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  • Google, Microsoft, Yahoo ! au tribunal pour une affaire de sexe

     

    Google, Microsoft, Yahoo ! au tribunal pour une affaire de sexe. Et pas n’importe quel tribunal : la Cour suprême indienne. Et pas pour n’importe quelle cause : avoir diffusé des publicités aidant à la détermination du sexe d’un enfant à naître.

    Rien de bien méchant ici ou là, notamment en France. Mais tout autre chose en Inde, car la question posée est celles des avortements pratiqués pour éviter les naissances féminines. Un phénomène assez dramatique.

    Une étude publiée par la revue médicale The Lancet en 2006 a confirmé l’ampleur du phénomène. Sur ces 20 dernières années, 10 millions de fœtus féminins auraient été victimes d'avortement. Ce chiffre est estimé à 100 millions dans le monde, si l'on ajoute la Chine, l’Afghanistan, le Pakistan et la Corée du Sud. Résultat : en Inde, les filles sont minoritaires avec 930 filles pour 1000 garçons. Dans un article publié en 1990, l’économiste et Prix Nobel indien Amartya Sen appelait ces filles qui ne sont jamais nées sont appelées « missing women ».

    La cause : une fille, c’est une future mariée, avec en perspective une dot, qui est une lourde charge financière. Pour une famille pauvre, ce peut être une ruine. Ajoutez une dose de machisme : seul l'homme perpétue le nom et maintient la lignée familiale. Ce sont les fils qui assurent le maintien des parents devenus âgés. Des reportages rapportent cet odieux dicton : « Elever une fille, c’est arroser le jardin de son voisin ».

    En Inde, l'avortement a été légalisé en 1971. Mais, les progrès de l’échographie ont conduit à une augmentation des avortements au motif que le fœtus est féminin. Commentant l’étude du Lancet, un médecin du Breach Candy Hospital de Bombay, Shirish S.Sheth, avait expliqué qu’avec les progrès médicaux « l'infanticide féminin du passé s'est raffiné et est devenu une technique aiguisée sous ces nouveaux atours », rappelant qu'en 1986, les sociétés d'obstétrique et de gynécologie d'Inde avaient déclaré » le foeticide » féminin « crime contre l'humanité ». Aussi, une loi de 1994 avait interdit d'utiliser l'échographie comme outil de sélection du sexe. A la clé, des sanctions pénales, encourues par le médecin et les parents, soit 5 ans de prison et 1 000 euros d’amende.

    Les habitudes sociales restent, et la loi est mal appliquée. Elle est respectée dans les hôpitaux publics, mais pas dans le secteur privé, avec des médecins peu scrupuleux qui font rémunérer ce service, d’autres qui estiment que ces avortements illégaux évitent autant d’infanticides. La répression encourageant la clandestinité, les poursuites pénales sont rares. C’est uniquement en avril 2004 qu’a été prononcée la première condamnation d’un médecin, le docteur Anil Sabsani. Lors de la consultation, il avait révélé à la mère que le fœtus était féminin, et avait proposé un avortement, contre un arrangement financier. La mère avait porté plainte, et le médecin avait été condamné, à l’issue d’un procès retentissant, à une lourde une peine : deux  ans d'emprisonnement et une amende de 5000 roupies (environ 100 euros).

    Nouvelle étape avec cette action engagée contre Google, Microsoft, Yahoo ! par le Docteur Sabu Mathew George, un médecin, pour la diffusion de messages sur les techniques permettant d’influer sur le choix du sexe de l’enfant à venir. Au nom de son association, ce médecin avait obtenu que de telles publicités écrites soient interdites dans la presse écrite. La pub recommençant via Internet, la procédure est dirigée contre les géants du net. Le Docteur Sabu Mathew George s’est montré optimiste auprès de l’AFP : « Ces sociétés font beaucoup d'argent par l'intermédiaire de publicités ciblées et sélectionnées de tels produits. Notre action cherche à bloquer ces publicités. » L’avocat de l’association, Sanjay Parikh, a indiqué que les firmes venaient d’être sommées par la Cour suprême de s’expliquer.

    Le Docteur Sabu Mathew George avait prévenu avant de frapper, et en octobre dernier, un responsable de Google en Inde avait répondu par un argumentaire un peu décalé : «Nous ne blâmons pas la compagnie de téléphonie lorsque deux personnes planifient un crime par téléphone. Pour les mêmes raisons, c'est un principe fondamental de l'Internet de ne pas accuser les intermédiaires neutres pour les actions de leurs consommateurs». Problème de santé, donc, et bien réel, mais problème aussi de liberté des contenus sur Internet.

    L’argumentaire est un peu juste… S’il est impossible de contrôler les mails sans plonger directement dans la censure, il est en autrement des messages publicitaires… Je ne doute pas que ces firmes aient d’autres arguments dans leur besace, mais je dois dire que l’action du  Docteur Sabu Mathew George me parait pas mal engagée.

     

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