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  • Pakistan : Rendez-vous avec les Talibans

    Karachi est la plus peuplée des villes du Pakistan, 18 millions d’habitants. Tout passe par Karachi, la capitale économique, et c’est son aéroport, Jinnah, qu’a attaqué un groupe armé taliban du puissant Mouvement des Talibans du Pakistan (TTP).

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    Le commando est parvenu sur le tarmac, et a semble-t-il pris possession d’avions en stationnement, avec des moyens militaires : fusils d’assaut, grenades et lance-roquettes. Les images montrent des nuages de fumée sur l’aéroport. L’attaque, qui a  bloqué l’aéroport, a commencé dimanche vers 22 heures pour prendre fin lundi vers 11 heures, après un assaut de l’armée. Bilan, trente morts et 26 blessés. Les dix membres du commando ont été abattus.

    Au même moment, dans l’ouest du pays, une attaque visant des membres de la minorité chiite a fait 23 morts. L’attentat a eu  lieu à Taftan, près de la frontière iranienne, dans un restaurant accueillant des pèlerins de retour d’Iran. Les quatre membres du commando, munis de vestes explosives et de fusils, sont entrés et ont tout fait exploser.

    Il faut mesurer ce que représentent ces attaques coordonnées – dont l’une sur un des lieux des plus sécurisés – comme failles dans le système d’Etat et défi pour la sécurité dans la région. Le porte-parole du TTP, Shahidullah Shahid, a revendiqué cette attaque pour « venger la mort de Hakimullah Mehsud », leur chef tué en novembre dernier par un tir de drone US dans les zones contrôlées du nord-ouest.

    Le gouvernement du Premier ministre Nawaz Sharif se trouve placé devant un défi, avec des choix qu’il ne pourra pas toujours reporter. Il connait l’implantation du mouvement taliban dans la population, et le rejet de la présence US. Nawaz Sharif s’était fait élire en disant qu’il ferait respecter la souveraineté du Pakistan, et imposerait la fin des raids des drones. Il s’est heurté à un mur.

    Il a cherché à trouver une solution politique avec les Talibans. Un cessez-le-feu avait été signé le 1er mars, mais il n’a pas tenu un mois, avec le spectacle des atermoiements gouvernementaux. Quel liens avoir avec les US, alors que le mouvement taliban se renforce et que la population s’inquiète ? Quelle place reste pour la paix sans rompre avec les US ? Combien de temps attendra l’armée, qui pèse pour le rétablissement de l’ordre, voyant que son autorité est en jeu ?

    L’encombrant allié US souhaite de longue date des actions armées dans les zones frontalières de l’Afghanistan, où les Talibans ont leurs bases. Mais quelle efficacité ? Quels risques de représailles à travers le pays, alors que déjà en 2011, les mêmes avaient attaqué la base navale de Karachi ? Quelle solution politique ? Comment apaiser les relations avec l’Inde ? Quelles surenchères à redouter alors qu’interviendra cette année le piteux retrait de l’OTAN d’un Afghanistan ravagé par 14 ans de guerre, sans aucune solution ?

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  • Afghanistan: Et si les talibans gagnaient la guerre?

     

    Afghanistan : Et si les talibans gagnaient la guerre ? C’est des Etats-Unis qu’est venu le cri d’alerte. Au mois de juin, et pour la première fois, le nombre de soldats tués en Afghanistan, 49, était plus élevé qu’en Irak, 29. Et ce alors que les troupes US sont beaucoup plus nombreuses en Irak, 145 000 soldats contre 32.000 en Afghanistan.

    Quelques chiffres, alors que la France semble découvrir cette guerre.

    Les troupes. Environ 70.000 soldats  déployés en Afghanistan sont regroupés en deux coalitions, l’une de 53 000 hommes au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF), sous commandement de l’OTAN, et l’autre 17 000 hommes sous commandement américain (Operation Enduring Freedom, OEF). Les chiffres sont en augmentation nette : en janvier 2007, l’effectif de l’ISAF n’était que de 37.000 hommes.

    Les pertes humaines. Au 30 juin 2008, le nombre de morts parmi les soldats de la coalition atteignait depuis 2001 900, dont 537 américains, 110 britanniques, 25 allemands, 16 néerlandais, 14 danois et 12 français. Pour les six premiers mois de 2008, on compte 122 morts. C’est dire que la situation s’aggrave, et le chef d'état-major interarmées américain, l'amiral Michael Mullen, s’était dit « profondément inquiet de la montée des violences » en Afghanistan, tout en estimant que l'Irak l'empêchait pour l'heure d'y envoyer plus de soldats.

    Les militaires français sont présents depuis 2001. En début d’année 2008, les effectifs étaient de 2300, et au mois d’avril Nicolas Sarkozy a, à la surprise générale, annoncé l’envoi de 700 soldats supplémentaires.

    Surprise générale, car un an plus tôt, il s’était prononcé pour le retrait progressif des troupes. C’était le 26 avril 2007, répondant à une question d’Arlette Chabot : « Il était certainement utile qu’on les envoie, dans la mesure où il y avait un combat contre le terrorisme. Mais la présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne me semble pas décisive. » Et d’ajouter : « Il y a eu, à un moment donné, pour aider le gouvernement de monsieur Hamid Karzaï, à faire un certain nombre de choix. D’ailleurs le président de la République a pris la décision de rapatrier nos forces spéciales et un certain nombre d’éléments. C’est une politique que je poursuivrais. »

    Changement radical un an plus tard : « Est-ce que l’on peut se permettre, nous, l’Alliance, les alliés, de perdre en Afghanistan ? La réponse est non. Parce qu’en Afghanistan se joue une partie de la lutte contre le terrorisme mondial, donc on doit gagner. Est-ce que la France veut partir, la réponse est non. »

    La question est donc bien posée : Peut-on perdre en Afghanistan ? Les talibans peuvent-ils gagner la guerre ? Alors, de nouveaux efforts pour lutter contre le terrorisme, tout le monde sera d’accord. Mais quelle est la réalité ? N’est-on pas entrain de foncer dans une impasse ?

    Rarement le décalage a semblé aussi grand entre le discours et les faits. Rappelez-vous. Mi-juin 2008, s’était tenue à Paris une grande conférence internationale destinée à collecter les fonds destiné à la reconstruction du pays : engagement pris pour 20 milliards de dollars, et sourires généralisés autour d’Hamid Karzaï. Humiliation dès le lendemain : un millier de prisonniers s'évadaient de la prison de Kandahar, un bastion des insurgés, après l'assaut d'un commando taliban. A quelques dizaines de kilomètres de Kaboul.

    Aujourd’hui, alors que la France pleurait ses morts, le premier ministre Gordon Brown était à Kaboul « pour inviter le président Hamid Karzaï à coopérer plus étroitement avec le Pakistan contre le terrorisme », ajoutant qu’il avait également demandé au président afghan « de s'attaquer sans répit à la corruption et au problème de la drogue. »

    Alors, oui, les questions affluent.

    Questions franco-françaises d’abord.

    1.      L’effectif français, passé de 2300 à 3000 soldats, pose évidement problème : pourquoi ce revirement ? Quelles infos l’ont justifié ?

    2.      Le jeune âge des soldats -19 ans pour certains - sur un secteur si exposé mérite des explications plus sérieuses que celles d’Hervé Morin, affirmant qu’une armée de métier est nécessairement jeune.

    3.      Le journaliste du Monde a recueilli des témoignages précis auprès des blessés : quatre heures sans recevoir d’appui, l’absence de mise en veille, des tirs amis et un commandement emmêlé. Il faut des réponses précises.

    J’estime par ailleurs anormal que le président de la République, au retour de Kaboul, n’ait pas pris le temps d’une visite auprès des familles, à Castres, où il avait dépêché Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat chargé de la Défense et des Anciens combattants. Tout aussi anormal que François Fillon se soit rendu en un coup de vent à l’Hôpital Clamart, pour ne saluer que quatre des vingt et un soldats blessés. C’est les vacances, mais quand même…

    Les misères françaises ne changeront, hélas rien, à ce qui se joue en Afghanistan. 3.000 français sur les 70.000 soldats présents… Les enjeux sont ailleurs.

    1.      Quels sont les buts militaires ? Pas un responsable n’est en mesure de décrire un plan de victoire sur les talibans et les troupes rebelles, dans leur diversité. Cette résistance afghane serait impossible sans de larges soutiens dans la population. Pourquoi un tel rejet des troupes de la coalition ?

    2.      Qu’offre-t-on comme perspectives à la population ? Comment expliquer qu’en sept ans, il n’a pas été possible de trouver des interlocuteurs pour établir une vraie solution politique ?

    3.      Karzaï est-il encore crédible ? Pourquoi, sept ans après, si peu de réalisations ?  Quelle action contre la corruption et les trafics de drogue qui gangrènent les réseaux du pouvoir ?

    4.      La seule perspective est-elle de s’installer durablement là-bas, pour tenter de contenir les talibans et les foyers du terrorisme ?

    Rien de sérieux ne pourra se faire tant que l’élection américaine ne sera pas passée. Pendant  ce temps, les soldats restent exposés au feu, sans but bien défini à leur action.

     

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