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vin

  • Beaujolais tendance sucrette

    Buvez et sucrez avec modération. C’est l’enseignement de l’audience qui a pris fin hier devant le tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône. 

    beaujolais-sucre.jpgDu sucre dans le vin : c’est la chaptalisation. Chacun sait que le vin est un aliment complet : raisin et canne à sucre. L’ajout du sucre renforce le taux d’alcool. Pour un degré d'alcool supplémentaire, prévoir 17 grammes de sucre par litre. Ce qui veut dire que si l’été a été maussade, avec un soleil capricieux, la canne à sucre vient doper notre raisin dépressif. C’est une technique fort ancienne, et même réglementée. Réglementée oui, mais Je ne dis pas « bien » règlementée, car ces textes organisent rien de moins que le bidonnage généralisé. Délicieux vins de terroir, ceci et cela, et fierté de nos campagnes : tout est sur l’étiquette, si ce n’est que notre pinard fait de la gonflette au sucre.

    Marginal le dopage des vins ? Tout sauf marginal, car la réglementation permet de gagner deux degrés. Autant dire que le 13° degré qui s’apprête à émouvoir votre gossier ne serait qu’une aimable piquette à 11°, genre tisane améliorée. Et c’est très généralisé. Pour les vignobles les moins ensoleillés - Champagne, Alsace, Jura, Savoie - la chaptalisation est autorisée jusqu'à 2,5 degrés. En règle générale, l’autorisation est de 2 degrés.

    Bon, ce n’est déjà pas mal. Mais, il y a en plus une possibilité de dérogation. Quand du fait de l’absence de soleil, le vin ne serait qu’une bibine évanescente, on peut mettre le paquet. Je veux dire le paquet de sucre. On ajoute assez de sucre pour parvenir à 2,5. Donc pour atteindre +2,5, il faut ajouter 36 grammes de sucre par litre ! Problème, il faut attendre la dérogation, délivrée au goutte à goutte par les instances européennes. D’où l’autre solution : se servir tout seul, ne pas se faire prendre et donc vendre le sucre sans facture, et enchainer les campagnes de pub sur les merveilles du vin, produit naturel. Explication confirmée par le défenseur des vignerons, Maître Michel Desillets : « La dérogation n'a pas été obtenue, elle devait être validée en conseil des ministres européen, ce qui implique un délai de quatre2227048182_d02a9c9764.jpg semaines alors qu'il avait plu 200 mm d'eau les deux semaines précédant les vendanges et qu'il avait donc fallu réagir très vite car la vinification ne pouvait pas attendre. »

    Ce qui avait attiré l’attention, c’est en 2004, la découverte que quatre Intermarchés de la Région Rhône-Alpes avaient vendu vente de près de 600 tonnes de sucre sans pouvoir justifier des factures. Enquête pas insurmontable : au bout du fil quelques intermédiaires qui avaient conçu l’opération, et un cinquante de viticulteurs du Beaujolais.  Pour mémoire, la réglementation autorise 200 kg de sucre par hectare. Donc à ce rythme, 600 tonnes représentent 3.000 hectares… D’où la comparution devant le tribunal correctionnel pour vente ou achat de sucre sans facture et falsification de denrées alimentaires.

    La Confédération de la consommation, du logement et du cadre de vie (CLCV), une association de consommateurs, a réclamé 80.000 euros de dommages et intérêts et la publication du jugement, dénonçant l’ampleur du trafic, et regrettant que les investigations  n'aient pas été  poussées plus en avant, rappelant que plusieurs centaines de tonnes de sucre ont été vendues sans qu'on en retrouve les destinataires. Alors il est allé où ce sucre, a interrogé le tribunal à nos rois de la sucrette ?  D’après les déclarations de certain prévenus, en Mâconnais, en Cerdonnais et en Bourgogne. On attend les démentis outragés.

    Pour les réquisitions, le Procureur a mis de l’eau dans son vin : 700 à 5.000 euros d'amende contre des viticulteurs, 50.000 à 100.000 euros contre les magasins Intermarché de Rhône Alpes qui avaient vendu le sucre sans facture, et trois mois de prison avec sursis, assortis d'amendes allant de 10.000 à 15.000 euros, quatre directeurs impliqués dans le trafic. Plus sévère contre deux principaux intermédiaires, un transporteur et un marchand de produits pour la viticulture à la retraite, le parquet a demandé respectivement 12 et 15 mois de prison avec sursis, ainsi que 30.000 euros d'amende chacun.

    Le jugement a été mis en délibéré au 17 mars. Maintenant, si voulez boire un coup de vrai bon beaujolais pour vous consolez, soyez sûrs que ça se trouve encore. Mais une opération vérité sur la chaptalisation légale ne ferait pas de mal.

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