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  • Venezuela : C’est quoi « l’opposition » ?

    Grace à l’excellent Le Monde (Occidental), vous avez tous bien compris que Maduro est un méchant dictateur aux mains ensanglantées (qui pousse la dictature jusqu’à faire voter le peuple à un référendum constitutionnel…) et l’opposition de merveilleux et courageux combattants de la liberté. Jamais un mot sur le grand problème du pays à savoir que Chavez, puis Maduto, au pouvoir pour avoir gagné les élections, ont entrepris des politiques de redistribution de la richesse sans pouvoir s’assurer le contrôle de la production, et donc du monde économique. Et que la caste qui tient le monde économique fait tout pour casser le pouvoir de Maduro. Notamment quand les gentils manifestant lynchent des blacks ou lancent des grenades explosives sur la garde nationale. Dans une presse très monocolore sur le sujet, voici une intéressante interview Christophe Ventura, chercheur à l’Iris, publiée dans Le Nouvel Obs.

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    Les manifestants de la liberté brûlent un black

     

    Venezuela : "La composante la plus radicale de l'opposition l'a emporté"

    Propos de Christophe Ventura recueillis par Martin Lavielle 

     

    Derrière ce mot chapeau se cachent beaucoup de réalités. L’opposition vénézuélienne est plurielle. D’abord, il y a une opposition présente depuis 1998 et la victoire d’Hugo Chavez. C’est elle qui est à la manœuvre jusqu’à présent. Il existe aussi une autre partie qui n’a rien à voir : une opposition "de gauche" composée de certains partis traditionnellement d’extrême gauche, qui ont toujours été assez critiques du chavisme, ou en tout cas réservés. Ils ne représentent pas forcément grand-chose dans la société civile, mais ils sont actifs politiquement. A cette opposition "de gauche" s’articulent des personnalités du chavisme, qui n’ont pas d’organisation politique mais qui sont des personnalités avec une certaine légitimité, de par leur parcours, comme la procureure générale Luisa Ortega.

    L’opposition qui impose un véritable rapport de force au gouvernement, c’est la première, l’opposition historique. Elle est composée des forces défaites par Chavez, notamment des deux partis COPEI et AD (Action démocratique).

    En fait, Chavez a été élu sur les cendres d’un système politique bipartite, qui dirigeait le Venezuela depuis des décennies dans une alternance entre socio-démocrates et conservateurs. 

    Au fil des ans, avec la polarisation déclenchée par le chavisme, d’autres organisations ont rejoint cette opposition "libérale". Aujourd’hui, de nombreuses mouvances sont réunies dans la Mesa de la unidad democrática (MUD) : une droite dure, des formes d’extrême droite aussi, jusqu’à des forces de centre gauche. Leur point de ralliement est la destitution du gouvernement en place. C’est sans doute leur seul objectif commun, puisqu’il n’existe pas vraiment d’unité programmatique.

    Qui prédomine au sein de cette opposition "historique" ?

    Les deux mouvements principaux sont représentés par deux figures de l’opposition. D’une part, Henrique Capriles et son parti Primero Justicia, classé au centre droit. C’est lui qui avait perdu en 2012 contre Chavez et en 2013 contre Nicolas Maduro. D’autre part, le second pôle vient d’une droite plus dure, autour de Leopoldo Lopez et de son parti, Voluntad Popular. L'une des figures montantes de l'opposition, Freddy Guevara, vice-président de l’Assemblée nationale, est dans son sillage. Cette seconde mouvance représente la fraction dure de l’opposition, celle qui a toujours défendu l’insurrection.

    La situation actuelle de l'opposition  et par extension, celle du Venezuela  a un point de départ l’élection présidentielle de 2013, après la mort d'Hugo Chavez. L’opposition n’a en fait jamais reconnu les résultats et la victoire de Maduro, alors que dans les faits, sa victoire électorale était tout de même prouvée. A partir de ce moment, il y a eu un débat stratégique au sein de l’opposition quant à la tactique à suivre.

    La première solution était de contester le pouvoir en continuant de respecter la Constitution de 1999. La deuxième, celle de Voluntad Popular, était d’aller vers un changement de régime à tout prix, dans une forme de stratégie insurrectionnelle qui encourageait à la mobilisation de rue, aux rébellions…

    C’est cette ligne-là qui a gagné, et qui nous a amené à la crise d’aujourd’hui. Pour le gouvernement, c’est ce qui a justifié l’incarcération de Leopoldo Lopez, qui avait plusieurs fois fait appel à l’insurrection et à la résistance parfois violente. C’est d’ailleurs Luisa Ortega, désormais devenue critique du gouvernement de Maduro, qui l’avait mis en prison dans un premier temps [il a ensuite été placé en résidence surveillée du fait de sa santé physique, NDLR].

    C’est donc l’opposition la plus dure qui l’a emporté ?

    Exactement. Au sein de l’opposition, c’est la composante la plus radicale qui a gagné le leadership. C’est comme ça que Leopoldo Lopez est devenu une sorte de martyr et qu’il a remporté l’hégémonie dans l’opposition. Cela explique que l’on se retrouve dans la situation explosive d’aujourd’hui entre le gouvernement et l’opposition, aucun n’étant prêt à reculer. 

    Cependant, quelques jours avant l’élection de dimanche, il semble que des réunions informelles entre défecteurs de l’opposition et délégations du gouvernement aient eu lieu, sous l’égide de José Zapatero, l’ancien président du gouvernement espagnol. La situation est tellement explosive qu’au sein du gouvernement comme au sein de l’opposition, on a peut-être envie de tester des canaux de communication, parce que les lignes dures sont en train de l’emporter partout.

    Cette opposition "historique" bénéficie-t-elle d’un réel appui populaire ?

    Les chiffres de l’élection de la Constituante de dimanche ont été donnés par le gouvernement, il faut donc les prendre avec précaution. Mais ceux du référendum organisé il y a deux semaines par l’opposition étaient tout aussi informels. On peut malgré tout estimer à 8 millions d’électeurs le nombre de personnes ayant participé à l’élection du 30 juillet, et à un peu plus de 7 millions ceux du référendum de l’opposition. On s’aperçoit alors qu’on retrouve des chiffres similaires à ceux des dernières élections de Chavez : quand le chavisme et l’opposition sont mobilisés, on retombe sur 8 millions (le score de Chavez en 2012) contre 7. Il semble donc y avoir une vraie continuité, une cohérence dans la société vénézuélienne.

    Mais ces deux chiffres recoupent des réalités diverses. L’opposition peut se targuer d’avoir le soutien d’une partie de la population, mais il ne s’agit sûrement pas du peuple "populaire". Principalement, ce sont des classes moyennes, aisées, jusqu’à l’oligarchie locale, tandis que le chavisme s’appuie sur des classes plus populaires, voire pauvres. En fait, le conflit politique qui se joue aujourd’hui cache une sorte de lutte de classe.

    L’opposition a donc un appui populaire en termes de population ; mais pas dans les classes populaires. C’est d’ailleurs un de ses échecs de toujours : ne pas avoir réussi à fédérer les classes les plus défavorisées autour de son projet. 

    Quel est désormais l’avenir de l’opposition, alors que le gouvernement crie victoire depuis les résultats de dimanche ? Fallait-il s’y attendre, l’opposition ayant appelé au boycott de cette élection ?

    Le fait que l’opposition ait appelé au boycott constituait un choix stratégique, mais aussi un risque. Elle a en effet laissé les mains libres au gouvernement, et la forte participation à l’élection a affaibli le discours des opposants. Alors qu’elle n’a eu de cesse de dire que le chavisme ne représentait plus rien dans ce pays, ces résultats viennent la contredire. Si nous ne disposons pas de chiffres précis sur la participation, tous les observateurs s’accordent à dire qu’elle était importante. C'est une victoire pour Maduro, qui n'en était pas assuré.

    Finalement, du côté de l’opposition comme de celui du gouvernement, le choix du boycott et la manière de maintenir cette constituante correspondent à une même logique de renforcement de leur propre légitimité. Ces stratégies ne risquent pas de régler la crise à brève échéance. Au contraire, il y a un vrai risque de se diriger vers l’instauration d’un système à double légitimité, chacun s’enfermant dans son propre mouvement. L’opposition, en nommant un gouvernement d’union nationale, mais également des juges pour faire contrepoids à la Cour suprême, participe de cette logique en constituant des institutions parallèles. 

    Désormais, soit on en reste là, et la vie politique reprend son cours, soit le "gouvernement d’union nationale" songe à prendre unilatéralement des pouvoirs législatifs et exécutifs. L’étape suivante serait alors la recherche d’une reconnaissance internationale, à chercher du côté des Etats qui n’ont pas reconnu les résultats de dimanche, aux premiers rangs desquels les Etats-Unis, l’Argentine et le Pérou. Cette stratégie est possible. C’est une hypothèse, mais le cas échéant, elle serait lourde de conséquences pour la cohésion de la société vénézuélienne.

  • Venezuela : Un night-club dans la prison

    San Antonio, sur l’île Margarita, au Venezuela. Si j’ai bien compris, c’est la plus cool et la plus mafieuse des prisons. Elle connait déjà maints équipements destinés à faciliter la vie des détenus et de leurs familles, et vient d’y être inauguré un superbe night-club, le « Yate club ».

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    Une magnifique salle pouvant accueillir 600 personnes, et pour l’inauguration, rien ne manquait. Sono, lumière, clim, petit confort et joli décor, tout était soigné pour la fête inaugurale qui a eu lieu de jeudi. Trois DJ de première bourre, des danseuses,... et l’entrée était gratuite. Les détenus avaient fait une bonne pub sur le net, et les amis et leurs familles avaient afflué pour la grande fête qui a duré jusqu’à l’aube. Tout s’est très bien passé, ce qu’ont confirmé les autorités ministérielles.

    Bien sûr, je vous rassure. Les night-clubs sont interdits dans les prisons vénézuéliennes, de même que les bonnes bringues entre amis. D’autant plus que c’est une vraie prison, eh oui… et avec des vrais détenus purgeant leur peine. La prison regroupe essentiellement des condamnés à des longues, souvent pour trafic de drogue, avec un effectif de 2000 détenus.

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    Alors ?

    De ce que je lis, un partage des rôles s’est institué. L’Etat reste à l’extérieur et réprime toute tentative d’évasion, avec des gardiens armés. La peine doit être exécutée. Mais tout le régime de détention  a été concédé à l’initiative privée. Non pas la gestion Bouygues, mais celle de la mafia. Un clan contrôle la prison, avec un chef très respecté, qui dispose de ses agents armés. Les détenus paient un impôt au clan, et tout peut lors se passer correctement.

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    Les détenus reçoivent leurs amis ou leurs familles, et il y a de nombreuses activités pour que tout le monde vive au mieux. Quatre piscines dans la prison, et les cris joyeux des bambins qui s’amusent pendant que les parents sirotent un bon verre dans un hamac… On peut parier sur des combats de coq, trouver son shit… ou travailler tranquillement avec le tel et le PC connecté sur Internet…

    Le résultat est dramatique. On a compté 600 morts l’an dernier dans les prisons vénézuéliennes, par règlements de compte.  

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  • Hasta pronto, Amigo Chavez

    Ils sont peu nombreux les chefs d’Etat, enracinés au sein de leur peuple, capables de défendre la souveraineté nationale et de regarder les chefs de la plus grande milice armée du monde, les US, pour leur dire : « Reste chez toi, bandit international, pays ignorant du droit, et respecte l’indépendance de mon peuple ».

    Le Venezuela avait les moyens de cette indépendance, mais la réussite de Chavez a été, contre tous les vents et toutes les marées, de construire une histoire libre.

    Chavez avait beaucoup de défauts, peut-être autant que moi, peut-être autant que vous. Mais il a su donner la fierté à son peuple, par des discours splendides qui ont parlé aux plus humbles, par des choix politiques tranchés, désignant les US comme voyou planétaire, par décisions économiques qui ont fondé l’indépendance réelle du Venezuela, et par un engagement constant pour les peuples en lutte contre l’asservissement économique, dont la Palestine.

    Alors critiquer Chavez ? Oki, allez-y joyeusement, les thèmes ne manquent pas et les chefs de chorale  -  Le Monde (Occidental), Le Figaro (Opéra bouffe) et Libération (de mon adolescence) - sont mobilisés.

    Chavez méritait bien des critiques, mais il était un chef d’Etat démocratiquement élu, qui a fait tout ce qu’il pouvait contre l’ordre économique mondial et qui a transformé la vie de tant de démunis vénézuéliens. C’est une faute difficilement pardonnable.

    Tout mon respect et ma considération pour le Venezuela. 

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