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  • Ah oui, l’idée européenne serait zigouillée par un référendum ambiguë ?

    Royaume-Uni-carte-générale-Angleterre-Ecosse-Pays-de-galles-Irlande-du-Nord-Europe-de-l-Ouest.jpgC’est quoi le film ? L'Angleterre qui redevient une ile ? Mais Londres est une capitale totalement européenne ! Allez y passer quelques heures, et vous me direz si vous êtes sur une ile, fière et rebelle face au monde, ou dans la plus intégrée des Europe. Boostés par les programmes Erasmus, les étudiants savent qu’il faut raisonner européen, et tout se construit sur cette base. C’est une force immense qui existe à Londres, et croire que tout peut être remis par terre à cause de ce référendum ambiguë… Pour le moment, il y a une grosse tempête, qui peut avoir bien des effets vu le contexte politique, économique et social. Mais ce qui construit le monde, c’est la vraie vie, c’est-à-dire ce que vivent les gens, ce qu’ils construisent ensemble. On verra dans quelques années ce qu’il restera de ce référendum

    Quelques réflexions

    1/ Cameron l’irresponsable

    Ce référendum, c’est une invention d’un Cameron affaibli pour renforcer son assisse dans son camp. Il n’y avait aucune menace travailliste quand il s'est engagé dans ce programme insensé : affubler l’Europe de tous les maux, aller négocier des aménagements techniques à Bruxelles, aménagements inbitables et invérifiables car ils ne seront jamais mis en œuvre, pour finalement expliquer qu’il faut voter avec enthousiasme pour l’Europe, guérie de ses maux grâce au génie de Cameron... De ce point de vue, le Brexit est parfaitement logique.

    2/ L’Ecosse vers l’indépendance

    La réussite du stratège Cameron se confirme : l’Ecosse, pro-Europe à 62%, va demander son indépendance, et l’Irlande du Nord, pro-Europe à 56 % - qui sait ce que l’Europe lui a apporté – se pose des questions. Les entreprises britanniques n’ont donc pas besoin de s’installer en Ile de France, où les invite Mamie Pécresse. Il leur suffit de délocaliser leur siège social en Ecosse, et elles seront tranquilles. Déjà que l’Écosse fournit les meilleurs whiskies, cela devient vraiment une destination fameuse. Dans quelques années, les Anglais en train de s’inscrire aux agences de l’emploi en Ecosse… Wahou le référendum historique…

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    3/ Le Royaume Uni toujours membre du Conseil de l’Europe

    Le Royaume Uni reste totalement européen, inscrit dans les mécanismes contraignants du droit européen,… parce que, s'il va sortir de l’Union européenne, il reste membre du Conseil de l’Europe. Il est tenu d’appliquer la Convention européenne des droits de l’homme, la Charte sociale européenne et il reste soumis à la Cour européenne des droits de l’homme. Or, le Conseil de l’Europe, c’est tout ce qui concerne les droits fondamentaux, les libertés publiques, la vie privée, la liberté de religion, mais aussi les droits sociaux et la non-discrimination… Pour avoir une petite idée des sujets traités par la Cour européenne des droits de l’homme, vous pouvez cliquer ici.

    4/ Quelles critiques argumentées de l’Europe ?

    L’Union européenne peut mieux faire… c’est une évidence, il y a maintes crtiques à former, mais pour que ces critiques soient entendables, il faut qu’elles reposent sur un minimum d’élaboration, et dépassent le stade du miasme crispé contre les technocrates européens, ce bien connu rot populiste… Un exemple ? L’Union européenne, nous dit-on, nivelle la diversité des Etats. Si c’est vrai, c'est grave. Oki ? Mais donnez-moi un seul exemple significatif, précis et argumenté, avec please, les références en droit communautaire. Ça m’intéresse.

    5/ La faiblesse des Etats, le vrai problème

    Le vrai problème actuel n’est pas la crise de l’Europe – L’Europe est toujours en crise car elle est dans un processus de construction – mais la faiblesse des pouvoirs étatiques. Nous ne sommes pas dans une Europe fédérale, mais dans une Europe des Etats. Ces Etats sont indispensables car ce sont les seuls lieux où se créent les racines politiques et la solidarité. Or, à l’exception notable de l’Allemagne, les pouvoirs politiques dans les grands Etats européens sont par terre : Cameron faisant éclater son pays pour un petit arrangement interne à son parti ; l’Espagne paralysée par l’absence de majorité politique, avec de nouvelles élections ; Hollande sans aucune prise sur le pouvoir, et qui s’apprête à être éliminé au premier tour des présidentielles ; Razi, décrit hier encore comme le nec plus ultra du pouvoir moderne, qui est aujourd’hui humilié par un parti populiste amateur ; la Belgique et son gouvernement perpétuellement chancelant…

    L’Europe, ce sont des Etats qui discutent ensemble. Ce n’est pas une Europe fédérale. L’Union européenne se combine très bien avec des Etats forts, en rappelant que l'autoritarisme n’est pas un signe de force. Si l’on veut renforcer l’Europe, il faut d’abord renforcer les Etats, ce qui veut dire des dirigeants politiques à la hauteur, compétents, sachant décider, et ayant une vision de la politique interne et internationale de leurs pays. 

    Dans le monde bouleversé de la mondialisation, alors que tout dirige vers une gouvernance économique et militaire supranationale, les Etats restent la première garantie des peuples, et en Europe, ces Etats n’ont d’avenir que s’ils savent travailler entre eux. Il n’y a aucune opposition entre l’Union européenne et les Etats ; le seul problème est l’incompétence de la classe politique dirigeante. Incompétence et irresponsabilité, car ceux qui ne cessent de créer les difficultés se présentent toujours comme étant les seuls pouvoir les résoudre.

    Remontons les manches, il y a du travail.

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    Edimbourg, une grande destination européenne

  • Israël détruit les maisons palestiniennes financées par l’Europe : Les citoyens européens doivent réagir

    L’info vient d’un excellent reportage de Cyrille Louis, envoyé spécial du Figaro en Cisjordanie, territoire palestinien occupé. Voici donc ce texte, et je ferai après quelques commentaires juridiques.

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    Cisjordanie : Israël détruit une dizaine d'habitations financées par l'UE

    Par Cyrille Louis

    Le hameau palestinien de Jinba, posé au bout d'une piste accidentée qui s'étire à l'extrême-sud de la Cisjordanie, semble avoir été balayé par un tremblement de terre. Ses habitants, hagards, s'affairent autour de leurs maisons éventrées et tentent de sauver ce qui peut l'être encore. Mardi matin, l'armée israélienne a détruit quinze préfabriqués dans lesquels résidaient une soixantaine de personnes, dont trente-huit mineurs, ainsi que plusieurs latrines et des panneaux solaires. Sept autres habitations ont été démontées dans le village voisin de Khirbet Halaweh, laissant une vingtaine de personnes sans abri. «Il s'agit clairement d'une des plus vastes opérations de démolitions menées ces dernières années», constate, navré, un diplomate européen.

    Des tentatives de médiation infructueuses

    Pour les habitants de Jinba, l'arrivée matinale des buldozeurs ne fut pas totalement une surprise. Voici en effet plus de vingt-cinq ans que l'armée israélienne cherche à aménager dans les collines situées au sud d'Hébron une «zone de tir» vierge de toute présence humaine. En novembre 1999, quelque 700 résidents palestiniens furent évacués par la force d'une douzaine de villages situés dans cette zone aride et vaste de 3.000 hectares. Mais la cour suprême autorisa la population semi-nomade à regagner temporairement les lieux. Plusieurs tentatives de médiation se sont depuis succédé sans résultats tangibles, jusqu'à ce que le gouvernement israélien décide, lundi 1er février, de sonner la fin de la partie. «Quelques heures après, des soldats se sont présentés à Jinba pour marquer une quarantaine de structures condamnées à la démolition au motif qu'elles ont été édifiées sans permis de construire», se désole Yehuda Shaul, de l'ONG israélienne «Rompre le silence».

    Lundi, sitôt les militaires repartis, les adultes du hameau ont commencé à reconstituer des abris de fortune tandis que leurs enfants emmenaient paître les moutons comme si de rien n'était. «Que voulez-vous qu'on fasse d'autre?», interroge Khaled Hussein Jabarin, tandis que d'autres villageois inspectent les multiples grottes qui mitent la colline à la recherche d'un abri pour les prochaines nuits. «Cette terre nous appartient et nous n'avons nulle part où aller», rebondit Mahmoud Ahmed Issa, 30 ans, dont la maison n'est plus qu'un amas de pierres et de parpaings. «Mon grand-père et mon père sont nés ici, alors nous allons faire le dos rond en attendant de pouvoir reconstruire nos maisons…»

    Des milliers d'habitations menacées

    L'administration civile israélienne, qui contrôle 60% de la Cisjordanie (zone C) en vertu des accords d'Oslo, ne voit pas les choses de la même façon. Aiguillonnée par l'aile ultranationaliste de la coalition gouvernementale, elle se targue de faire appliquer le droit en imposant la démolition d'un nombre croissant de structures édifiées sans autorisation. Un vaste programme, dans la mesure où l'immense majorité des demandes de permis de construire formulées par des Palestiniens établis en zone C se soldent par une réponse négative. «Des milliers d'habitations palestiniennes en Cisjordanie risquent d'être démolies en raison d'obstacles qui peuvent être légalement fondés, mais qui sont discriminatoires en pratique», s'est alarmé lundi le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, dans les colonnes du New York Times.

    La situation de ces communautés palestiniennes établies en zone C donne lieu, depuis plusieurs mois, à un bras de fer feutré entre Israël et l'Europe. Invoquant le droit humanitaire, l'UE finance l'installation de structures provisoires destinées à des populations menacées de déplacement forcé. Mais l'État hébreu, qui entend défendre ses revendications sur le territoire palestinien, n'hésite désormais plus à s'attaquer à ces constructions. Selon un premier décompte, une dizaine des préfabriqués démolis lundi matin dans le sud d'Hébron avaient d'ailleurs été financés par le service humanitaire de la Commission. Chacun d'entre eux avait coûté entre 2.000 et 3.000 euros aux contribuables européens.

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    Merci Cyrille, voici maintenant quelques remarques.

    1/ L’occupant fait un bras d’honneur aux contribuables européens

    Dix maisons détruites, c’est 30.000 € financés par les contribuables européens explique l'article. Raisonnablement, il faut alourdir la note pour tenir compte des frais de transport et d’administration générale, car il faut des heures et des heures pour réaliser ce type de programme. Je précise que c’est juste un début alors qu’environ 1000 habitants sont concernés par ce « programme » de l’occupant. Donc, payez vos impôts dans la joie et la bonne humeur, la puissance occupante en Palestine vous gratifie d'un bras d’honneur.

    2/ Une violation flagrante du droit

    La « seule démocratie du Proche-Orient » s’est spécialisée dans la destruction de maisons lorsque l’un des membres de la famille a été qualifié de « terroriste » par ces tribunaux qui n’ont de tribunal que le nom, et en fonction de lois qui n’ont de loi que le nom.

    Là, c’est une autre variante. Du fait des merveilleux accords d’Oslo, on est en zone C, donc 60 % de la Cisjordanie, placée sous le contrôle de l’occupant qui refuse de permis de construire aux Palestiniens, présents sur cette terre depuis des millénaires. La situation est tellement grotesque que l’Union européenne finance des constructions de maisons. Une personne vivant sur son sol a le droit de construire une maison pour y vivre et protéger sa famille, non? Je me trompe ?

    L’occupant réplique par d’invraisemblables procédures, toutes validées par l’invraisemblable Cour suprême d’Israël, qui n'est que la Cour suprême de la colonisation. Abusant de la force armée, la puissance occupante ne cesse de conquérir par la force de nouveaux territoires, avec pour but de changer la structure des populations. Se prétendre puissant alors que l’on ne fait que voler des terres fertiles… Comme les cow-boys…

    3/ Tout ceci relève de la Cour pénale internationale

    Tout ceci relève de la Cour pénale internationale, mais hélas, l’Autorité palestinienne a décidé de ne rien faire à part des discours, et elle refuse obstinément de déposer plainte devant la Cour. Elle entretient la culture de l’impunité, préférant gérer les subventions européennes que défendre la souveraineté palestinienne...

    4/ L’Europe est en dessous de tout

    Les responsables européens voient bien qu’il y a un problème sérieux… mais ils ne font rien de sérieux en réponse, alors que les facilités permanentes qu’ils accordent à la puissance occupante en Palestine engagent leur responsabilité sur le plan international. L’Europe a de temps à autres un petit remord, mais en réalité, elle accorde tout à la politique colonialiste de la puissance occupante. Spécialement par son scandaleux avis du 12 novembre 2015, qui donne un statut par « étiquetage spécial » aux produits de la colonisation, cherchant à assurer une sécurité juridique aux colonisateurs.

    5/ Les règles budgétaires européennes

    L’Union européenne fonctionne grâce un budget, qui répond à un certain nombre de principes :

    - Principe d’équilibre : les prévisions de recettes doivent être égales à celles des dépenses ;

    - Principe de spécialité des dépenses : elles sont destinées à un but spécifique et ne peuvent être utilisées à d'autres fins.

    - Principe de bonne gestion financière : Des objectifs vérifiables sont mis en œuvre selon des principes d'efficacité, d'économie et d'efficience.

    - Principe de transparence : L'établissement, l'exécution du budget et la reddition des comptes doivent respecter le principe de transparence.

    L'Union européenne ne prélève elle-même aucun impôt. Ses recettes sont composées de ressources propres et d’une TVA communautaire, mais le gros morceau est le prélèvement sur revenu national brut (RNB) des Etats membres de l'Union européenne, qui représente environ 75 % des recettes.

    Donc, c’est doublement ton pognon : par des dépenses budgétaires gaspillées, et par des prélèvements qui sortent bel et bien de ta poche. Toutes ces principe doivent à être respecté, et le citoyen européen doit entrer en action car il ne peut accepter que l’argent public soit ainsi dilapidé et que les instances européennes ferment les yeux sur les violations commises par la puissance occupante en Palestine, au point qu’il s’agit de véritables provocations. Dans l’affaire Kadi et Al Barakaat, du 3 septembre 2008, la Cour de Justice de l’Union Européenne a posé le principe de la primauté du droit dans l’ensemble de l’espace européen.

    6/ Suspendre l’accord UE/Israël

    L’accord d’association conclu entre l’Union européenne et Israël est conditionné par le respect de l’article 2 : « Les relations entre les parties, ainsi que toutes les dispositions de l'accord lui-même, doivent être fondées sur le respect des droits de l'homme et des principes démocratiques, qui inspire leurs politiques interne et internationale, et constitue un élément essentiel de cet accord ».

    Cet accord doit donc être suspendu :

    - avec ces destructions de maisons, la puissance occupante en Palestine viole les droits fondamentaux, bafouant l’article 2 qui est la condition d’application de l’accord ;

    - ces destructions lèsent directement les droits des contribuables européens, qui bénéficient d’un droit établi à la meilleure utilisation des fonds publics, de telle sorte que l’inaction des instances européennes serait cas de responsabilité.

    Or, ces instances se contentent de faire des ronds dans l’eau, tout en reconnaissant la réalité du problème. Il revient donc aux citoyens et aux groupes militants de prendre le relais, en Europe comme en Palestine, d’une part en faisant pression sur les parlementaires, et d’autre part en agissant directement devant les tribunaux pour rendre effectives les dispositions de l’article 2. Dès maintenant, il faut exiger que l'Union européenne introduise une clause de réserve de propriété lorsqu'elle finance de tels équipements, pour qu'elle puisse agir elle-même en remboursement en cas de destruction. 

    De même, les sociétés livrant des engins qui procèdent à ces destructions criminelles doivent être attaquées en justice pour complicité, et Volvo est le premier sur la liste :  

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    La loi doit être la même pour tous : il faudra bien s’habituer !

  • Sahara occidental : les dessous d’un camouflet pour le Maroc

    Un excellent texte dOmar Brousky, sur le site recommandé Orient XXI, suite l’annulation par le Tribunal de l’Union européenne de l’accord de coopération UE/ Maroc… au motif que cet accord est appliqué sur le territoire du Sahara Occidental. Une lecture de l'arrêt vous montrera pourquoi je ne commente pas moi-même cette décision, et cet article d'Omar Brousky est précis, complet et pertinent. 

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    Sahara occidental : les dessous d’un camouflet pour le Maroc, par Omar Brousky

    Saisie par le Front Polisario, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a annulé le 10 décembre 2015 un accord commercial entre le Maroc et l’Union européenne, tranchant ainsi en faveur des indépendantistes qui estimaient que l’application de cet accord au Sahara occidental violait le droit international et les engagements de l’UE. La gestion des richesses du Sahara occidental et son rapport avec la question de la souveraineté marocaine sur ce territoire sont, encore une fois, mis en évidence par la décision du tribunal européen.

    La nouvelle est tombée le 10 décembre 2015. Saisie par le mouvement indépendantiste sahraoui du Front Polisario, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a annulé un important accord commercial entre le Maroc et l’UE, signé en 2012 et portant sur les produits agricoles. La justice européenne a en effet jugé que la mise en œuvre de cet accord, qui englobe le territoire contesté du Sahara occidental, violait le droit international et les engagements de l’UE :

    « Or, compte tenu notamment du fait que la souveraineté du Royaume du Maroc sur le Sahara occidental n’est reconnue ni par l’Union et ses États membres ni, plus généralement, par l’ONU, ainsi que de l’absence de tout mandat international susceptible de justifier la présence marocaine sur ce territoire, le Conseil, dans le cadre de l’examen de tous les éléments pertinents du cas d’espèce en vue de l’exercice de son large pouvoir d’appréciation concernant la conclusion, ou non, d’un accord avec le Royaume du Maroc susceptible de s’appliquer également au Sahara occidental, devait s’assurer lui-même qu’il n’existait pas d’indices d’une exploitation des ressources naturelles du territoire du Sahara occidental sous contrôle marocain susceptible de se faire au détriment de ses habitants et de porter atteinte à leurs droits fondamentaux. Il ne saurait se limiter à considérer qu’il incombe au Royaume du Maroc d’assurer qu’aucune exploitation de cette nature n’a lieu ».
    Extrait de l’arrêt du tribunal de la CJUE, paragraphe 241.

    Le jugement s’appuie notamment sur des allégations contenues dans un rapport du Front Polisario selon lesquelles « les exploitations agricoles dans le Sahara occidental seraient contrôlées par des personnes et des entreprises étrangères non indigènes, seraient exclusivement orientées vers l’exportation et reposeraient sur l’extraction d’eau issue de bassins non renouvelables situés en profondeur ».

    Bien que les allégations du mouvement sahraoui aient été « notamment portées à l’attention de l’ONU », ajoute la CJUE, le Conseil de l’Union européenne « n’a présenté aucun commentaire particulier et ne les a pas démenties, ce qui donne à penser qu’il ne s’est pas penché sur la question de savoir si l’exploitation des ressources naturelles du Sahara occidental sous contrôle marocain se faisait ou non au profit de la population de ce territoire.  »

    Tremblement de terre au palais

    Classé comme un « territoire non autonome » par l’ONU, le Sahara occidental est une ancienne colonie espagnole de 266 000 km2 administrée par le Maroc depuis 1975, mais dont l’indépendance est réclamée par le Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Près de 540 000 personnes y vivent, dont plus de la moitié sont des jeunes de moins de 30 ans. La décision de la CJUE a eu l’effet d’un tremblement de terre au Maroc qui considère le Sahara occidental comme une partie intégrante de son territoire, malgré la présence à Lâayoune, la plus grande ville, de la Mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso) et bien que la souveraineté du royaume ne soit pas reconnue par la communauté internationale. Considéré comme la chasse gardée du palais, le dossier du Sahara occidental a toujours été géré de manière exclusive par le roi, avec une poignée de conseillers sans prise avec les autres institutions politiques (Parlement et gouvernement notamment).

    Mohammed VI était en «  visite privée  » en France, puis aux Émirats arabes unis (EAU) lorsque la décision de la CJUE est tombée, un mois après son discours du 6 novembre 20151 (qui commémore cette année le 40e anniversaire de la Marche verte2) dans lequel il a, de nouveau, évoqué «  la régionalisation poussée  » et l’importance des investissements mis en œuvre par le royaume dans ses «  provinces du sud  ». C’est le département des affaires étrangères marocain qui a réagi à la décision de la CJUR via un communiqué laconique : « Le royaume exprime son étonnement au regard de cette décision concernant un protocole, qui comme tous les accords bilatéraux signés, est conforme à la légalité internationale ».

    Il faut dire qu’avec le Parlement européen, le Conseil de l’UE est l’un des principaux organes de décision à l’échelle européenne. Il se compose de ministres représentant les 28 membres de l’Union européenne et se présente comme une instance éminemment politique. Sans surprise, il décide le 14 décembre de faire appel de ce verdict qui semble avoir pris de court l’essentiel de ses membres.

    Un stratégie clientéliste dépassée

    Mais au-delà de ces réactions, c’est le problème de la gestion des richesses du Sahara occidental et son rapport avec la question de la souveraineté marocaine sur ce territoire qui sont, encore une fois, mis en évidence par la décision du tribunal européen.

    Pour imposer son autorité et éviter les risques de l’instabilité politique et sociale, l’État marocain a opté dès le début du conflit pour une politique ouvertement clientéliste, favorisant les notabilités tribales et les grandes familles du Sahara occidental. Des licences de pêche en haute mer, des agréments dans différents domaines (notamment le transport), des postes élevés dans l’administration marocaine ont été accordés aux membres des familles les plus influentes du territoire pour s’assurer leur allégeance. Aucun mécanisme de représentation démocratique locale n’a été mis en place pour dépersonnaliser les rapports entre l’administration marocaine et la population sahraouie, condition sine qua non pour l’établissement de la confiance entre cette dernière et le pouvoir central.

    Après les événements sanglants de 2005 à Lâayoune3 et l’émergence d’une nouvelle donne plus ou moins autonomisée, en l’occurrence les jeunes Sahraouis, le palais prend conscience des dangers de sa stratégie initiale et de la nécessité de la modifier. Lors des élections communales de 2009, le roi Mohammed VI et son entourage réalisent, tel Frankenstein face à sa «  créature  », que les «  champions  » sahraouis sur lesquels ils avaient misé pour assurer le statu quo social sont devenus de véritables «  seigneurs du désert  », utilisant les privilèges administratifs que leur accorde l’État marocain et profitant des richesses locales comme d’une véritable rente institutionnalisée. Dans un câble diplomatique de l’ambassadeur des États-Unis à Rabat, le diplomate américain décrit une rencontre entre Christopher Ross, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU au Sahara occidental, et le conseiller royal le plus influent, Fouad Ali El Himma, en juin 2009 au domicile de celui-ci. Lors de cette rencontre, El Himma a « détaillé les vains efforts de son parti (le Parti authenticité et modernité (PAM), qu’il a créé un an auparavant) à battre la machine politique de Khelihenna Ould Errachid », le chef d’une des familles les plus riches du Sahara occidental. Lors de cette rencontre, le conseiller du roi avait également indiqué à Ross que le PAM continuait « à travailler contre le clan Khellihenna ».

    Déboulonner ce « système » qui se déploie au cœur du Sahara occidental, au détriment du reste de la population, c’est courir le risque de déséquilibrer tout l’édifice politique, économique et institutionnel peu démocratique sur lequel le régime monarchique repose depuis des décennies. Car les notables sahraouis ne sont pas les seuls à puiser dans cette « rente du désert ». Les « chères provinces du sud  », comme les appellent le monarque dans ses discours, sont tout simplement un paradis fiscal dont profitent plus de 5 000 entreprises marocaines domiciliées au Sahara occidental pour échapper à l’impôt, selon un document officiel de la province de Lâayoune.

    Autonomie versus « régionalisation poussée »

    Face à cette réalité, Mohammed VI adopte un double discours depuis que le Maroc a proposé en 2007 un ambitieux projet de large autonomie au Sahara. D’un côté, un discours destiné à l’usage externe fait la promotion de l’autonomie en précisant que ce projet est jugé sérieux et crédible par les puissances occidentales, américaine, française, et espagnole notamment. Pour le Maroc, un tel projet permettrait au peuple sahraoui de s’autogouverner librement tout en préservant un lien étroit avec le royaume. À ceux qui, comme le tribunal européen et les ONG appellent à ce que les richesses du Sahara occidental profitent à la population locale, le roi rétorque : « Chacun sait dans quel état se trouvait le Sahara avant 1975. À ceux qui ignorent ou feignent d’ignorer la vérité, je livre ces quelques données : depuis la récupération de notre Sahara, pour chaque dirham des recettes de la région, le Maroc investit 7 dirhams dans son Sahara, dans le cadre de la solidarité entre ses régions et entre les enfants de la patrie unie  » (discours royal du 6 novembre 2014).

    De l’autre côté, le discours destiné à l’usage interne utilise des concepts ambigus qui entretiennent le flou, voire une certaine incohérence à son contenu. Le leitmotiv de ce discours interne est la « régionalisation poussée », un concept qui ne semble pas en phase avec le projet d’autonomie proposé à la communauté internationale depuis 2007. La régionalisation est en effet une décentralisation très avancée qui se conçoit et se déploie dans le cadre d’un État unitaire, alors que l’autonomie est quasiment un « État dans l’État ». Ces incohérences introduisent le flou dans l’argumentaire royal et affaiblissent sa teneur aux yeux des observateurs et des acteurs directement concernés par cette affaire où le juridique est aussi important que le diplomatique.

    L’autre caractéristique du discours interne est qu’il entretient le climat de tension politique en qualifiant de traîtres tant ceux qui critiquent la gestion de l’affaire par le roi et ses proches que ceux qui ne partagent pas la thèse officielle selon laquelle la « marocanité » du Sahara et l’allégeance de sa population au régime monarchique sont une ligne rouge à ne pas franchir. Les termes qui sont utilisés à cet égard par les discours royaux se ressemblent étrangement depuis 2009 :

    « Nous avions déjà exprimé, dans le discours de la Marche verte de 2009, notre refus catégorique de ces agissements et avons alerté que "ou on est patriote ou on est traître" et qu’il n’y a pas de juste milieu entre le patriotisme et la trahison (…). Car soit on est patriote soit on est traître. Il est vrai que la patrie est clémente et miséricordieuse, et elle le restera, mais une seule fois et pour celui qui se repent et revient à la raison. Quant à celui qui persiste à trahir la patrie, toutes les législations nationales et internationales considèrent que l’intelligence avec l’ennemi relève de la haute trahison. Nous savons que l’erreur est humaine, mais la trahison est impardonnable. Et le Maroc ne sera jamais une fabrique pour les ‘"martyrs de la trahison’’. »
    Discours du 6 novembre 2014.

    Omar Brouksy

    1Le roi Mohammed VI est paru très affaibli lors de ce discours : le visage bouffi, la respiratoire difficile et la voix quasiment éteinte, les questions sur l’état de santé du monarque ne cessent de s’amplifier, notamment sur les réseaux sociaux. Pour mettre un terme à ces interrogations, un communiqué du médecin du roi a indiqué trois jours plus tard que celui-ci souffrait «  d’un syndrome grippal consécutif à son voyage en Inde  »… Le même jour le roi quittait le Maroc pour la France et les EAU. L’état de santé du roi reste un sujet sensible au Maroc.

    2En 1975, le roi Hassan II (1929-1999) a organisé une «  marche verte  » pour «  récupérer  » ce territoire dont le sous-sol regorge de phosphates et, murmure-t-on, de pétrole.

    3Le 22 mai 2005, à la suite du transfert d’un prisonnier sahraoui vers la ville d’Agadir (sud-ouest), des manifestations violentes se sont déclenchées dans plusieurs quartiers de Lâayoune, la plus grande ville du Sahara occidental. Pour la première fois des jeunes Sahraouis ont scandé des slogans hostiles au Maroc et brandi des drapeaux du Polisario.

  • Goldman Sachs - Otan Corp., par Manlio Dinucci

    Toujours heureux quand un ami a trouvé un bon job… Comme vous, je m’inquiétais de l’avenir professionnel d'Anders Fogh Rasmussen, qui a fini il y a quelques mois son mandat de secrétaire général de l’Otan, où il a si merveilleusement défendu notre sécurité et notre avenir. Rasmussen chomdu ? Enfin, la bonne nouvelle est tombée : il vient de trouver un nouveau job… embauché par la Goldman Sachs, la plus éthique des banques. Bien sûr, Rasmussen ne donnera jamais à la banque la moindre information militaire acquise lors de ses cinq ans de mandat,… et la Goldman Sachs ne lui demandera d’ailleurs rien, car cette banque n’est en rien intéressée par la domination du monde… Ces Etats-Unis nous prennent vraiment pour des demeurés

    Voici l’analyse de Manlio Dinucci, publiée dans il manifesto du18 août 2015, traduite par Marie-Ange Patrizio.

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    Après avoir été de 2009 à 2014 secrétaire général de l’Otan (sous commandement USA), Anders Fogh Rasmussen a été embauché comme consultant international par Goldman Sachs, la plus puissante banque d’affaires étasunienne. 

    Le curriculum de Rasmussen est prestigieux. En tant que Premier ministre danois (2001-2009), il s’est employé à « l’élargissement de l’UE et de l’Otan en contribuant à la paix et à la prospérité en Europe ». En tant que secrétaire général, il a représenté l’Otan dans son « pic opératif avec six opérations dans trois continents », parmi lesquelles les guerres en Afghanistan et Libye et, « en riposte à l’agression russe contre l’Ukraine, il a renforcé la défense collective à un niveau sans précédents depuis la fin de la guerre froide ». 

    Il a en outre soutenu le « Partenariat transatlantique de commerce et d’investissements (Tafta,) entre Etats-Unis et UE, base économique d’ « une communauté transatlantique intégrée ». 

    Compétences précieuses pour Goldman Sachs, dont la stratégie est simultanément financière, politique et militaire. Ses dirigeants et consultants, après des années de travail dans la grande banque, ont été placés dans des postes clé dans le gouvernement étasunien et dans d’autres : parmi ceux-là Mario Draghi (gouverneur de la Banque d’Italie, puis président de la BCE) et Mario Monti (nommé chef du gouvernement par le président Napolitano en 2011). 

    On ne s’étonne donc pas que Goldman Sachs mette la main à la pâte dans les guerres conduites par l’Otan. Par exemple, dans celle contre la Libye : elle s’est d’abord appropriée (en causant des pertes de 98%) des fonds d’Etat pour 1,3 milliard de dollars, que Tripoli lui avait confiés en 2008 ; elle a ainsi participé en 2011 à la grande rapine des fonds souverains libyens (estimés à environ 150 milliards de dollars) que les USA et l’UE ont « congelés » au moment de la guerre. Et, pour gérer à travers le contrôle de la « Central Bank of Libye » les nouveaux fonds retirés de l’export pétrolier, Goldman Sachs s’apprête à débarquer en Libye avec l’opération projetée par USA/Otan sous bannière UE et « conduite italienne ». 

    Sur la base d’une lucide « théorie du chaos », on exploite la situation chaotique provoquée par les guerres contre la Libye et la Syrie, en instrumentant et en canalisant vers l’Italie et la Grèce (pays parmi les plus faibles de l’UE) le tragique exode des migrants conséquent à ces guerres. Cet exode sert d’arme de guerre psychologique et de pression économique pour démontrer la nécessité d’une « opération humanitaire de paix », visant en réalité l’occupation militaire des zones stratégiquement et économiquement les plus importantes de la Libye. Tout comme l’Otan, Goldman Sachs est fonctionnelle à la stratégie de Washington qui veut une Europe assujettie aux Etats-Unis. 

    Après avoir contribué avec l’escroquerie des prêts subprimes à provoquer la crise financière, qui depuis les Etats-Unis a investi l’Europe, Goldman Sachs a spéculé sur la crise européenne, en conseillant « aux investisseurs de tirer avantage de la crise financière en Europe » (cf. rapport réservé rendu public par le Wall Street Journal en 2011). Et, selon des enquêtes documentées effectuées en 2010-2012 par Der Spiegel, New York Times, BBC, Bloomberg News, Goldman Sachs a camouflé, par des opérations financières complexes (« prêts cachés » à des conditions assassines et vente de « titres toxiques » étasuniens), le vrai montant de la dette grecque. Dans cette affaire, Goldman Sachs a manœuvré plus habilement que l’Allemagne, la BCE et le FMI, dont le joug mis au cou de la Grèce est évident. 

    En recrutant Rasmussen, avec le réseau international de rapports politiques et militaires qu’il a tissé dans ses cinq années à l’Otan, Goldman Sachs renforce sa capacité d’influence et de pénétration.

  • Tous les partis européens de gouvernement ligués contre Syriza

    Syriza a remporté hier une magnifique victoire aux élections législatives grecques. A minuit pass’, on parle de 36% des suffrages devant Nouvelle Démocratie (29%), et peut-être la majorité absolue, à 151 sièges. Tous mes amis grecs font la fête, et moi aussi.  Une bonne bringue, ça fait du bien, et demain tout démarre.275869_2732645.jpg

    Le programme de Syriza, c’est d’abord un plan d’urgence, et nous allons voir cela dans les semaines qui viennent :

     - le salaire minimum porté de 580 à 751 euros ;

    - le seuil d'imposition remonté à 12 000 euros annuels,

     - le 13e mois de retraite rétabli pour les retraites inférieures à 700 euros,

    - l'électricité offerte et des coupons d'approvisionnement à 300 000 ménages au moins,

     - les habitations principales protégées des saisies,

    - l'accès gratuit aux soins,

    - la taxe sur le fuel domestique supprimée,

    - le nombre de bénéficiaires de l'assurance chômage accru.

    Syriza a ensuite des propositions pour systématiser ce plan anti-austérité, et pour un coût total de 12 milliards d'euros… compensé en réduisant le remboursement de la dette (175 % du PIB), en luttant contre la fraude fiscale, la contrebande, et en réaffectant des fonds européens. Réjouissant.

    Le problème est qu’en trésorerie, la Grèce est à sec, et qu’il va falloir passer le gué… A priori, ça va être dur-dur, mais ce n’est pas impossible car personne ne veut l’épreuve de force. La Grèce reste une économie modeste au niveau européen (je veux dire que ce n’est pas l’Espagne, elle aussi mal en point), et Bruxelles – Euh, pardon, la Bundesbank – ne veut pas jouer la crise. Si ça se gâte la Grèce laissera entendre qu’elle quitte la zone euro, ce qui n’est pas son projet d’origine, et Bruxelles – Euh, pardon, la Bundesbank – est prête à faire beaucoup pour que ça ne casse pas.

    Finalement, le gros péril,… c’est que le plan risque de marcher,… et ce sont alors les partis de gouvernement européens vont alors prendre le relais de Bruxelles – Euh, pardon, de la Bundesbank – pour dézinguer la Grèce, car la réussite de Syriza serait leur naufrage politique. Que resterait-il au parti « socialiste », genre Hollande-Macron-Valls, si Alexis Tsipras réussit ? Mais que resterait-il aussi à nos deux autres flans de la politique, l’UMP et le FN ?

    Allez, on va suivre ça de près, en incluant tous les coups tordus, mais sans complotisme, cela va de soi… Il n’y a dans ce bas monde que des âmes pures. 

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