressante déclaration du Comité confédéral national de la CGT, loin du chœur des bruits de bottes. La CGT rappelle que les interventions militaires en Irak, en Lybie, en Syrie, n’ont pas instauré la démocratie mais l’appauvrissement des populations, placées dans une impasse économique et sociale. Se référant aux vrais enseignements de la 2ème guerre mondiale, elle souligne que seule la justice sociale est facteur de paix, et appelle à ne pas confondre des moyens et des effectifs de police et gendarmerie supplémentaires avec une restriction des libertés individuelles et collectives.

    Ah, après Attac, le Parti de Gauche, et bien d'autres, voici la CGT : il reste encore de grandes voix de Gauche en France, et puissantes. Ça fait du bien.

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    Le Comité confédéral national de la CGT réuni les 17 et 18 novembre 2015, tient à témoigner son soutien et sa solidarité à l’ensemble des familles touchées par la tragédie du vendredi 13 novembre. Elle salue à nouveau la mobilisation extraordinaire de l’ensemble des agents des services et entreprises publiques.

    Ces attentats, perpétrés sur des lieux de culture et de vie, frappent et concernent chacune et chacun d’entre nous, toutes les populations de toutes religions, origines ou nationalités et particulièrement la jeunesse. Des salariés, des adhérents d’organisations syndicales, sont au nombre des victimes, dont plusieurs de la CGT.

    Les attentats qui ont touché la France, frappent les populations partout dans le monde, comme à Beyrouth et en Turquie dernièrement, ou lors de l’explosion de l’avion Russe.

    Notre solidarité s’adresse à toutes les victimes de ces assassinats. Derrière ces atrocités, des discours trop souvent entendus reviennent à grands pas. La guerre ne règle rien, au contraire. Les lieux de tensions et conflits se multiplient avec leurs cortèges de morts, de destruction, de désolation et de haine. Les multiples interventions militaires (en Irak, en Lybie, en Syrie, etc.), loin d’instaurer la démocratie ont généré un appauvrissement des populations avec des centaines de milliers de victimes et une impasse économique et sociale. C’est le terreau sur lequel le terrorisme se développe, poussant des populations entières sur le chemin de l’exil.

    Avant la fin de la 2ème guerre mondiale, lors de la déclaration de l’OIT en 1944, l’ensemble des pays de la planète avait affirmé que seule la justice sociale serait facteur de paix.

    Bon nombre de gouvernements l’ont oublié et font le contraire.

    La CGT réaffirme ses valeurs de paix et de fraternité dans son combat pour le progrès social, la démocratie, la liberté, la laïcité, nécessaires au bien vivre ensemble. Elle s’insurge contre l’invitation du front national à l’Elysée. Elle refuse toute stigmatisation des étrangers et amalgame entre immigration et terrorisme.

    Aujourd’hui, la CGT prend note que le Président annonce dans son discours, ne plus considérer le pacte de stabilité comme un horizon indépassable. Elle exige donc un pacte de progrès, de démocratie sociale, d’éducation, de sécurité et de paix pour toutes les populations.

    Nous sommes favorables à un renforcement de la sécurité et des libertés des citoyens. Il ne faut pas confondre des moyens et des effectifs de police et gendarmerie supplémentaires avec une restriction des libertés individuelles et collectives. De même, combattre, écarter les formes de radicalisation passe avant tout par le respect des droits fondamentaux d’accès à l’éducation, à la culture, à la santé et à l’emploi.

    Ce n’est pas une quelconque modification de la constitution qui permettra de tarir les sources de financement et d’armement des terroristes. Il faut d’ailleurs souligner que l’Etat français est le 2ème pays vendeur d’armes au monde, devant la Russie et la Chine. La CGT exige l’arrêt de tout commerce d’armes avec les Etats qui entretiennent des liens avec les terroristes. Elle demande que la priorité soit donnée à la recherche de solutions multilatérales dans le cadre de l’ONU.

    Elle refuse que les salariés et la population française, à travers des modifications de la constitution, soient placés de fait dans un état d’urgence permanent.

    Elle refuse que l’expression revendicative et le mouvement social soient muselés.

    Cette situation douloureuse touche la conscience de chacun des citoyens, mais c’est bien le combat pour la justice sociale qui fera reculer les guerres, le terrorisme, le fondamentalisme, la xénophobie, le racisme, l’obscurantisme et la régression.

    Plus que jamais, la CGT appelle les salariés à refuser les reculs sociaux et se mobiliser pour les salaires, l’emploi, la réduction du temps de travail et l’amélioration des conditions de travail, la protection sociale, les libertés syndicales.

    La CGT engage une large consultation des salariés, afin d’être à l’écoute et de partager avec eux ses propositions pour sortir de cette crise. Elle débattra de la nécessaire mobilisation à mettre en œuvre pour y parvenir.

    Pour cela, le Comité confédéral national, appelle à poursuivre et amplifier la rencontre de ses syndiqués dans leurs syndicats, sur leurs lieux de travail.

    Après le temps du recueillement, les rendez-vous revendicatifs et mobilisations programmés doivent avoir lieu en travaillant des modalités permettant d’assurer la sécurité des salariés. Pas plus qu’il n’y a de trêve dans les attaques contre le monde du travail, il n’y aura de trêve dans l’action syndicale pour le progrès social.

    Notamment, le 2 décembre où la CGT appelle à une journée nationale d’action organisée en territoire, ayant pour thème « NON à la violence sociale, OUI à l’efficacité économique, sociale et environnementale ».

    La CGT œuvre pour préserver les droits et la citoyenneté de tous. C’est en ce sens, qu’elle a sollicité une rencontre avec le Gouvernement, sur le contenu des futures modifications constitutionnelles envisagées et pour les mesures à prendre allant dans le sens des attentes des salariés, dans le cadre de l’état d’urgence.

  • Le travail carcéral devant le Conseil constitutionnel

    Nicolas, détenu au centre pénitentiaire de Poitiers-Vivonne, avait trouvé un job via le pôle emploi du coin, comme opérateur au sein des ateliers de production de la prison. Un vrai boulot, mais pas une vraie paie et aucun des droits reconnus par le Code du travail. Le 30 janvier 2013, il reçoit une décision de « déclassement » par le directeur de la prison. Pourquoi ? Parce que le texte permet de prendre ce genre de mesure arbitraire et non motivée, laissant la personne concernée à sec.

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    Pas d’accord, Nicolas, soutenu par l’OIP, saisit le tribunal administratif de Poitiers d'un recours en annulation contre cette décision, et en application de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958, il soulève une question prioritaire de constitutionnalité, estimant que la situation de non-droit du travail imposée aux détenus par la loi ne respecte pas les vaillants principes du Préambule de la Constitution de 1946.

    Et ça marche. Le 7 avril 2015, le tribunal administratif a transmis au Conseil d'Etat cette bien jolie QPC : « L'article 33 de la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 est-il conforme aux droits et libertés garantis par la Constitution ».

    Que dit cet article 33 ? « La participation des personnes détenues aux activités professionnelles organisées dans les établissements pénitentiaires donne lieu à l'établissement d'un acte d'engagement par l'administration pénitentiaire. Cet acte, signé par le chef d'établissement et la personne détenue, énonce les droits et obligations professionnels de celle-ci ainsi que ses conditions de travail et sa rémunération ».

    C’est la loi pénitentiaire Sarko – Dati, mais c’est surtout l’état du droit depuis belle lurette. Le travail en prison est essentiel dans la vie des détenus, souvent un premier seuil de re-socialisation. C’est aussi l’occasion de mettre un peu d’argent de côté pour préparer la sortie ou indemniser les victimes. Oui mais voilà, le droit du travail ne s’applique pas dans les prisons de la République. La rémunération est entre 20 à 50 % du tarif, le paiement à la pièce reste d’actualité, et on se fait virer du jour au lendemain sans motif. En outre, question retraite, syndicat ou organisation collective,… un autre monde !

    Par arrêt du 6 juillet 2015, le Conseil d’État a admis que la question était sérieuse. Le fait savoir si l’article 33 de la loi pénitentiaire porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, à savoir le droit à l'emploi, la liberté syndicale, le droit de grève et le principe de participation des travailleurs (Préambule de la Constitution de 1946, alinéas 5, 6, 7 et 8) soulève une question présentant un caractère sérieux.

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    Notre toujours aussi distrayant Conseil constitutionnel avait rejeté une première QPC le 14 juin 2013. La QPC était calée sur le troisième alinéa de l'article 717-3 du Code de procédure pénale : « Les relations de travail des personnes incarcérées ne font pas l'objet d'un contrat de travail ». Le Conseil avait rejeté la QPC en jugeant que ce texte se borne à prévoir que les relations de travail des personnes incarcérées ne font pas l'objet d'un contrat de travail, et qu’ainsi il ne porte pas en lui-même atteinte aux principes énoncés par le Préambule de 1946. La grosse ruse… Ce que dit le Conseil constitutionnel : la loi pénitentiaire est tellement adorable qu’elle peut accorder aux détenus encore plus de garanties que ne le ferait le Code du travail ! Donc pas de contrat de travail,… mais le droit à un contrat de travail quand on travaille, ce n’est pas constitutionnel ! Ah ces comiques,… ils sont imbattables !

    La QPC, cette fois-ci, vise l’absence de garantie des droits dans le régime « d’engagement » institué par l’article 33, et comme Nicolas a été viré comme un malpropre, on est en plein dans le sujet. Tout est en place pour faire tomber cette grotesque discrimination.

    Mais le Conseil constitutionnel peut encore nous inventer un truc du genre : l’article 33 prévoit que l’acte d’engagement doit définir les droits et obligations des parties, et si cela n’est pas fait, ce n’est pas le fait de l’article 33, mais de l’acte lui-même. Ils en sont capables…

    En réalité, cette affaire ne devrait pas relever du Conseil constitutionnel mais du Législateur. Nos impénitents encravatés, qui se gargarisent des « valeurs de la République » et du principe d’égalité, auraient dû s’en occuper de longue date, mais Dupont-Droite et Dupont-Gauche se retrouvent là aussi comme des frères pour dire que le détenu est un citoyen de seconde zone.

    Bien sûr, cela ne remet pas en cause le fait que Taubira est l'icône de la Gauche... Bande de farceurs...

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    Le poing et la rose, tendance sociale-libérale (Début du XXI°)

  • Bientôt la CGT des mirlitons

    Les militaires interdits de toute forme de syndicalisme ? Nouvelle condamnation de la France par la CEDH (CEDH, 2 octobre 2014, Matelly c. France, no 10609/10)avec deux magnifiques bonnets d’âne : le premier pour notre splendide ministre socialiste de la Défense, qui découvre que le syndicalisme est une liberté fondamentale, et l’autre pour notre génial Conseil d’Etat, qui se vautre XXL sous les applaudissements du public. Il faut en effet préciser que les magistrats du Conseil d’Etat qui refusaient la liberté syndicale pour les miliaires, se l’étaient accordés pour eux. Hahaha…

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    Que di(sai)t le Code de la Défense ?

    L’exercice des droits civils et politiques par nos joyeux mirlitons est régi par les articles L. 4121-1 et suivants du Code de la Défense, dont l’article L. 4121-4, explosé en plein vol par la CEDH :

    « L’exercice du droit de grève est incompatible avec l’état militaire.

    « L’existence de groupements professionnels militaires à caractère syndical ainsi que l’adhésion des militaires en activité de service à des groupements professionnels sont incompatibles avec les règles de la discipline militaire.

    « Il appartient au chef, à tous les échelons, de veiller aux intérêts de ses subordonnés et de rendre compte, par la voie hiérarchique, de tout problème de caractère général qui parviendrait à sa connaissance. »

    Que disait le Conseil d’Etat ?

    Notre excellent (et facétieux) Conseil d’Etat a parfaitement jugé qu’un groupement qui « a notamment pour objet la défense des intérêts matériels et moraux des militaires constitue un groupement professionnel » auquel les militaires ne peuvent adhérer (CE, Remy, 26 septembre 2007, no 263747). En pleine forme, le superbe Conseil d’État en a ajouté une couche un an plus tard : « Les dispositions de l’article L. 4121-4 du code de la Défense, qui ne font en rien obstacle à ce que les militaires adhèrent à d’autres groupements que ceux qui ont pour objet la défense de leurs intérêts professionnels, constituent des restrictions légitimes au sens de ces stipulations de l’article 11 de la Convention EDH(CE, Association de défense des droits des militaires, 11 décembre 2008, nos 306962, 307403 et 307405).

    Et là, on retrouve le petit exercice que je décrivais l’autre jour : le droit fondamental fait tomber les dispositions bâtardes du droit interne.

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    Que dit le droit européen ?

    En l’occurrence, la CEDH n’a pas puisé dans la poésie, mais dans de belles références de droit européen, et notamment la Charte sociale européenne, article 5 :

    « En vue de garantir ou de promouvoir la liberté pour les travailleurs et les employeurs de constituer des organisations locales, nationales ou internationales, pour la protection de leurs intérêts économiques et sociaux et d’adhérer à ces organisations, les Parties contractantes s’engagent à ce que la législation nationale ne porte pas atteinte, ni ne soit appliquée de manière à porter atteinte à cette liberté. La mesure dans laquelle les garanties prévues au présent article s’appliqueront à la police sera déterminée par la législation ou la réglementation nationale. Le principe de l’application de ces garanties aux membres des forces armées et la mesure dans laquelle elles s’appliqueraient à cette catégorie de personnes sont également déterminés par la législation ou la réglementation nationale. »

    Dans sa recommandation CM/Rec(2010)4 du 24 février 2010, le Comité des Ministres a considéré (§ 54) que « les membres des forces armées devraient bénéficier du droit d’adhérer à des instances indépendantes défendant leurs intérêts et du droit syndical et de négociation collective. Lorsque ces droits ne sont pas accordés, la validité de la justification donnée devrait être réexaminée, et les restrictions inutiles et disproportionnées au droit à la liberté de réunion et d’association devraient être levées ».

    L’article 12 § 1 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne en ajoute une couche : « Toute personne a droit à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association à tous les niveaux, notamment dans les domaines politique, syndical et civique, ce qui implique le droit de toute personne de fonder avec d’autres des syndicats et de s’y affilier pour la défense de ses intérêts. »

    Qu’a dit la CEDH ?

    D’abord, un rappel : l’article 11 § 1 présente la liberté syndicale comme une forme ou un aspect spécial de la liberté d’association. Les termes « pour la défense de ses intérêts » qui figurent à cet article ne sont pas redondants et la Convention protège la liberté de défendre les intérêts professionnels des adhérents d’un syndicat par l’action collective de celui-ci, action dont les États contractants doivent à la fois autoriser et rendre possibles la conduite et le développement. Il doit donc être loisible à un syndicat d’intervenir pour la défense des intérêts de ses membres et les adhérents individuels ont droit à ce que leur syndicat soit entendu en vue de la défense de leurs intérêts (CEDH, Syndicat national de la police belge, 27 octobre 1975, §§ 38-40 ; CEDH, Syndicat suédois des conducteurs de locomotives c. Suède, 6 février 1976, §§ 39-41 ; CEDH, Wilson, National Union of Journalists et autres c. Royaume-Uni, nos 30668/96, 30671/96 et 30678/96, § 42).

    Le paragraphe 2 n’exclut aucune catégorie professionnelle de la portée de l’article 11 : il cite expressément les forces armées et la police parmi celles qui peuvent, tout au plus, se voir imposer par les États des « restrictions légitimes », sans pour autant que le droit à la liberté syndicale de leurs membres ne soit remis en cause (CEDH, Syndicat national de la police belge, précité, § 40, CEDH, Tüm Haber Sen et Çınar, no 28602/95, §§ 28 et 29 ; CEDH, Wille [GC], no28396/95, § 41 ; CEDH, Demir et Baykara [GC], no 34503/97, § 107 ; CEDH, Sindicatul “Păstorul cel Bun” [GC], no 2330/09, § 145)

    Les restrictions pouvant être imposées aux groupes de personnes cités par l’article 11 appellent une interprétation stricte et doivent dès lors se limiter à l’« exercice » des droits en question. Elles ne doivent pas porter atteinte à l’essence même du droit de s’organiser (CEDH, Demir et Baykara, précité, §§ 97 et 119).

    Partant, la Cour n’accepte pas les restrictions qui affectent les éléments essentiels de la liberté syndicale sans lesquels le contenu de cette liberté serait vidé de sa substance. Le droit de former un syndicat et de s’y affilier fait partie de ces éléments essentiels (CEDH, Demir et Baykara, précité, §§ 144-145).

    Pour être compatible avec le paragraphe 2 de l’article 11, l’ingérence dans l’exercice de la liberté syndicale doit être « prévue par la loi », inspirée par un ou plusieurs buts légitimes et « nécessaire, dans une société démocratique », à la poursuite de ce ou ces buts (voir, entre autres, Demir et Baykara, précité, § 117, et Sindicatul “Păstorul cel Bun”, précité, § 150). Pour la Cour, la mise en place d’instances de concertation interne ne saurait se substituer à la reconnaissance au profit des militaires d’une liberté d’association, laquelle comprend le droit de fonder des syndicats et de s’y affilier.

    La Cour est consciente de ce que la spécificité des missions incombant aux forces armées exige une adaptation de l’activité syndicale qui, par son objet, peut révéler l’existence de points de vue critiques sur certaines décisions affectant la situation morale et matérielle des militaires. Elle souligne à ce titre qu’il résulte de l’article 11 de la Convention que des restrictions, mêmes significatives, peuvent être apportées dans ce cadre aux modes d’action et d’expression d’une association professionnelle et des militaires qui y adhèrent. De telles restrictions ne doivent cependant pas priver les militaires et leurs syndicats du droit général d’association pour la défense de leurs intérêts professionnels et moraux.

    Si la liberté d’association des militaires peut faire l’objet de restrictions légitimes, l’interdiction pure et simple de constituer un syndicat ou d’y adhérer porte à l’essence même de cette liberté, une atteinte prohibée par la Convention.

    La loi va donc devoir changer, abandonner l’interdiction absolue, et trouver des solutions proportionnées aux missions des troupes. Pour les gendarmes, passés sous commandement du ministère de l’Intérieur, ce sera la vraie liberté syndicale.

    Prochaine étape, le « mur des cons » dans le local syndical de la gendarmerie… Il sera sage de prévoir un grand mur…

     

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