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13.08.2010

Il faut fermer la shoot-room de l’Elysée

descente-aux-enfers.jpgLa shoot-room de l’Elysée, où l’on se défonce sec à la Securitoïne… Il est temps de fermer ce lieu, car notre devoir est lutter contre le fléau des drogues dures, élections à la clé.

Ces toxicos, encravatés jusqu’à l’os, dissimulés dans leurs burqas de marque, élevés comme des poulets de ferme au bon air de Neuilly, sont hélas totalement accros : c’est la dépendance pour ces absolute junkies à la Securitoïne.

Depuis maintenant plus de trois ans, ils se pressent tous les mercredi matins à la shoot-room de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, pour fiévreusement se faire administrer leur dose. Une intra-veineuse directe de Securitoïne, genre la guerre contre le monde entier, et ils sont regonflés à bloc, semaine après semaine. A peine le garrot lâché, les voici à nouveau l’œil resplendissant devant les journalistes installés dans la cour de la shoot-room, qui face à cette fulgurance, hésitent à appeler le centre 15.

Car hélas les ravages de la drogue sont bien connus. Les toxicos non pris en charge vomissent toute aide, que ce soit celle des parents, du juge, de la loi ou du psychiatre.

La Securitoïne est une drogue dure : elle apaise les angoisses en créant une angoisse encore plus forte, à savoir un bonheur illusoire, aseptisé, qui devient mortel devant le moindre obstacle.

Ces malheureux ont troqué l’andouillette grillée et le Côtes-du-Rhône contre la pureté, exempte de toute origine étrangère, avec à l’appui un certificat génétique garanti par le ministère de l’Identité Nationale. Une ombre, et pour ces malades, toutConnolly.jpg est destroy. Il leur faut alors tenir, s’accrocher, compter les jours, puis les heures, jusqu’au nouveau passage à la shoot-room, le mercredi béni de la seringue.

Comme des amis dépassés, nous avons assisté à ce naufrage dans la défonce, psalmodié sur l’air de « Tu l’aimes ou tu la quittes » : refus de toute amnistie, objectif chiffré d’expulsions, racaille, karcher, 58° loi sur l’immigration, peines plancher, 49° loi contre les mineurs, guerre contre la Cimade, homme africain qui ne sait pas comprendre l’avenir, flambée délirante contre les patients-psy, suppression du juge d’instruction, saillie contre les Talibans et envoi de soldats en Afghanistan, guerre déclarée à l’hamburger hallal, refus de visas aux étudiants étrangers (qui partent donc au Canada), loi bidon anti-burqa, suppression des allocs pour les enfants dont le frère a déconné, dénonciation des Français d’origine étrangère, gens du voyage qui ne voyagent plus, parents emprisonnés pour la faute de leurs enfants, déchéance de nationalité pour sauver la République, critiques enflammées contre le Conseil Constitutionnel et la Cour Européenne des Droits de l’Homme, … et hier dénonciation de l’ONU qui est nulle et ne comprend rien au monde.

Nos desperados junkies ont largué les amarres. Oui, il faut de toute urgence fermer la shoot-room de l’Elysée.

La base des shoot-rooms, c’est la politique réaliste de diminution des risques. Tout repose sur un principe, intangible : le psychiatre est le soignant, et le junky est le malade. Si les rôles s’inversent, le junky vire le psychiatre, et c’est la spirale de la perdition. La seule solution est alors de tirer le rideau.  

Albert von Keller "La descente aux Enfers" 1912.

Albert Von Keller, La Descente aux Enfers, 1912

15.12.2009

Oui à l’ouverture de salles de consommation pour la drogue

CN005597_l.jpgLa drogue est une saloperie, une de ces saloperies à laquelle on échappe en se soignant. Aussi, il faut encourager tout ce qui permet de s’approcher du soin. Et comme on part de très loin, que la drogue est le paradis des mafieux et de la violence, chaque pas gagné vers la sortie de ce miasme vérolé est une victoire. C’est dire que je vote des deux mains la proposition du député socialiste Jean-Marie Le Guen d’ouvrir à Paris des shoot-room, offrant un cadre pertinent aux toxicomanes qui veulent tenter quelque chose vers la sortie. 

 

Pour faire les malins, genre UMP voulant « changer le monde », tout endimanchés en cucul la praline, ce n’est pas compliqué. Branché sur Besson FM, il vous suffit de dénoncer en cœur, l’air outragé, la création sur fonds publics de piqueries ou de drogatoriums. Pensez ma pauv’dame : des lieux ouverts à tous les toxicos de la création, où dans une régime encadré, on leur donne, hors le produit, tout ce qu’il faut pour se faire leur satanée piquouze. Alors qu’il est si simple de les punir, car toute consommation de drogue est une infraction pénale, voilà qu’on leur offrir le gite et les couverts...

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Pour être sérieux, il vaut mieux parler de salles d’injection. Le principe est de répondre aux problèmes des toxicos qui cumulent précarité, risque de contamination et de transmission des maladies infectieuses. Cette marginalité devient une culture de l’exclusion, et pour ceux habitent à proximité, c’est la galère absolue. Genre pour la maman qui envoie ses enfants à l’école : « Et faites attention de ne pas vous piquer les pieds sur les seringues dans l’allée. » Les services et les associations font tout pour aider à rompre avec la drogue. Mais avant d’en sortir, et dans quel état, plus d’un patauge, dérivant dans l’engrenage de l’accumulation des risques. Or, loin des principes resplendissants qui ne passent pas la porte des congrès et des plateaux télés, la seule vraie politique qui vaille est celle de la réduction des risques. 60% des consommateurs de drogue sont contaminés par le sida ou l'hépatite C. Et l'isolement finit de précipiter dans la toxicomanie.

 

Les salles d'injection ont vu le jour en Suisse, au début des années 80. Le modèle s'est entendu en Europe: Allemagne, Pays-Bas, Espagne, Norvège... On en compte une centaine. Petit à petit, ces lieux se sont imposés des règles de fonctionnement: accès réservé aux titulaires d’une carte d’admission, exclusion des usagers occasionnels ou des débutants, addictions aux drogues dures, et respect de mesures d’hygiène et de sécurité. Le personnel – travailleurs sociaux, infirmiers, médecins, psychologues – n’intervient qu’en cas de nécessité.

 

Si on voit bien les avantages, les risques sont aussi connus, avec notamment la création d’un certain confort qui peut retarder l’entrée dans les soins, et permettre une certaine structuration de ce petit monde. Mais dès lors que les centres sont encadrés, avec une vraie présence humaine, le résultat est positif : amélioration du cadre sanitaire, pas d’augmentation de la consommation, et amorce d'une prise en charge. Accessoirement, les grands gagnants sont les habitants des quartiers sinistrés quand la toxicomanie se joue en live.

 

jimi-hendrix-monterey-pop-festival-june-17-19671.jpgC’est ce qu’explique Jean-Marie Le Guen : « Il faut adopter une vraie politique de santé publique. La lutte contre la toxicomanie est au point mort parce qu'elle est pris en charge par un petit lobby réactionnaire, la Mission interministérielle de la lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), qui pense que la culpabilisation est une méthode efficace. » Donc pas une salle pour faciliter la consommation, mais pour limiter les risques et ouvrir une porte pour sortir de l’enfermement.

 

Et Etienne Apaire, le président Mildt réplique fidèlement : « Je suis contre l'idée de cacher les toxicomanes dans des centres sous couvert de prise en charge médicale. Les propositions de M. Le Guen vont beaucoup trop loin. Nous ne cherchons pas à accompagner les usagers, mais à les sortir de la drogue. Faciliter les usages, c'est une forme de désespérance. » Donc laisser les plus fragiles s’enfoncer dans la marginalité, exposés à tous les risques, et punir, en se flattant devant une population qu’on cherche toujours à inquiéter. Voilà un programme qui fera joli dans le débat sur l’identité nationale.

Si c’est pour condamner, le trafiquant est une bonne cible. La toxicomanie doit être abordée comme une maladie, qui isole et qui tue. Le traitement vaut bien quelques risques. La grand toxico Jimi Hendrix avait cru qu’il pourrait sublimer la drogue, en inventant Electric Ladyland. Comme tant d’autres, il s’y est perdu. La seule chose qui est plus forte que la drogue, c’est que les autres peuvent faire, avec humanité et intelligence.

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Electric Ladyland, The Jimi Hendrix Expérience, 1968

 
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