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  • Yémen : Quelques bonnes vérités de Bruno Guigue

    La première coalition armée arabe du XXIeme siècle s’est organisée au soutien de la cause palestinienne. Euh, je me trompe.  La première coalition armée arabe du XXIème siècle s’est organisée pour attaquer un peuple arabe, le peuple yéménite. Une guerre encore plus insensée et meurtrière que les autres. Mais de là à s’émouvoir pour les victimes yéménites… Voici un excellent texte de Bruno Guigue, ce 3 janvier.  

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    En Occident, pas de pleureuses pour les enfants yéménites

    Bruno Guigue

    La prospérité de notre industrie de l’armement vaut bien la vie de quelques milliers d’enfants yéménites. C’est ce que répondit implicitement Manuel Valls lorsqu’on lui demanda ce qu’il pensait des bombardements saoudiens qui dévastent le Yémen et terrorisent sa population. « Est-il indécent de se battre pour nos emplois ? » répondit le premier ministre le 15 octobre 2015 sur Bfm/Tv. « Indécence », dites-vous ? A la tête d’un gouvernement qui aura généreusement distribué des armes et des médailles aux coupeurs de tête du Golfe, Manuel Valls sait de quoi il parle.

    Depuis mars 2015, la « coalition » conduite par Riyad déchaîne le feu du ciel contre des civils sans défense en prétendant combattre une rébellion houthie coupable de s’être alliée avec l’ex-président Ali Abdallah Saleh contre son successeur Abd Rabbo Mansour Hadi, instrument docile de la monarchie saoudienne. Selon l’ONU, cette intervention militaire meurtrière a fait plus de 10 000 victimes. Elle a provoqué une catastrophe humanitaire, 400 000 enfants souffrant de malnutrition dans un pays dévasté par les bombardements et privé de ressources par l’embargo que lui imposent les pétromonarchies.

    Dans une totale impunité, l’aviation saoudienne n’épargne ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les cérémonies religieuses. Elle répand la terreur, elle cherche à faire plier, en la soumettant à un déluge de feu, une résistance qui infligerait une cuisante défaite aux forces coalisées si elles avaient le courage de l’affronter sur le champ de bataille. Les wahhabites, en fait, ne mènent pas une guerre contre des combattants, mais une entreprise systématique de démoralisation de la population, de destruction totale, d’arasement des infrastructures du pays.

    Cette œuvre mortifère, ses auteurs la justifient en invoquant la légalité internationale. Le mouvement « Ansarullah », en effet, a investi la capitale du pays en septembre 2014 et poussé le président Mansour Hadi à la démission en janvier 2015. Effet à retardement de la « révolution » ratée de 2011, ce succès inattendu a pris de court les Saoudiens et leurs parrains occidentaux. Décidés à intervenir dans le conflit, ils ont obtenu du conseil de sécurité de l’ONU le vote de la résolution 2216 du 14 avril 2015 condamnant la prise du pouvoir par les Houthis et affirmant la légitimité du président Hadi.

    Cette décision onusienne a offert à Riyad une couverture juridique l’autorisant à frapper le Yémen sans ménagement pour vaincre la rébellion. Perversion du droit international, c’est un chèque-en-blanc qui permet au pays arabe le plus riche d’écraser sous les bombes le pays arabe le plus pauvre. Tout se passe comme si l’agresseur bénéficiait d’une sorte de permis de tuer à grande échelle, avec la bénédiction de puissances occidentales qui lui fournissent des armes en quantité illimitée tandis que la rébellion houthie se voit frappée par l’embargo.

    On se demande alors quel crime le peuple yéménite a pu commettre pour endurer un tel supplice. Aurait-il commis des actes terroristes ? Certainement pas. Il est la première victime des attentats meurtriers perpétrés par Daech et Al-Qaida, comme celui contre les mosquées chiites de Sanaa qui fit 142 morts le 20 mars 2015. Ces organisations, en revanche, ont longtemps bénéficié de l’étrange inaction de la coalition, notamment dans la région d’Al-Mukallah. Peine perdue ! Cette alliance objective sur fond de haine anti-chiite n’a pas mis les forces « loyalistes » à l’abri des attentats-suicides qui vont bientôt les frapper à leur tour en 2016.

    D’où vient, alors, l’acharnement de Riyad contre le Yémen ? Selon la propagande saoudienne, il serait justifié par la complicité des Houthis avec Téhéran. Appartenant à la communauté chiite « zaydite », le mouvement « Ansarullah » servirait les ambitions géopolitiques de l’Iran. Les causes du conflit yéménite sont endogènes, l’aide fournie par les Iraniens aux rebelles est dérisoire, mais Riyad s’obstine à dénoncer l’influence malfaisante des mollahs. C’est une situation ubuesque. Les Houthis sont coupés du monde par l’embargo et bombardés par une puissante aviation, et Riyad les traite, sur leur propre sol, comme s’ils étaient des mercenaires étrangers !

    Le voilà donc, son crime, à ce Yémen rebelle. Il est en cheville avec les forces du mal, il pactise avec le diable. Décidément inconscients, les Houthis admirent le Hezbollah libanais, ils soutiennent la Syrie souveraine, ils croient encore au nationalisme arabe. Pour ceux qui entendent asservir la région aux intérêts impérialistes, Sanaa est une épine dans le pied. Le Yémen a commis une faute politique qu’il va devoir expier dans la douleur. Vu de Riyad, il va falloir étouffer ce foyer de contestation d’un ordre impérial auquel se cramponnent des pétromonarchies vermoulues. L’Arabie saoudite ne veut pas, tout simplement, d’un Yémen indépendant et unifié.

    Pour ce pays martyrisé qui n’intéresse personne, on n’entendra pas de jérémiades. Ni « génocide », ni « massacre », ni « barbarie » à l’horizon dans les colonnes de la presse mainstream. Le chœur des pleureuses occidentales est aux abonnés absents. Ni « Casques blancs » financés par des fondations anglo-saxonnes, ni parlementaires français en goguette pour « éveiller les consciences », ni gauchistes indignés qui appellent à la « solidarité révolutionnaire », ni droits-de-l’hommistes qui signent héroïquement des pétitions à la pelle, rien, nada. Le Yémen est sorti des écrans-radar, rayé de la liste des causes qui en valent la peine. Il est abandonné aux criminels wahhabites par l’indécente lâcheté d’un Occident complice. Mais, qui sait, le peuple yéménite n’a peut-être pas dit son dernier mot.

  • 47 exécutions : Notre amie l’Arabie Saoudite donne le ton pour 2016

    Après la so bad 2015, vous souhaitiez une 2016 cool and relax,… mais ça parait mal barré du fait de notre alliée stratégique au Moyen-Orient, la géniale et fraternelle Arabie Saoudite, qui a attendu ce 2 janvier pour procéder à l’exécution de 47 personnes, dont un important responsable religieux chiite.

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    Le refrain de la « guerre contre le terrorisme »

    Du côté saoudien, c’est le superbe discours de la guerre contre le terrorisme… Comme l’ami Bush, comme l’ami Hollande… « Nous sommes en guerre contre le terrorisme et le pays se défend. C’est une question de souveraineté nationale, et le gouvernement doit agir pour protéger le peuple et garantir son unité. Nous avons adapté nos lois à la guerre contre le terrorisme, mais nos procédures sont équitables et rien ne se fait sans preuve »… Une partition universelle,... et universellement bidon. 

    Parmi les 47 exécutions, on trouve deux séries de faits bien distincts, tous jugés par une cour spécialisée dans les affaires de terrorisme, créée en 2008.

    Il y a tout d’abord une série d’attentats revendiqués par Al-Qaida en 2003 et 2004, ayant causé 160 morts. C’est la plus grande part des condamnés, sans doute plus de 40, tous sunnites. Parmi eux, Fares al-Shuwail, présenté comme un leader religieux d’Al-Qaida en Arabie Saoudite.

    Le second groupe concerne des faits de 2011 quand, poussée par le vent du « printemps arabe », la minorité chiite d’Arabie Saoudite, environ 2 millions de personnes vivant regroupées dans l’Est, avait revendiqué l’égalité des droits. Le responsable religieux de la communauté, le cheikh Nimr Baqer al-Nimr, soutenait qu’à défaut, la solution serait le regroupement avec Bahreïn. Dans tout ce qui est publié de sérieux, on retrouve l’activisme du cheikh, mais aucune implication dans la violence de la part de quelqu’un dont l’autorité religieuse est incontestable, et qui faisait déjà l’objet de tracasseries politiques par le régime avant son arrestation en 2011. Il a été condamné en octobre 2014 pour sédition, désobéissance au souverain et port d’armes – mais pas d’usage d’armes –  à l’occasion d’un procès qualifié d’expéditif par Amnesty International : aucun des témoins sur lesquels se fondait l’accusation n’était présent lors du procès, et les avocats n'avaient pas été prévenus à temps.

    Les 47 exécutions – 45 Saoudiens, un Égyptien et un Tchadien – ont été pratiquées « au sabre ou par balles, dans douze villes du Royaume », comme l’explique un communiqué du ministère de l’Intérieur, qui dans notre pays allié, et celui qui gère l’exécution des peines. Décapité au sabre...

    Tiens, à propos… ça me rappelle la proposition de Sarko pour que le ministère de l’Intérieur devienne compétent pour l’exécution des peines… Parfois, je me demande si ces ahuris se rendent compte de ce qu’ils disent…

    Le bien-fondé de ces exécutions a été expliqué lors d’une conférence de presse tenue par le ministre de l’Intérieur, le ministre de la Justice, et le Grand Mufti Sheikh Abdulaziz Al-Asheikh, sans le visa duquel aucune condamnation à mort ne peut être exécutée. Or, il a étudié que tout était bien, et que les terroristes avaient été condamnés en fonction de ce qu’ils avaient fait, et non pas en fonction de leurs convictions religieuses ou politiques…

    Là aussi, je retrouve le goût suave de nos discours du genre : « Je respecte la liberté de religion, mais il faut quand même que ces gens se rendent compte que… »

    Le porte-parole du ministère de l’intérieur, Mansour Al-Turki, a montré son excellente maîtrise de la propagande de la guerre contre le terrorisme : « Le royaume condamne toutes les formes de terrorisme et considère que ces actes criminels sont les plus redoutables. Les forces de sécurité ne limiteront aucun effort dans le combat contre quiconque est impliqué avec ces groupes terroristes. En effet ces groupes sont décidés à utiliser tous les moyens pour tenter d’atteindre la sécurité et la stabilité de l’Arabie Saoudite ».

    Discours parfait. Je pense que le jury, présidé par l’inénarrable El Blanco, lui attribuera la note de 10 sur 10.

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    Qu’y a-t-il à comprendre ?

    Cette exécution n’a pas été faite en catimini. Non, elle a été présentée comme un acte fort de la nouvelle présidence… et de ses ramifications. Le nouveau chef d’Etat, le roi Salmane, est perçu comme faible, subissant le désaveu des États-Unis et des Russes qui dealent avec les Iraniens, et il trouve là une occasion de faire consensus à l’intérieur du pays… La population est toujours d’accord pour soutenir la glorieuse « guerre contre le terrorisme ». En fait, le chef d’orchestre parait être Mohammed ben Salmane, le prince héritier, conseiller spécial du roi, chef du cabinet royal et… ministre de la Défense. On est déjà dans la guerre de succession.

    Par ailleurs, l’Arabie Saoudite explique qu’elle place cette action dans le plan de « lutte contre le terrorisme » qu’elle a engagée, notamment en réunissant il y a peu de temps à Riyad une coalition internationale de 34 Etats, que (presque) toute la presse internationale avait saluée…

    Vu d’ici, il est bien difficile d’être affirmatif dans l’analyse des défis que représente cette politique autoritariste et guerrière,… sauf un point : la volonté de masquer les grands enjeux politiques et économiques de la région derrière une grille de lecture religieuse.

    La ligne de fond est la rivalité entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, et dès hier, Riyad a annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec Téhéran. De part et d’autre, jusqu’en Irak, les déclarations sont très vives, exacerbées, mais on ne voit pas de risque d’une confrontation directe entre les deux pays. L’Iran, qui joue son retour sur la place internationale, va tout faire pour contenir et canaliser les passions populaires. Les accords passés avec les États-Unis et la Russie montrent que l’Iran est prêt à tenir le rôle de place forte dans la région, et l’Arabie Saoudite, qui redoute ce retour d’un Iran prospère, souhaiterait le pousser à la faute.

    Par ce geste fort, les dirigeants saoudiens, qui à l’évidence gênent les États-Unis, expliquent qu’ils gardent deux objectifs décisifs, et qu'ils s’organisent pour cela : la chute de Bachar El-Assad – et donc la fin de Daech n’est pas pour demain… –  et la reprise de Sanaa aux groupes armés houthis… Le Yémen va être le lieu d’une grande confrontation armée. Toutes nos pensées à la population yéménite…

    Non, grâce à notre allié préféré, 2016 ne sera pas cool and relax…

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  • Depuis Beyrouth : Nasrallah à propos du Yemen

    Peut-être n’êtes vous pas à Beyrouth, et peut-être n’avez-vous pas lu L’Orient-Le Jour aujourd’hui. Ce qui se passe au Yémen est d’une importance considérable, et nous aurons à y revenir. Mais à Beyrouth, l’évènement est le discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Voici l’article publié par L’Orient-Le Jour.

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    *   *   *

    Nasrallah déclare la guerre à l’Arabie... mais temporise sur le plan interne

    C'est un véritable réquisitoire que le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a dressé hier contre l'Arabie saoudite à la suite de l'opération menée par Riyad, à la tête d'une coalition arabe, contre les houthis au Yémen. Hassan Nasrallah, qui s'exprimait hier soir dans le cadre d'une allocution télévisée retransmise par la chaîne de son parti, al-Manar, a présenté son intervention comme étant un « droit de réponse », à la suite des diverses positions de soutien à l'offensive arabe prises au plan local, notamment par l'ancien Premier ministre Saad Hariri. « Comme il est du droit de chacun d'exprimer sa position avec son propre style, qui constitue pour nous une provocation, nous avons aussi le droit de répondre, avec le style que nous jugeons opportun. Nul n'a le droit de nous ôter ce droit », a-t-il indiqué.

    C'est par le biais du dossier libanais – auquel il n'a consacré que quelques minutes durant sa longue intervention – que le secrétaire général du parti a commencé son allocution.

    D'emblée, Hassan Nasrallah a mis en exergue sa volonté de ne pas rompre la trêve établie par le dialogue avec le courant du Futur au plan interne, en dépit des événements. « Nous souhaitons que ces développements dans le Golfe ne créent pas de nouvelles tensions au Liban. Le gouvernement doit prendre cela en considération pour que nous ne subissions aucun impact et pour que la situation générale ne soit pas affectée. Nous avons choisi d'opter pour le dialogue dans l'intérêt du pays, et nous avons favorisé le dialogue entre toutes les forces politiques. L'objectif était d'empêcher l'effondrement du pays et de décrisper les tensions sectaires », a-t-il indiqué.

    « Aucune considération pour le TSL »

    Mais selon le secrétaire général, le maintien du dialogue s'est fait « malgré la présence de forces politiques, ainsi que de personnalités au sein ou à l'extérieur du courant du Futur, qui œuvraient pour torpiller ce dialogue et qui s'y opposaient, parmi lesquelles celles qui ont témoigné devant le Tribunal spécial pour le Liban », en allusion au témoignage ces derniers jours de l'ancien Premier ministre Fouad Siniora à La Haye, auquel il n'a cependant fait aucune allusion explicite. « Nous n'y prêtons aucune importance. En dépit de ce qui est dit, nous poursuivrons le dialogue et supporterons toutes les provocations. J'appelle le public de la résistance à ne pas répondre et à ne prêter aucune attention à ces voix qui cherchent le retour aux provocations confessionnelles et sectaires, parce qu'elles n'existent que dans un contexte de discorde. Or nous ne voulons pas qu'elles réalisent leurs objectifs. Il faut tenir bon », a-t-il souligné.

    « Nous avons déjà pris position depuis des années de manière claire, ferme et définitive à ce sujet. Certains Libanais ont suivi les longs témoignages et entendu beaucoup de baratin, sans noter la présence de propos ayant une valeur juridique quelconque. Nous ne commenterons pas tout ce qui se dit au tribunal. (...) Lorsque nous rejetons quelque chose dans son intégralité, nous ne le commentons pas. Notre position était claire dès le départ concernant tout ce qui a trait à cette instance », a poursuivi Hassan Nasrallah.

    Présidentielle : « C'est l'Arabie qui bloque »

    C'est aussi par le dossier libanais, et plus précisément par la question de la présidentielle, que le secrétaire général du Hezbollah a initié son attaque contre l'Arabie saoudite. « Nous sommes victimes d'une nouvelle campagne concernant la question du blocage de l'élection présidentielle, a-t-il indiqué. Le vide présidentiel est très nuisible au Liban et la tenue de l'élection est nécessaire. L'accusation portée à l'Iran et au Hezbollah de torpiller l'échéance n'est pas vraie. En toute sincérité, je me contenterai de dire que l'Iran ne s'ingère pas, ne s'est jamais ingérée et ne s'ingérera jamais dans la présidentielle au Liban et n'oppose de veto à aucune candidature ou personnalité libanaise. Certains aiment rejeter la responsabilité sur les autres. Ce que les Libanais savent en revanche très bien (...), c'est qu'un État bien déterminé oppose son veto au candidat le plus fort, le candidat naturel et logique qui peut réaliser l'équilibre et la stabilité au Liban, et qui représente une présence chrétienne importante au plan national. Il s'agit de l'Arabie saoudite, et plus précisément de son ministre des Affaires étrangères, Saoud el-Fayçal. »

    Selon Hassan Nasrallah, « même le courant du Futur, ou plutôt son chef, n'oppose aucun veto dans les discussions internes ou du point de vue de ses convictions personnelles. Cependant, le problème au Liban, c'est qu'il y a un État qui a opposé un veto à un candidat à la présidence. Puisque vous savez que c'est l'Arabie qui torpille l'élection, pourquoi accusez-vous donc l'Iran, qui n'a aucun lien, ni de près ni de loin, avec ce dossier ? » « Allez faire en sorte d'abord que la décision soit entre vos mains, sans prendre en considération les veto posés çà et là. C'est alors que l'élection pourra connaître une fin heureuse », a-t-il ajouté.

    « Quelle fermeté en Palestine ? »

    Une fois ces deux dossiers liés au Liban liquidés, le secrétaire général du Hezbollah s'est attaqué au plat de résistance de son allocution, l'opération « Tempête de la fermeté » initiée par Riyad contre le Yémen. « Mais que s'est-il donc passé pour qu'une tempête de fermeté se lève au niveau du régime saoudien et de ses alliés, ou pour voir une quelconque fermeté arabe, alors que nous guettons depuis si longtemps ne serait-ce qu'une légère brise de fermeté s'agissant de la Palestine ? » a-t-il dit, moqueur.

    « Tout ce que notre région a connu durant des décennies comme guerres et oppression n'a jamais suscité une intervention militaire saoudienne, et voilà que cela se produit aujourd'hui, a noté Hassan Nasrallah. Si le but est de sauver le peuple yéménite, pourquoi n'avez-vous pas bougé pour le peuple palestinien, et, au contraire, avez-vous comploté contre lui (...) et l'avez-vous vendu aux Israéliens et aux Américains? (...) Vous dites par ailleurs que la nouvelle donne au Yémen vous menace ainsi que la sécurité du Golfe et de l'Arabie : n'avez-vous jamais ressenti la menace d'Israël, qui possède l'une des armées les plus puissantes du monde (...) ? Cela constitue un nouvel acte de foi de la part des Arabes, en l'occurrence qu'Israël n'a jamais été une menace nécessitant une quelconque tempête de fermeté. »

    « Vous poussez la région dans les bras de Téhéran... »

    Le secrétaire général du Hezbollah s'est ensuite attaqué aux trois raisons principales invoquées par l'Arabie et les pays arabes pour mener la coalition contre les houthis – la « volonté de rétablir le pouvoir légal », la « menace que constituerait la rébellion houthie pour les pays du Golfe », et la théorie selon laquelle « le Yémen serait désormais sous occupation iranienne » –, infirmant ces trois arguments. Mais c'est sur le troisième qu'il s'est le plus longuement attardé, dirigeant, à l'occasion, une pluie de flèches sur le royaume saoudien. « Où est la preuve que le Yémen est sous occupation iranienne ? » s'est-il demandé.

    « Le problème se trouve au niveau de la mentalité du régime saoudien et ses alliés : il s'agit de la non-reconnaissance de l'existence des peuples. C'est parce que ce sont des rois et des seigneurs bien lotis qui sont au pouvoir, et qui considèrent les gens comme leurs sujets. Pour eux, les gens n'ont aucune volonté ou cause indépendante. (...) C'est la politique étrangère saoudienne qui mène la région à être ouverte à l'Iran. Votre problème n'est pas l'Iran : c'est votre accumulation d'échecs depuis 20 ans, en raison de votre esprit, qui réfléchit d'une manière fausse. Ces politiques ont ouvert la région à l'Iran, quand bien même l'Iran n'a pas fait beaucoup d'efforts. C'est vous qui poussez les peuples de la région dans les bras de l'Iran », a-t-il ajouté à l'adresse des dirigeants saoudiens.

    « L'Iran, une force d'occupation ? »

    Le secrétaire général du Hezbollah a ensuite abordé le cas de chaque pays arabe, pour montrer qu'il n'existe pas, comme le soutient Riyad, d'« occupation iranienne » de ces pays, et qu'une telle affirmation part d'un « défaut de mentalité », qui, chez les Saoudiens, n'accorderait, selon lui, aucune importance à la volonté des peuples.

    Au Liban, l'Iran et la Syrie ont volé au secours du peuple en 1982, lors de l'invasion israélienne, selon lui, à l'heure où les pays arabes avaient délaissé Beyrouth. « L'Iran est venu du bout du monde » pour aider le peuple à résister « en dépit de la guerre qui lui était imposée », et lui a offert « l'expérience, l'argent, les armes et les techniques ». « Mais la résistance était libanaise. (...) Cependant, vous ne reconnaissez pas la volonté et continuez de qualifier cette résistance d'iranienne et d'inféodée à l'Iran, ce qui n'est pas le cas », a-t-il noté. « L'Iran est respecté au Liban. Il a pour lui un camp important et influent. Il a son pouvoir. C'est vrai. Mais il n'occupe pas le Liban, n'établit aucune hégémonie sur lui et ne lui impose pas ses options », a-t-il ajouté.

    Hassan Nasrallah a ensuite abordé successivement le cas de la Palestine, de l'Irak, de la Syrie et du Yémen pour démontrer la même idée : l'Iran n'occupe pas ces pays, mais vient au contraire au secours de leur peuple, face aux velléités de domination de l'Arabie saoudite sur le monde arabe. Le secrétaire général du Hezbollah a cité, dans ce cadre, l'exemple de l'invasion américaine de l'Irak en 2003, qui était soutenue par Riyad, accusant l'Arabie d'être à l'origine des voitures piégées envoyées à destination du territoire irakien « et » vos services de renseignements et votre Bandar (ben Sultan) d'avoir créé Daech. Ou encore « les tentatives de renverser, avec tous les monstres du monde, la Syrie pour qu'elle devienne votre satellite ». « Et puis Saoud el-Fayçal raconte que la Syrie est occupée par l'Iran et le Hezbollah. Ce n'est que mensonges et falsifications. Le nombre d'Iraniens au Liban est très limité et ne dépasse pas 50 personnes. Ce qui est encore plus drôle, c'est de dire qu'elle est occupée par le Hezbollah. (...) Le Hezbollah peut-il occuper la Syrie ? (...) », a-t-il noté.

    « Téhéran ne nous a jamais rien ordonné... »

    Réaffirmant sa fidélité au guide spirituel iranien, l'ayatollah Ali Khameneï, le secrétaire général du Hezbollah a cependant indiqué : « Je jure que l'Iran ne nous a jamais rien demandé ou ordonné, ni sur le plan local ni au niveau régional. Nous sommes un directoire indépendant. Jamais l'Iran ne nous a traités comme l'allié traite ses amis dans le monde, et je ne souhaite pas parler du Liban maintenant. »

    « L'Iran n'est pas l'Empire perse, ni l'État du chah Pahalvi, votre allié, ami et ancien maître. Il s'agit de l'État islamique. C'est pourquoi vous vous étonnez qu'il vienne en aide à la Syrie, l'Irak et le Yémen sans rien demander ou imposer. L'islam est plus important que tout autre considération perse, nationale, raciale, confessionnelle ou sectaire », a ajouté Hassan Nasrallah.

    Il est enfin longuement revenu sur le cas yéménite, estimant qu'en définitive, « la véritable raison de cette guerre est l'échec de l'Arabie saoudite dans ce pays (...) et le sentiment, pour le royaume, que ce pays appartient désormais à son peuple ». « Ce qui est requis aujourd'hui, afin que les émirs al-Saoud rétablissent leur hégémonie sur le Yémen, c'est que le sang des officiers de l'armée saoudienne et des fils du peuple yéménite et d'autres peuples arabes soit versé. Tout cela uniquement parce que des rois et des émirs ont perdu leur domination sur le Yémen », a-t-il affirmé.

    Proclamant « la victoire du peuple yéménite "et" la déroute du régime saoudien », Il a adressé, dans sa conclusion, une pointe au président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas : « Je suis ébahi par sa position. L'intérêt du peuple palestinien est-il de soutenir une guerre contre son peuple ou une agression contre un pays ? »

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    Sana'a, deux mille cinq cents d'histoire,... l'histoire d'un peuple

  • Les Etats-Unis déguerpissent du Yémen… Et qui, après ?

    Avec la « guerre contre le terrorisme », Obama est beau comme un Bush,… mais quand ça se gâte, les vaillants soldats US préfèrent déguerpir. Bref, ils dirigent la coalition contre Daech, mais de loin… Ce qui arrive au Yemen, c’est une étape de plus de la fin d’une époque. Les US, qui ont mis à feu et à sang le Moyen-Orient, ne maîtrisent plus rien et se cassent.

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    En période post-11 septembre, les US s’étaient posés comme Monsieur Loyal au Yémen, pour tenir le régime et combattre Al Qaida. Du sérieux… sauf que rien n’a marché. Al Qaida a été marginalisé par Daech, et le président yéménite Ali Abdallah Saleh a été évincé – au nom du printemps arabe – au profit de Abd Rabbo Mansour Hadi. Mais Saleh, qui a été longtemps l'homme des Occidentaux, garde le goût de la revanche et active de forts soutiens dans l’armée. Au final, cela a créé une inespérée opportunité aux groupes houtis, proches du chiisme, qui étaient cantonnés dans le Nord.

    Les groupes houtis, qui ont bénéficié des solides appuis dans l’ancien encadrement militaire de Saleh, avancent à grands pas dans la conquête du Sud. Ce mois de février, Hadi a dû quitter la capitale de Sanaa et se réfugier dans le port d'Aden, où il essaie de recréer une troupe. Ils viennent de conquérir coup sur coup Dhaleh, et l’aéroport de TaezAprès la prise de Saana, les US avaient abandonné leur ambassade. 

    Face à ces avancées en direction de Haden, Hadi réaffirme son pouvoir et cherche à mobiliser les troupes, visant l’Iran : «Nous allons redonner sa sécurité au pays et hisser le drapeau du Yémen à Saada, au lieu du drapeau iranien ». 

    Depuis Djibouti, la France observe. 

    Les soldats US se sont cassés sans tambour ni trompette : « En raison de la détérioration de la situation sécuritaire au Yémen, le gouvernement américain a transféré temporairement son personnel restant au Yémen », a indiqué samedi le porte-parole du Département d'Etat Jeff Rathke dans un communiqué. Avec un coup de fil à Hadi pour l'assurer que Washington « continuera à engager le peuple yéménite et la communauté internationale à soutenir fermement la transition politique au Yémen ». On dirait du Hollande.

    Passé le temps des armes, des troubles et des pantalonnades US, le Yémen va devenir le pays test du rapport de forces entre les pays du Golfe et l’Iran. A suivre. 

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